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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200288

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200288

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200288
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL CABINET REFLEX DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 janvier 2022, le 10 octobre 2023 et le 10 mai 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme C B, représentée par Me Genty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2021 par lequel le maire de la commune d'Audenge ne s'est pas opposé à la déclaration préalable présentée par Mme D tendant à l'extension d'une maison existante sur un terrain situé 37 bis rue de Comprian ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Audenge une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt pour agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure à défaut de consultation du service des affaires maritimes ;

- le maire de la commune d'Audenge a commis une erreur de droit en ne statuant pas sur le fondement des nouvelles dispositions du plan local d'urbanisme entrées en vigueur le 9 juillet 2021 ; le certificat d'urbanisme n'a pas eu pour effet de cristalliser les règles applicables à défaut d'opposer un sursis à statuer ;

- la décision en litige méconnaît les articles UC7, UC9 et UC 11 dans leur rédaction issue de la délibération du 9 juillet 2021 ;

- la décision attaquée méconnaît l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme, dans sa rédaction issue de la modification n° 4, approuvée le 9 juillet 2021 ;

- la décision attaquée méconnaît l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme, dans sa rédaction issue de la modification n° 4, approuvée le 9 juillet 2021 ;

- la décision attaquée méconnaît l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme, dans sa rédaction issue de la modification n° 4, approuvée le 9 juillet 2021 ;

- la demande est frauduleuse.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 septembre 2023 et 12 avril 2024, la commune d'Audenge, représentée par Me Baltassat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable à défaut de justifier d'un intérêt pour agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- le moyen tiré de l'obligation de statuer sur le fondement des nouvelles dispositions du plan local d'urbanisme est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cabanne,

- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,

- et les observations de Me Baltassat, représentant la commune d'Audenge.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 novembre 2021, Mme D a déposé un dossier de déclaration préalable tendant à l'extension d'une maison existante, d'une surface de plancher supplémentaire de 17,19 m² sur un terrain situé 37 bis rue de Comprian à Audenge. Par arrêté du 22 novembre 2021, le maire de la commune a fait droit à cette demande. Mme B, voisine immédiate du projet, en sollicite l'annulation.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur. ".

3. S'il ressort des pièces du dossier que le service des affaires maritimes n'a pas été consulté, les lois ou règlements en vigueur ne prévoient aucune consultation obligatoire de ce service par l'autorité chargée de délivrer les autorisations d'urbanisme dans le cas de terrains couverts par la servitude AS2 relative à la protection des établissements de conchyliculture et d'aquaculture et des gisements coquilliers. Par conséquent, le maire d'Audenge n'était pas tenu de consulter ce service. Le moyen doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " () Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. / (). " Aux termes de l'article A. 410-4 de ce code : " Le certificat d'urbanisme précise : () e) Si un sursis à statuer serait opposable à une déclaration préalable ou à une demande de permis () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-4 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable à la date du certificat d'urbanisme : " () Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. ". Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. () L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ".

6. La décision de non-opposition en litige a été prise après que le maire de la commune d'Audenge a délivré à Mme D, le 18 juin 2021, en application du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, un certificat d'urbanisme. Si la requérante invoque l'illégalité par voie d'exception du certificat d'urbanisme à défaut de mentionner qu'un sursis à statuer pouvait être opposé alors que le plan local d'urbanisme de la commune d'Audenge était sur le point d'être modifié, il résulte des dispositions de l'article L. 424-1 et des articles auxquels il renvoie que cette faculté ne concerne que les procédures d'élaboration ou de révision du plan local d'urbanisme, non les seules modifications du règlement comme celle qui était en cours à la date d'émission du certificat discuté. Il suit de là que, par l'effet de ce certificat d'urbanisme, dont la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'il est irrégulier, les règles d'urbanisme applicables au terrain d'assiette du projet litigieux ont été cristallisées jusqu'à l'expiration d'un délai de 18 mois après la délivrance de ce certificat, c'est-à-dire jusqu'au 18 décembre 2022. Dès lors que l'arrêté litigieux a été pris avant cette date, les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables au projet en litige sont celles qui étaient contenues dans ce règlement dans son état issu de la modification n° 3 du plan local d'urbanisme, approuvée par délibération du 8 octobre 2018.

7. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le maire d'Audenge à ne pas avoir appliqué au projet en litige les dispositions du plan local d'urbanisme issues de la modification n° 4 approuvée le 9 juillet 2021 doit être écarté. De même, les moyens tirés de la méconnaissance des articles UC 6, UC 7, UC 9 et UC 11 dans leur rédaction issue de cette modification doivent être écartés comme inopérants.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article UC 6 du plan local d'urbanisme, dans sa rédaction à la date du certificat d'urbanisme, relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et aux emprises publiques : " 1. Constructions neuves ou reconstructions totales. Les constructions doivent respecter un recul minimal de 6 mètres par rapport à l'alignement (ou à défaut la limite d'emprise) des voies, de la piste cyclable départementale et des autres emprises publiques. 2/ Constructions existante L'extension, le rehaussement ou l'aménagement d'une construction existante conservée non implantée selon les dispositions prévues à l'alinéa 1/ du présent article, sont admis à condition que l'implantation projetée n'aggrave pas la non-conformité avec ces mêmes dispositions ". Selon le lexique du plan local d'urbanisme " Constitue une voie pour l'application du présent règlement, tout passage disposant des aménagements nécessaires à la circulation des véhicules, sans distinction de son régime de propriété. () Les dispositions d'implantation des constructions, définies aux articles 6 du présent règlement, s'appliquent à l'ensemble de ces voies, dès lors qu'elles sont ouvertes à la circulation générale. "

9. Il ressort des pièces du dossier que le chemin enherbé qui sépare la propriété de Mme D de celle de la requérante n'est pas une voie ouverte à la circulation générale mais sert exclusivement à permettre l'accès de la parcelle 159 à la rue de Comprian. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC 6 du plan local d'urbanisme doit être écarté comme inopérant.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article UC 7 relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " 1) Constructions neuves et reconstructions totales a) Implantation par rapport aux limites séparatives latérales (limites donnant sur les voies, publiques ou privées, et sur les emprises publiques : Les constructions peuvent être implantées sur une ou plusieurs limites séparatives latérales dans les cas suivants : - soit la construction ou partie de construction à implanter n'excède pas une hauteur totale de 4,50 mètres dans une bande de 0 à 4 mètres compté à partir de ces limites latérales, - soit la construction à implanter s'adosse de manière contigüe à une construction de hauteur supérieure située sur le terrain limitrophe et dans ce cas la hauteur autorisée pourra alors être supérieure à 4,50 mètres et ce jusqu'à pouvoir en être équivalente. En cas d'implantation en recul des limites séparatives latérales, la distance de recul sera au moins égale à 3 mètres. Les débordements de toiture jusqu'à 1 mètre seront admis dans ce recul. () 2) Constructions existantes L'extension d'une construction existante non implantée selon les dispositions prévues à l'alinéa 1/ du présent article, est admise à condition que l'implantation projetée n'aggrave pas la non-conformité avec ces mêmes dispositions ".

11. Si la requérante soutient que l'extension réalisée excèderait la hauteur de 4,50 mètres dans la bande 4 mètres comptée à partir des limites latérales, la cote de 4,79 m dont elle indique qu'il s'agit de la hauteur de la nouvelle construction constitue en réalité celle du terrain naturel avant travaux tandis que celle de 4,94 NGF constitue celle du sol fini de la construction existante. Il ressort au contraire des pièces du dossier que la hauteur totale de l'extension qui s'implante en limite séparative est de 4,48 mètres, respectant les prescriptions précitées. Si elle fait valoir également qu'en tout état de cause, cette extension aggrave la non-conformité de la construction existante, il ressort, au contraire, des plans de façade que la partie de construction existante implantée en limite séparative n'excède pas 4,50 mètres. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC 11 doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article UC 11 du plan local d'urbanisme : " () Toitures Formes des toitures - Toits en pente Les toitures seront à deux pans maximum. Leur pente sera fonction de matériau de couverture dans décrochement excessif, avec un minimum de 20 % et un maximum de 40 % sauf : pour les petits éléments de toitures, du type tourelles, clochetons, chiens assis,, - pour les constructions de type Arcachonnaise dont la pente de toit pourra être supérieure ; () - Toits à pente faible ou nulle Les toitures en terrasse ou à très faible pente sont autorisées à condition : - qu'un dispositif architectural (acrotère ) vienne masquer les matériaux de couverture, et que les éventuels équipements techniques (blocs de ventilation, climatiseurs,() soient intégrés dans un volume ou masqués par une paroi. () ".

13. Contrairement à ce que soutient Mme B, il ressort des pièces du dossier, et notamment des différents plans de coupe joints au dossier de demande, que l'extension est dotée d'une toiture terrasse et non d'une toiture à pente unique, nonobstant la mention figurant dans la notice. La circonstance qu'une première autorisation d'urbanisme octroyée à Mme D prévoyait une toiture à une seule pente est à cette égard indifférente ni n'est de nature à révéler une éventuelle fraude. Les photographies produites au dossier au demeurant le contredisent et le positionnement de la boite à eau n'est pas davantage de nature à le caractériser.

14 Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non recevoir opposée en défense, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2021.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Audenge, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Audenge et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à la commune d'Audenge la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à la commune d'Audenge et à Mme A D.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

Mme Fazi-Leblanc, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

C. CABANNE

L'assesseur le plus ancien,

M. PINTURAULT

La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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