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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200420

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200420

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDESCRIAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2022, et par un mémoire enregistré le 16 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Rayssac, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Sainte-Eulalie a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la démolition d'une construction existante et la réalisation d'une maison individuelle sur les parcelles cadastrées section AZ n°s 234, 235 et 236, situées rue Marcel Pagnol ;

2°) d'enjoindre à la commune de Sainte-Eulalie de délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Eulalie la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ; elle est suffisamment précise quant à la désignation de l'acte attaqué et n'est pas tardive ;

- l'arrêté contesté méconnaît l'article 2.1.4. du règlement de la zone UB b du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Sainte-Eulalie ; l'emprise au sol du projet, qui doit être mesurée en excluant les débords de toiture, n'excède pas l'emprise maximale autorisée ;

- il méconnaît l'article 2.3.1. du règlement de la zone UB b du PLU ; la superficie de l'espace en pleine terre que réserve le projet est conforme à la proportion minimale d'espace de pleine terre exigée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 15 mars et 9 juin 2022, la commune de Sainte-Eulalie, représentée par Me Descriaux, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de détermination de l'acte attaqué ;

- la requête est tardive en tant qu'elle est dirigée contre des arrêtés pris le 4 janvier 2021, le 4 mars 2021 et le 29 septembre 2021 ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pinturault,

- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,

- et les observations de Me Descriaux, représentant la commune de Sainte-Eulalie.

Considérant ce qui suit :

Sur l'identification de l'objet de litige et la recevabilité :

1. En premier lieu, quand bien même la requête expose que Mme A B a, avant l'arrêté attaqué, déposé plusieurs demandes de permis de construire pour le même projet, sur lesquelles le maire de la commune de Sainte-Eulalie a rendu des arrêtés de refus le 4 janvier, le 4 mars et le 29 septembre 2021, ses conclusions sont clairement dirigées contre le dernier arrêté daté du 25 novembre 2021, par lequel cette autorité a refusé de lui délivrer le permis de construire qu'elle a demandé le 8 octobre 2021. Elle en précise d'ailleurs les motifs tirés du défaut de conformité aux règles contenues dans les articles 2.1.4. et 2.1.3. du règlement de la zone UB b du plan local d'urbanisme (PLU). Il suit de là qu'en dépit des maladresses de rédaction, qui n'excèdent pas ce qui est légitimement admissible pour un requérant qui n'était pas assisté d'un avocat à la date à laquelle il a saisi le tribunal, cette requête satisfait aux exigences des articles R. 411-1 et 412-1 du code de justice administrative. Par suite, la fin de non-recevoir que lui oppose en défense la commune de Sainte-Eulalie, tirée de l'identification insuffisamment précise de l'acte attaqué, doit être écartée.

2. En deuxième lieu, dès lors que, pour les motifs exposés ci-dessus, la requête, qui a été enregistrée le 25 janvier 2022, doit être regardée comme dirigée contre l'arrêté du 25 novembre 2021, la commune de Sainte-Eulalie ne peut utilement soutenir qu'elle est tardive en tant que dirigée contre les précédents arrêtés de refus de permis de construire, pris le 4 janvier, le 4 mars et le 29 septembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. D'une part, l'arrêté contesté a été pris sur le fondement d'un premier motif, tiré de ce que le projet comporte une emprise au sol totale qui excède l'emprise au sol maximale autorisée par l'article 2.1.4. du règlement de la zone UB b du PLU, en prenant en compte la superficie d'emprise au sol de la maison, du garage existant et de la liaison entre la maison et ce garage. D'autre part, l'arrêté a aussi été pris sur le fondement d'un second motif tiré de ce que la superficie des espaces verts que comporte le projet, en prenant en compte la superficie d'emprise au sol réelle, supérieure à celle déclarée dans le dossier de demande de permis de construire, n'est pas conforme à la proportion minimale d'espaces verts fixée à l'article 2.3.1. de ce règlement.

