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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200163

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200163

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200163
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CORNILLE - FOUCHET - MANETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2022, et par des mémoires enregistrés les 7 août et 21 septembre 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la SAS Anosta, représentée par Me Cornille, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Mérignac a refusé de lui délivrer un permis de construire pour démolir des constructions existantes et édifier des constructions nouvelles comportant dix logements sur la parcelle cadastrée section DR n° 381 située 18 avenue des Fauvettes, ensemble la décision par laquelle cette autorité a rejeté le recours gracieux formé contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Mérignac de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mérignac la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence, en l'absence de délégation donnée à son signataire, régulièrement publiée ;

- il méconnaît les dispositions des articles 2.4.1.1 et 2.3.5. du règlement de la zone UM17 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Bordeaux métropole ; le projet conserve le caractère architectural et paysager de la chartreuse existante sur le terrain d'assiette et du parc qui l'entoure ; aucun espace naturel du terrain d'assiette n'est perceptible depuis la voie ;

- il méconnaît les dispositions du règlement relatives à la protection de l'environnement et des continuités écologiques, aux paysages et au patrimoine repérée dans le plan de zonage sous la référence " B2 maisons bourgeoises " ; le garage et les dépendances dont le projet prévoit la démolition ne peuvent être regardés comme constituant un ensemble homogène avec la chartreuse qui fait l'objet de cette protection et comme étant couvertes par cette protection ;

- il méconnaît les articles 1.3.5.2. et 2.4.4.4 du règlement de la zone UM17 du PLUi ; le cheminement en graviers décrit dans le dossier de demande, qui déborde sur la projection au sol du houppier des arbres qui le longent, existe déjà sans être enherbé, le projet envisageant seulement de le maintenir, sans l'artificialiser et sans compromettre la conservation de ces arbres ; les aménagements prévus, considérés dans leur ensemble, ne compromettent pas la préservation de l'espace boisé classé (EBC) ;

- les motifs dont la commune de Mérignac demande la substitution, tirés, sur le fondement des mêmes articles du PLUi, d'une part de l'empiètement sur l'EBC d'un cheminement en béton prévu pour desservir les logements 7, 8, 9 et 10, et, d'autre part, de l'édification d'un pavillon à la limite de cet espace, ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 5 avril et 6 septembre 2023, la commune de Mérignac, représentée par la Selarl HMS Atlantique avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SAS Anosta la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par la SAS Anosta ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où les motifs qui ont fondé la décision attaquée seraient censurés, doivent y être substitués, sur le fondement des articles 1.3.5.2. et 2.4.4.4. du règlement de la zone UM17 du PLUi, un motif tiré de ce que le projet comporte la création, dans l'EBC, d'un cheminement piéton desservant deux des cinq pavillons projetés, qui artificialise le sol sous les houppiers des arbres de cet espace protégé, et un motif tiré de ce que la construction des logements n°s 1 et 4, en bordure immédiate de l'EBC, en compromettrait la préservation et entraînerait l'abattage de deux arbres qui y sont situés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pinturault,

- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,

- et les observations de Me Gournay, représentant la SAS Anosta, et de Me Cordier-Amour, représentant la commune de Mérignac.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Anosta a déposé le 15 février 2021 une demande de permis de construire pour édifier, sur une parcelle située dans la commune de Mérignac, 18 avenue des Fauvettes, cadastrée section DR n° 381, 5 pavillons comportant chacun 2 logements et 22 places de stationnement, et de démolir un garage et une dépendance. Par un arrêté du 12 juillet 2021, le maire de cette commune a rejeté la demande de permis de construire. Par une décision du 9 novembre 2021, cette autorité a rejeté le recours gracieux formé par la SAS Anosta contre l'arrêté du 12 juillet 2021. La SAS Anosta demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté a été signé par M. A B, 1er adjoint au maire de la commune de Mérignac à qui, par un arrêté n° AM-2020-453 du 14 octobre 2020, le maire de cette commune a donné délégation à l'effet de le charger des questions relatives à " l'urbanisme - grands projets urbains - habitat - patrimoine - politique de la ville ", et de signer tous documents relevant de ces secteurs, notamment toutes les décisions relatives aux autorisations d'occupation du sol. Cet arrêté a été publié le même jour au recueil des actes administratifs de la commune, en page 431 de ce recueil, comme le démontre suffisamment la production du sommaire de ce recueil, dans lequel cet arrêté est expressément référencé avec indication de son objet et de son numéro. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le signataire de l'arrêté contesté ne disposait pas d'une délégation de signature régulièrement publiée et exécutoire à la date à laquelle cet arrêté a été pris, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article 2.4.1.1. du règlement de la zone UM17 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Bordeaux métropole, contenu dans la partie de règlement relative à l'aspect extérieur des constructions et à l'aménagement de leurs abords : " Dispositions générales / La situation des constructions, leur architecture, leurs dimensions et leur aspect extérieur doivent être adaptés au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / Les constructions nouvelles et les travaux sur constructions existantes concernés par une 'protection patrimoniale' repérée au plan de zonage, doivent respecter les dispositions particulières fixées au document traitant des 'dispositions relatives à l'environnement et aux continuités écologiques, aux paysages et au patrimoine' du présent règlement. / Dès lors qu'une construction nouvelle est édifiée à proximité d'une construction concernée par une 'protection patrimoniale', sur la même unité foncière ou sur une unité foncière contiguë, elle doit prendre en compte cette dernière de manière à ne pas remettre en cause son intérêt architectural, culturel et/ou historique (par exemple en termes d'implantations, de volumes, de proportions, de matériaux et de teintes, d'accompagnements paysagers). / Toutes les constructions implantées sur un même terrain doivent être réalisées avec soin et en tenant compte de la construction principale () ". Aux termes de l'article 2.3.5. de ce règlement, contenu dans sa partie relative aux cas particuliers de morphologie urbaine : " Règles particulières relatives aux continuités écologiques, aux zones humides, à la mise en valeur du patrimoine naturel, bâti et paysager () Si elles existent, des dispositions particulières fixées au document traitant des 'dispositions relatives à l'environnement et aux continuités écologiques, aux paysages et au patrimoine' du présent règlement doivent être respectées. / Le projet doit être conçu de manière à s'intégrer dans les perspectives urbaines et paysagères, à mettre en valeur les éléments protégés, à conserver ou à renforcer les continuités écologiques repérée[s] et/ou la zone humide / L'implantation des constructions et installations devra ainsi s'appuyer sur les composantes du site préexistant en tenant compte notamment de l'implantation des constructions avoisinantes, de la topographie, des masses végétales et en particulier des bosquets arborés et des arbres qui participent à la qualité de ce paysage remarquable, et à la morphologie urbaine plus précisément. Par ailleurs, l'organisation du bâti devra permettre de préserver les vues sur les espaces naturels perceptibles depuis la voie. "

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme : " Le règlement [du plan local d'urbanisme] peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration. " Aux termes de l'article 1.3.5.1. du règlement de la zone UM17 du PLUi de Bordeaux métropole : " Continuités écologiques et/ou patrimoine bâti et paysager / Pour préserver les continuités écologiques et / ou le patrimoine bâti et paysager repérés au plan de zonage, les occupations et utilisations du sol sont soumises, le cas échéant, à des dispositions particulières fixées au document traitant des " dispositions relatives à l'environnement et aux continuités écologiques, aux paysages et au patrimoine " du présent règlement () Ces dispositions sont applicables en complément des règles fixées au chapitre 2 " Morphologie urbaine " du présent règlement. " Dans les dispositions du PLUi de Bordeaux métropole relatives à l'environnement et aux continuités écologiques, aux paysages et au patrimoine, est instituée une protection " B2 - Maisons bourgeoises " aux termes de laquelle : " ) Prescriptions spécifiques / Démolition et suppression / • La démolition complète de la construction concernée par [cette protection patrimoniale] n'est pas autorisée () / • Les constructions annexes et dépendances (chais, pigeonnier, étable, écurie, puits, hangar, volière, chapelles, fontaines etc.) ainsi que les clôtures () appartenant à un ensemble bâti homogène en lien avec la construction concernée par [cette protection] doivent être conservées, sauf contraintes techniques fortes liées à l'état sanitaire des constructions et/ou la réalisation d'un projet d'ensemble de réhabilitation, de mise en valeur et/ou de réutilisation. • Les éléments représentatifs de l'usage d'origine de la construction concernée par [cette protection] doivent être préservés et mis en valeur. / Traitement des espaces extérieurs / • Le traitement des espaces extérieurs doit participer à la mise [en] valeur de la construction concernée par [cette protection] : matériaux, plantations, clôtures, composition. • Les éléments constituant des espaces extérieurs (composition d'ensemble, végétation, pavages, éléments de petit patrimoine comme les clôtures, fontaines, puits), témoins d'une composition paysagère de qualité doivent être préservés ou remplacés par un dispositif équivalent () "

