mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2201123 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BERNADOU AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement du 8 mars 2023, le tribunal administratif de Bordeaux a sursis à statuer sur la requête n° 2201123, pour permettre la régularisation du permis de construire que le maire de la commune d'Andernos-les-Bains a délivré, par un arrêté du 15 mai 2019, à Mme B E pour construire, après démolition d'une construction existante, une maison sur un terrain situé 16 avenue des Lutins.
Par un arrêté du 2 juin 2023, le maire de la commune d'Andernos-les-Bains a délivré à Mme B E un permis de construire modificatif.
Par des mémoires enregistrés les 1er septembre et 28 décembre 2023, et le 24 février 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. C F, représenté par Me Bernadou, conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures.
Il soutient, en outre, que :
- le dossier de demande de permis de construire modificatif est insuffisant et comporte des incohérences en ce qui concerne le traitement des arbres existants, les végétations à planter, le traitement des espaces libres et la superficie des espaces en pleine terre ;
- le dossier de demande de permis de construire révèle une fraude en tant qu'il dissimule la superficie réelle du terrain d'assiette ;
- le projet en litige, tel qu'il résulte du permis de construire modificatif, n'est pas conforme aux dispositions de l'article 13 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune d'Andernos-les-Bains ; la superficie laissée en pleine terre est inférieure à 60 % de la superficie totale du terrain ; l'accès au garage ne peut être inclus dans le décompte de la surface laissée en pleine terre.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2023, Mme B E et Mme D A, représentées par Me Lanckriet, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. F sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés le 19 septembre 2023 et le 13 février 2024, la commune d'Andernos-les-Bains, représentée par Me Delavallade, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. F.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pinturault,
- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,
- les observations de Me Bernadou, représentant M. F, de Me Houppe, représentant la commune d'Andernos, et de Me Lanckriet, représentant Mmes E et A.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 15 mai 2019, dont M. F sollicite l'annulation, le maire de la commune d'Andernos-les-Bains a délivré à Mme B E un permis de construire pour édifier, après démolition de la construction existante, une maison d'habitation sur un terrain cadastré section CH n° 23, situé 16 avenue des Lutins. Après avoir relevé que ce permis était entaché de vices résultant de l'incomplétude du dossier et de la méconnaissance de l'article UC 13 du plan local d'urbanisme, le tribunal administratif de Bordeaux, faisant usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, a par un jugement du 8 mars 2023, sursis à statuer sur la présente requête pour permettre la régularisation de ce permis. Par un arrêté du 2 juin 2023, le maire de la commune d'Andernos-les-Bains a délivré un permis de construire modificatif à Mme E. M. F persiste dans ses conclusions en annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. A compter de la décision par laquelle le juge recourt à l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, seuls des moyens dirigés contre la mesure de régularisation notifiée, le cas échéant, au juge peuvent être invoqués devant ce dernier. A ce titre, les parties peuvent, à l'appui de la contestation de l'acte de régularisation, invoquer des vices qui lui sont propres et soutenir qu'il n'a pas pour effet de régulariser le vice que le juge a constaté dans sa décision avant dire droit. Elles ne peuvent en revanche soulever aucun autre moyen, qu'il s'agisse d'un moyen déjà écarté par la décision avant dire droit ou de moyens nouveaux, à l'exception de ceux qui seraient fondés sur des éléments révélés par la procédure de régularisation.
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. " Aux termes de l'article R. 431-9 de ce code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu () ".
4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
5. Dans son jugement du 8 mars 2023, le tribunal a relevé qu'en raison de l'imprécision du dossier de demande (emplacement des plantations maintenues, traitement des espaces libres, des accès et du stationnement, présence d'une terrasse) le service instructeur n'avait pas été mis en mesure d'apprécier, notamment, les règles relatives à l'emprise au sol, aux espaces verts et à la végétalisation des parkings.
6. M. F soutient que le permis de construire n'a pas régularisé ces vices, reprochant au dossier de ne toujours pas indiquer où seront plantées les végétations mentionnées dans la notice explicative qui y est jointe, et estime qu'il n'est dès lors pas possible de déterminer précisément les zones du terrain d'assiette qui seront engazonnées et celles qui seront gravillonnées. Toutefois, le dossier de demande de permis de construire modificatif contient un plan de masse qui indique la surface laissée en espaces verts en pleine terre et celle dédiée au stationnement, sans contradiction avec la notice explicative qui précise que l'espace dédié au stationnement sera gravillonné. Ce même plan précise en outre les arbres maintenus, l'arbre supplémentaire planté et, par l'emploi de pointillés verts, l'emplacement des autres végétations qui seront ajoutées aux arbres déjà présents sur le terrain d'assiette. Si M. F reproche à l'un des deux plans de masse joints au dossier de demande de permis de construire modificatif de ne pas indiquer les deux platanes qui seront conservés, ce plan a seulement vocation à figurer l'emplacement des réseaux, tandis que le second plan de masse, en date du 2 juin 2023, représente ces arbres. Il n'existe donc pas de contradiction sur ce point entre les pièces du dossier de demande de permis de construire.