4. En premier lieu, aux termes de l'article 2.1.4. du règlement de la zone UB b du PLU de la commune de Sainte-Eulalie : " () Emprise au sol des constructions / Définition / L'emprise au sol correspond à la projection verticale du volume du bâtiment au sol. / Calcul de l'emprise / Par rapport à la superficie du terrain, l'emprise au sol ne doit pas excéder : () -dans le secteur UB b : 25 % () ". Le glossaire du règlement du PLU de cette commune, inclus dans les dispositions générales de ce règlement, précise que, s'agissant de l'emprise au sol, il s'agit de " la surface au sol que tous les bâtiments occupent sur le terrain : elle correspond à la projection verticale de la ou les constructions au sol, ainsi que des piscines, exception faite des éléments architecturaux de façade, balcons, loggias, débord de toiture, terrasse à moins de 0,60 m du terrain naturel ". Cette définition, qui a une portée réglementaire générale, s'impose nécessairement pour l'application de toutes les autres règles contenues dans le PLU, zone par zone, y compris à la règle de limitation de l'emprise au sol instituée par les dispositions de l'article 2.1.4. du règlement de la zone UB b, qui n'y dérogent pas. Il résulte ainsi de ces dispositions que, pour le calcul de l'emprise au sol maximale prévue par l'article 2.1.4. du règlement de la zone UB b du PLU, les débords de toiture ne doivent pas être pris en compte.

5. Il est constant que le terrain d'assiette a une superficie totale de 1 037 m², de sorte que, par application des dispositions légales précitées, l'emprise au sol maximale est de 259,25 m². Il ressort des pièces du dossier que, comme la commune l'a elle-même précisé dans ses écritures, la mesure de l'emprise au sol qui est opposée au projet dans les motifs de la décision contestée, c'est-à-dire 286,5 m², résulte d'un calcul qui prend en compte les débords de toiture, en méconnaissance des dispositions précitées. En les excluant du calcul de l'emprise au sol du projet, cette emprise présente en réalité une superficie totale qui, même en prenant en compte le garage préexistant et la liaison créée entre la maison et ce garage, n'excède pas la superficie maximale d'emprise au sol autorisée, et ne peut davantage excéder la superficie d'emprise au sol indiquée dans le dossier de demande de permis de construire, c'est-à-dire 250 m². Il suit de là qu'en fondant sa décision de refus sur le dépassement de la superficie d'emprise au sol maximale autorisée par les dispositions réglementaires précitées, le maire de la commune de Sainte-Eulalie a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur de fait.

6. En second lieu, aux termes de l'article 2.3.1. du règlement de la zone UB b du PLU de la commune de Sainte-Eulalie : " () Espaces libres et plantations / Les espaces libres correspondent à la surface de terrain non occupée par les constructions, y compris enterrées, d'installations et d'aménagements conduisant à limiter la capacité naturelle d'infiltration du sol (aires de stationnement, voirie, accès, piscines, terrasses, bâtis et annexes). Les espaces libres correspondent à la surface des espaces verts plantés en pleine terre () aménagement des espaces libres : / Les espaces verts doivent représenter un minimum de () en zone UB b : 50 % de la superficie foncière () ".

7. En l'espèce, pour les raisons exposées plus haut, la superficie de l'emprise au sol du projet n'excède pas 250 m², comme indiqué dans le dossier de demande de permis de construire. Ainsi, en ajoutant à la superficie d'emprise bâtie la voirie de 200,5 m² et la terrasse de 40 m², le projet ne comporte aucune artificialisation du sol sur au moins 547 m², et le dossier de demande de permis de construire, qu'aucun élément du dossier ne contredit sur ce point, indique que 525,30 m² seront aménagés en espaces en pleine terre, c'est-à-dire plus que la moitié de la superficie totale du terrain d'assiette. Il suit de là que le maire de la commune, dont le calcul de la superficie laissée en espaces verts plantés en pleine terre procède d'une erreur de droit commise dans celui de la superficie de l'emprise au sol, n'était pas fondé à soutenir que le projet ne réserve pas une superficie d'espace libre suffisante.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du maire de la commune de Sainte-Eulalie du 25 novembre 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

10. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

11. Le présent jugement annule le refus de permis de construire après avoir censuré la totalité des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée obligent à s'opposer à la demande de permis de construire présentée par Mme B pour un motif que l'administration n'a pas relevé. Il n'en résulte pas davantage qu'à la suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y ferait obstacle. Par suite, en application des dispositions rappelées ci-dessus, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Sainte-Eulalie de délivrer le permis de construire sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune de Sainte-Eulalie au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de cette commune la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Sainte-Eulalie du 25 novembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Sainte-Eulalie de délivrer à Mme B le permis de construire qu'elle a demandé le 8 octobre 2021, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Sainte-Eulalie versera à Mme B une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Sainte-Eulalie.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

Mme Fazi-Leblanc, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le rapporteur,

M. PINTURAULT

La présidente,

C. CABANNE La greffière,

M-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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