5. En l'espèce, la parcelle qui constitue le terrain d'assiette du projet discuté comporte une chartreuse qui est repérée au plan de zonage du PLUi de Bordeaux métropole sous la référence " B2046 - demeure - 20 avenue des Fauvettes - Mérignac ", et qui fait partie de la liste des éléments bâtis protégés au titre de la protection patrimoniale " B2 - maisons bourgeoises ".

6. Pour s'opposer au projet en litige, le maire de la commune de Mérignac s'est fondé d'abord sur les articles 2.4.1.1. et 2.3.5. précités du règlement zonal. Il a considéré qu'en méconnaissance de ces dispositions, le projet est trop dense et artificialise les sols de manière inadéquate au regard des enjeux environnementaux actuels, et ne participe donc pas à la mise en valeur des éléments protégés.

7. Il ressort des pièces du dossier que ce projet prévoit de construire, autour de la chartreuse existante, qui serait maintenue, 5 pavillons, chacun étant destiné à recevoir deux logements. Ces pavillons seraient implantés, pour deux d'entre eux, au nord-ouest de la chartreuse, et pour les trois autres, au sud-est et au sud-ouest de cet édifice. Il est aussi prévu d'aménager 22 places de stationnement au droit de la chartreuse, en partie sur la frange de l'espace actuellement recouvert par la pelouse d'agrément située au droit de la façade occidentale de ce bâtiment.

8. Toutefois, si les pavillons dont la construction est envisagée se trouvent à proximité immédiate de la chartreuse, ils n'en compromettent pas le caractère, alors que leur épannelage et leurs caractères architecturaux s'inspirent de ceux du bâtiment d'origine, dont ils reprennent par exemple la forme barlongue, les proportions générales et l'architecture de toit à la Mansart. Si la commune de Mérignac soutient que le projet est excessif par sa " densité ", les espaces de pleine terre représenteront après travaux 77 % de la superficie du terrain. Si, certes, les pavillons et certaines des places de stationnement se trouvent à proximité immédiate de la chartreuse, des écrans végétaux, constitués de merlons paysagers, sont destinés à créer une séparation végétale entre ces constructions et aménagements. Plus généralement, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'artificialisation du sol qui résulte du projet compromettrait la préservation de l'intérêt des lieux ou dénaturerait le caractère propre à l'ensemble constitué par la chartreuse et son parc ou la composition paysagère du site.

9. Il résulte de ce qui précède qu'en s'opposant au projet au motif qu'il ne serait pas conforme aux règles d'insertion prévues par les dispositions combinées des articles 2.4.1.1. et 2.3.5. du règlement zonal et de celles du règlement de la protection patrimoniale " B2 " instituée pour la préservation des maisons bourgeoises, le maire de la commune de Mérignac a méconnu ces dispositions réglementaires.

10. En deuxième lieu, au visa des dispositions précitées relatives au patrimoine " B2 - Maisons bourgeoises ", la décision en litige fait grief au projet de prévoir la démolition d'un garage et de deux habitations qu'elle qualifie d'annexe et de dépendances de la chartreuse.