7. M. F fait grief aussi au dossier de ne pas préciser le traitement de l'accès au garage de la maison projetée, mais selon la notice modificative, l'emplacement dédié au garage dans l'état initial du projet, même s'il est toujours désigné comme un " garage " dans le plan de masse joint au dossier de demande de permis de construire modificatif, sera finalement réservé aux vélos. Ainsi, il ne ressort pas des éléments du dossier que cet aménagement appellerait la création, sur le terrain d'assiette, d'un cheminement spécifique qui ne pourrait pas être inclus dans les espaces libres.
8. Il résulte de ce qui précède que le vice tiré de l'incomplétude du dossier de permis de construire a été régularisé.
9. En second lieu, aux termes de l'article 13 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune d'Andernos-les-Bains : " () En zone UC, la superficie d'espaces verts en pleine terre doit représenter au moins 60 % de la superficie totale du terrain () ". Le point 19 " espaces verts (articles 13 du règlement) " de l'article 6 des dispositions générales du règlement du PLU précise : " Les espaces verts correspondent aux surfaces du terrain conservés ou aménagés en pleine terre et végétalisés (pelouses, arbustes, arbre) ".
10. Dans le dossier de demande de permis de construire initial, la pétitionnaire a déclaré que la superficie du terrain d'assiette est de 358 m², tandis qu'elle déclare, dans le dossier de demande de permis de construire modificatif, que cette superficie est de 370 m².
11. Dans son jugement du 8 mars 2023, le tribunal administratif de Bordeaux a estimé que le rapport établi par un géomètre-expert, dont la pétitionnaire s'est prévalue en défense pour soutenir que son terrain faisait en réalité 370 m², ne suffisait pas, en l'absence de tout élément sur la méthodologie utilisée par ce rapport, réalisé en juillet 2019, pour remettre en cause la superficie déclarée dans le dossier de demande de permis de construire initial. Mais, d'une part, après que le tribunal a sursis à statuer, la pétitionnaire a produit le levé topographique réalisé par ce géomètre dans le cadre de ce bornage. Il en ressort que, en tenant compte de la position géodésique de chacun des sommets géométriques de la parcelle de Mme E, cette parcelle présente effectivement une superficie de 370 m², et non de seulement 358 m² comme cela avait été indiqué dans le dossier de demande de permis de construire initial. D'autre part, il n'est pas contesté que la surface d'emprise construite du projet est de 147,41 m², de sorte que le solde d'espaces verts en pleine terre est de 222,59 m², comme cela est indiqué sur le plan de masse produit dans le dossier de demande de permis de construire modificatif, c'est-à-dire une surface supérieure à la surface d'espaces verts en pleine terre minimum exigée. Pour les mêmes raisons que celles exposées plus haut, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'accès à l'annexe-garage nécessiterait la création d'un cheminement artificialisé à déduire de la mesure de la surface d'espace en pleine terre. Il suit de là que le projet, dans son état issu de la régularisation intervenue en cours d'instance, est désormais conforme aux dispositions réglementaires précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.
12. En troisième lieu, selon l'article 13 du règlement de la zone UC du PLU d'Andernos-les-Bains, un arbre doit être planté pour chaque tranche de 50 m² d'aire de stationnement.
13. En l'espèce, l'aire de stationnement présentée dans le dossier de demande de permis de construire modificatif mesure 30 m², soit moins de 50 m², de sorte qu'aucun arbre n'était exigé à ce titre. En tout état de cause, la pétitionnaire a déclaré la plantation d'un arbre dédié à cet effet à une distance raisonnable de l'espace de stationnement. Le projet est donc régularisé sur ce point.
14. En quatrième lieu, dès lors que, pour les raisons exposées ci-dessus, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure de superficie du terrain d'assiette indiquée dans le dossier de demande de permis de construire serait inexacte, M. F n'est pas fondé à soutenir qu'en déposant ce dossier de demande, la pétitionnaire aurait dupé sur ce point le service instructeur et que le permis de construire modificatif délivré le 2 juin 2023 aurait ainsi été entaché d'une fraude.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de M. F, dirigées contre l'arrêté du 15 mai 2019, dont les illégalités ont été régularisées par l'arrêté de permis modificatif du 2 juin 2023, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. En premier lieu, la présente instance n'a donné lieu à aucun dépens, de sorte que la demande de M. F tendant à ce que ce les dépens de l'instance soit mis à la charge de la commune d'Andernos-les-Bains, doit être rejetée.
17. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à la charge de chaque partie les frais qu'elle a exposés. Par suite, les demandes que forment les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative seront rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Andernos-les-Bains et par Mme B E et Mme D A sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à la commune d'Andernos-les-Bains, à Mme B E et à Mme D A.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
Le rapporteur,
M. PINTURAULT
La présidente,
C. CABANNE La greffière,
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026