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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200410

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200410

mercredi 15 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200410
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantQUEVAREC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 25 janvier, 20 avril et 25 août 2022, M. A B, représenté par Me Quevarec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision non formalisée, révélée par un courriel du 26 mars 2021, par laquelle le directeur général de l'école nationale supérieure d'arts et métiers (ENSAM) a refusé de lui accorder une bonification d'ancienneté de sept ans ainsi que la décision implicite portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'ENSAM de lui verser la somme de 5 122 euros, correspondant au montant qu'il aurait dû percevoir au titre de la bonification d'ancienneté depuis son recrutement en septembre 2019 jusqu'au mois de septembre 2021, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'ENSAM la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable dès lors qu'il ne conteste pas l'une des clauses de son contrat mais la décision du 26 mars 2021, qui n'a pas été notifiée avec les voies et délais de recours, et qu'il a formé un recours gracieux contre cette décision le 28 septembre 2021 ;

- il n'est pas établi que le signataire de la décision implicite de rejet de son recours gracieux dispose d'une délégation de signature régulière ;

- la décision implicite de rejet de son recours gracieux est entachée d'un défaut de motivation ;

- le refus de lui accorder une bonification d'ancienneté de sept ans est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'une bonification d'ancienneté de sept ans ;

- il méconnaît le principe d'égalité de traitement.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2022, l'ENSAM conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable pour tardiveté dès lors que les décisions contestées confirment son contrat de travail, signé le 30 juillet 2019, ainsi que ses fiches de classement, qui ont acquis un caractère définitif ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Denys, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Quevarec, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a, par un contrat du 30 juillet 2019, été recruté au sein de l'ENSAM pour assurer les fonctions d'enseignant chercheur contractuel en conception mécanique et conception assistée par ordinateur. La bonification d'ancienneté dont il a bénéficié a été fixée à quatre ans. M. B a sollicité du directeur général de l'ENSAM une bonification d'ancienneté de sept ans. Par une décision non formalisée, révélée par un courriel du 26 mars 2021, cette autorité a refusé de lui accorder une telle bonification d'ancienneté. Par un courrier du 28 septembre 2021 réceptionné le lendemain, l'intéressé a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejeté par une décision implicite du 28 novembre 2021. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision implicite portant rejet du recours gracieux formé par M. B ne peut qu'être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucun principe ni d'aucun texte que la décision implicite portant rejet du recours gracieux formé contre une décision, dont la forme n'est pas contestée, doit être motivée. Il s'ensuit que M. B ne peut utilement invoquer, à l'appui de ses conclusions aux fins d'annulation, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant rejet de son recours gracieux.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 11 de la délibération n°CA.2017-24 du conseil d'administration de l'ENSAM du 1er juin 2017 : " Peuvent être recrutés dans la catégorie d'emploi 2 " EC " les agents titulaires de l'un des diplômes suivants : / a) d'un doctorat de troisième cycle ; / b) d'un diplôme de docteur ingénieur ; / c) d'un diplôme de master. ". Aux termes de l'article 11 de cette délibération : " Les agents recrutés dans la catégorie d'emploi 2 " EC " qui, outre le diplôme au titre duquel ils ont été recrutés, sont titulaires d'un ou plusieurs diplômes présentant un intérêt pour l'accomplissement des missions confiées à l'établissement peuvent bénéficier de bonifications d'ancienneté dans des conditions fixées en annexe de la présente délibération ". Aux termes de l'article 4 de l'annexe de la même délibération : " Les agents recrutés en catégorie d'emplois 2 " EC " qui, outre le diplôme au titre duquel ils ont été recrutés, sont titulaires d'un diplôme homologué sanctionnant 5 années d'études supérieures bénéficient d'une bonification d'ancienneté de 4 ans. / Les agents recrutés en catégorie d'emplois 2 " EC " et titulaires d'un diplôme homologué sanctionnant au moins 4 années d'études supérieures bénéficient d'une bonification d'ancienneté de 2 ans ".

5. Il résulte des dispositions précitées que le bénéfice d'une bonification d'ancienneté est, pour les agents recrutés par l'ENSAM, réservé à ceux d'entre eux qui peuvent se prévaloir d'un ou de plusieurs diplômes, autres que celui au titre duquel ils ont été recrutés, qui présentent un intérêt pour l'accomplissement des missions qui leur sont confiées.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a été recruté dans la catégorie d'emplois 2 " EC ", dispose d'un doctorat, portant sur la simulation numérique d'impacts à faible vitesse sur les composites stratifiés, obtenu à l'université de Pise en 2016, ainsi que d'un diplôme d'ingénieur en ingénierie aérospatiale, obtenu auprès de la même université, en 2012. Il s'ensuit que l'intéressé, qui a été recruté au titre de son doctorat, ne peut se prévaloir, afin de bénéficier d'une bonification d'ancienneté, que de son diplôme d'ingénieur en ingénierie aérospatiale, qui sanctionne cinq années d'études supérieures. Dans ces conditions, la décision par laquelle le directeur général de l'ENSAM, qui a fixé à quatre années la bonification d'ancienneté de M. B, a refusé de porter cette bonification d'ancienneté à sept années, n'est pas entachée d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation.

7. En dernier lieu, si M. B fait valoir que certains agents, dans la même situation administrative que lui, percevraient une bonification d'ancienneté supérieure à la sienne, il ne produit aucun élément au soutien de cette allégation. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'ENSAM, M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation des décisions qu'il conteste.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ENSAM, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'école nationale supérieure d'arts et métiers.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello, présidente,

- Mme Caste, conseillère,

- Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2023.

La rapporteure,

A. DENYS

La présidente,

F. ZUCCARELLO La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2200410

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