11. Il ressort du dossier de demande de permis de construire que le terrain d'assiette comporte une annexe à usage d'habitation et un garage, que le projet propose de détruire. Il s'agit de bâtiments plus récents que la chartreuse protégée, qui sont dépourvus de tout intérêt architectural et qui sont d'ailleurs en disharmonie avec les caractères architecturaux de la chartreuse. Ces bâtiments ne peuvent donc être regardés comme constituant un ensemble homogène avec elle, condition posée par la règlementation de la protection patrimoniale " B2 - maisons bourgeoises " pour assurer la conservation des annexes et dépendances d'une construction bénéficiant d'une protection patrimoniale. Il suit de là que la société requérante est fondée à soutenir que le maire de la commune de Mérignac ne pouvait opposer au projet discuté, en raison des démolitions envisagées, la protection patrimoniale instituée pour la chartreuse.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 1.3.5.2. du règlement de la zone UM17 du PLUi de Bordeaux métropole : " Espaces boisés classés existants ou à créer et arbres isolés / Les espaces boisés existants ou à créer et les arbres isolés sont repérés au plan de zonage au 1/5000°. Ce classement interdit notamment tout changement d'affectation ou tout mode d'occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements. / Les dispositions relatives aux espaces boisés classés existants ou à créer et aux arbres isolés s'appliquent dans les conditions fixées au " 2.4.4. Aménagement des abords et plantations ", au paragraphe " Aménagement paysager et plantations " du présent règlement. " Selon les dispositions du 4. de l'article 2.4.4. de ce règlement : " Aménagement paysager et plantations () - Espaces boisés classés existants ou à créer et arbres isolés / Les espaces boisés classés existants ou à créer et les arbres isolés sont repérés au plan de zonage. Avant, pendant et après la réalisation du projet, l'état sanitaire du ou des arbres ne doit pas être compromis de quelque façon que ce soit. La surface minimale de protection à prendre en compte correspond à la projection au sol du houppier. L'enherbement de cette surface doit être maintenu () ".

13. En l'espèce, le terrain d'assiette correspond en partie au périmètre de deux espaces boisés classés (EBC) repérés au plan de zonage du PLUi de Bordeaux métropole. En tant qu'il se fonde sur les dispositions réglementaires précitées, l'arrêté contesté a été pris au motif que les modifications et le traitement du cheminement existant sur la parcelle ne respecte pas la surface minimale de protection correspondant à la projection au sol du houppier des espèces classées et que cet aménagement, en l'absence de maintien de l'enherbement et cumulé avec le trafic généré par le projet à forte densité, est de nature à compromettre la conservation et la protection des boisements.

14. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette, dans son état préexistant, comporte un cheminement calcaire qui court depuis la voie publique jusqu'au perron de la chartreuse et sépare les deux EBC. Si le projet implique de réaménager ce cheminement en l'élargissant et en réservant, sur sa bordure occidentale, des accotements en chicanes entre le chemin gravillonné et l'EBC, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces aménagements empièteraient sur les EBC. Si le chemin déborde le périmètre de projection au sol des houppiers de quelques arbres plantés dans les EBC, il ressort des pièces du dossier que ce dépassement existe d'ores et déjà. Il n'en ressort pas davantage que cet aménagement serait, par sa nature ou l'emploi qui en sera fait, de nature à affecter la conservation de ces EBC. Dans ces conditions, le maire de la commune de Mérignac n'est pas fondé à opposer au projet, pour le motif tiré de l'empiètement des EBC par ce cheminement et de l'aménagement d'un chemin sous le houppier des arbres qui y sont plantés, la méconnaissance des dispositions réglementaires précitées.

15. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté contesté n'a légalement pu être fondé sur aucun des motifs qui y sont énoncés.

16. En quatrième et dernier lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

17. Le cheminement prévu au nord de la chartreuse pour desservir les logements n°s 7 à 10, ne se trouve pas dans l'EBC qui le jouxte, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il en affecterait la préservation. Le maire de la commune de Mérignac n'est donc pas fondé à soutenir que cet aménagement méconnaîtrait la protection des EBC.

18. En revanche, il ressort des pièces du dossier que la construction du logement n° 4, situé en bordure immédiate de l'EBC, implique l'abattage de deux arbres, dont un au moins est planté dans le périmètre de l'EBC, qui jouxte l'angle de ce bâtiment, et dont la projection au sol du houppier est en partie incluse dans cet espace. Le maire de la commune de Mérignac est ainsi fondé à soutenir que le projet n'est pas conforme aux dispositions citées plus haut du 4 de l'article 2.4.4 du PLUi de Bordeaux métropole, qui fait obstacle à ce que l'état sanitaire des arbres soit compromis, de quelque manière que ce soit. Il résulte ainsi de l'instruction que le maire de la commune de Mérignac aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce motif.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SAS Anosta doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'allouer aux parties les sommes qu'elles demandent sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Anosta est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Mérignac sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Anosta et à la commune de Mérignac.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.

Le rapporteur,

M. PINTURAULT

La présidente,

C. CABANNE La greffière,

S. FERMIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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