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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200726

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200726

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200726
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHL CONSEILS ET CONTENTIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 7 février et 3 mai 2022, la société Newell Enterprises Inc, représenté par Me Larrat, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la commune de Castelnaud-la-Chapelle (24) du 10 décembre 2021 rejetant sa demande tendant à la mise en œuvre des pouvoirs de police du maire de lutte contre l'incendie afin de protéger le château de Fayrac dont elle est propriétaire ;

2°) de condamner la commune de Castelnaud-la-Chapelle à réaliser à sa charge, dans un délai de huit jours, tous les aménagements nécessaires à la préservation de la sécurité publique par la création, l'aménagement, la gestion des points d'eau nécessaires à l'alimentation en eau des moyens des services d'incendie et de secours que requiert la protection du château de Fayrac et cela sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Castelnaud-la-Chapelle une somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne comporte aucune motivation en droit et en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la commune est responsable de la défense incendie du château de Fayrac et que la charge financière de ces investissements revient à la commune.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2022, la commune de Castelnaud-la-Chapelle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 5 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mounic, rapporteure,

- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Larrat, représentant la société Newell Enterprises Inc.

Considérant ce qui suit :

1. La société Newell Enterprises Inc est propriétaire du château de Fayrac situé sur le territoire de la commune de Castelnaud-la-Chapelle (24). Par un courrier du 27 juillet 2021, réceptionné le 29 juillet suivant, la société requérante a demandé au maire de la commune de mettre en œuvre ses pouvoirs de police de lutte contre l'incendie afin de protéger ledit château. Le silence gardé par la commune pendant une durée de deux mois a fait naître le 29 septembre 2021 une décision implicite de rejet. Par un courrier en date du 25 novembre 2021 valant recours gracieux, elle a demandé au maire de la commune de mettre en œuvre ses pouvoirs de police de lutte contre l'incendie afin de protéger le château de Fayrac. Par un courrier du 10 décembre 2021, le maire a rejeté sa demande. Par la présente requête, la société Newell Enterprises Inc demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose, s'agissant la demande de mise en œuvre des pouvoirs de police du maire, qu'un recours administratif préalable soit engagé avant toute action contentieuse. Dès lors, conformément aux dispositions citées au point 2, la décision du 10 décembre 2021 n'avait pas à être motivée au sens de cet article. En tout état de cause, la réponse de la commune est explicitée par la note du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) figurant en annexe et qui fait état, de la réglementation applicable et de la situation de fait du château de Fayrac s'agissant de la défense extérieure contre l'incendie et permettait, à la société requérante, d'en connaître les motifs. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2 225-1 du code général des collectivités territoriales : " La défense extérieure contre l'incendie a pour objet d'assurer, en fonction des besoins résultant des risques à prendre en compte, l'alimentation en eau des moyens des services d'incendie et de secours par l'intermédiaire de points d'eau identifiés à cette fin. Elle est placée sous l'autorité du maire conformément à l'article L. 2213-32. " Aux termes de l'article L. 2 225-2 du même code : " Les communes sont chargées du service public de défense extérieure contre l'incendie et sont compétentes à ce titre pour la création, l'aménagement et la gestion des points d'eau nécessaires à l'alimentation en eau des moyens des services d'incendie et de secours. Elles peuvent également intervenir en amont de ces points d'eau pour garantir leur approvisionnement ". Aux termes des dispositions de l'article 2.5 du règlement départemental pour la défense extérieure contre l'incendie du département de la Dordogne : " () Un point d'eau incendie (PEI) privé est à la charge de son propriétaire. () / 2.5.1 PEI couvrant des besoins propres : / Il s'agit de la mise en place de PEI exigés par application de dispositions réglementaires connexes à la DECI pour couvrir les besoins propres (exclusifs) d'exploitants ou de propriétaires ; ces PEI sont à la charge de ces derniers. / Il s'agit d'un équipement privé dimensionné pour le risque présenté par le bâtiment qui l'a nécessité et son environnement immédiat. () ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le site du château de Fayrac constitué d'un groupe de bâtiments, à usage d'habitation, supérieur à 500 m² est classé, conformément aux dispositions du règlement départemental comme représentant un " risque particulier ", dont la couverture incendie doit être étudiée spécifiquement. En application des dispositions du règlement départemental, la défense incendie doit être assurée a minima par un point d'eau incendie (PEI) pouvant fournir un débit minimal de 60 m3 /h pendant deux heures ou par une réserve incendie de 120 m3 à moins de 200 m des bâtiments par une voie carrossable. Or, il ressort de l'étude du SDIS ainsi que des vues géoportail librement accessibles, que les bâtiments en litige sont situés à plus de 200 m de la limite de propriété par les voies carrossables accessibles aux engins de lutte contre l'incendie ce qui empêche d'assurer la défense incendie par un PEI sur l'espace public. Il ressort également de cette même étude que le réseau d'abduction d'eau présente un débit insuffisant pour assurer la création d'un PEI sous pression à moins de 200 m. A en ressort enfin que l'aménagement d'une aire d'aspiration sur la berge de la Dordogne a été étudiée par le SDIS qui conclut que cette solution ne permet pas de disposer d'un PEI à moins de 200 m en l'absence de voies carrossables accessibles aux services de secours. Aussi, la seule alternative consiste en la création d'un PEI privé consistant à créer une réserve incendie constituée d'une citerne souple complétée par la citerne de 40 m3 située à proximité du château.

6. D'autre part, l'aménagement ainsi préconisé qui a vocation à couvrir les besoins propres et exclusifs du château de Fayrac et à s'implanter sur un terrain privé constitue un PEI privé et relève des dispositions de l'article 2.5 du règlement départemental pour la défense extérieure contre l'incendie du département de la Dordogne, de sorte que les investissements et l'entretien afférents à ce PEI privé sont à la charge du propriétaire. Par suite, la société Newell Enterprises Inc n'est pas fondée à soutenir que le maire de la commune de Castelnaud-la-Chapelle, en refusant de mettre en œuvre ses pouvoirs de police pour la création d'un PEI, a commis une erreur de droit.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la société Newell Enterprises Inc n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 10 décembre 2021. Ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Castelnaud-la-Chapelle, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Newell Enterprises Inc, au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Newell Enterprises Inc est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Newell Enterprises Inc et à la commune de Castelnaud-la-Chapelle.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

La rapporteure,

S. MOUNIC Le président,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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