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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201380

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201380

mercredi 18 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL BOISSY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2022, la préfète de la Gironde demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 août 2021 par lequel le maire de Lacanau ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée le 7 juillet 2021 par l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Lasuerte, portant sur la pose d'un container de stockage sur la parcelle cadastrée section CO n° 183 située 24 allée du Club de Voile, ainsi que sa décision implicite née le 9 janvier 2022 rejetant le recours gracieux présenté dans le cadre du contrôle de légalité.

Elle soutient que l'arrêté déféré :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, la construction projetée constituant une extension de l'urbanisation dans un secteur qui n'est ni un village ni une agglomération existante ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 121-24 et R. 121-5 du code de l'urbanisme, combinées aux dispositions du règlement de la zone Nr du plan local d'urbanisme, le projet n'étant pas un aménagement léger ; en tout état de cause il n'a pas été précédé d'une enquête publique ni d'une mise à disposition du public ;

- méconnaît les dispositions applicables en zone rouge du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'incendies de forêt.

La requête a été communiquée à l'EURL Lasuerte et à la commune de Lacanau qui, malgré une mise en demeure adressée le 11 avril 2022 sur le fondement de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, n'ont pas produit d'observation.

Par un avis d'audience du 5 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée le même jour en application des dispositions des article R. 611-11-1 et R. 613-3 du code de justice administrative.

Une pièce complémentaire produite par la commune de Lacanau, enregistrée le 4 janvier 2023, n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,

- et les observations de M. le maire de Lacanau.

Considérant ce qui suit :

1. La préfète de la Gironde demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 août 2021 par lequel le maire de Lacanau ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée le 7 juillet 2021 par l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Lasuerte portant sur la pose d'un container de stockage sur la parcelle cadastrée section CO n° 183 située 24 allée du Club de Voile, ainsi que sa décision implicite née le 9 janvier 2022 rejetant le recours gracieux qu'elle a déposé dans le cadre du contrôle de légalité.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, () lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs ".

3. Il résulte de ces dispositions que les constructions peuvent être autorisées dans les communes littorales en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire, en l'absence d'autres précisions apportées à cet égard par un schéma de cohérence territoriale (SCOT) applicable, avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions. En outre, dans les secteurs déjà urbanisés ne constituant pas des agglomérations ou des villages, des constructions peuvent être autorisées en dehors de la bande littorale des cent mètres et des espaces proches du rivage dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, sous réserve que ces secteurs soient identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, ou, jusqu'au 31 décembre 2021, sous réserve de ne pas avoir pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, avec accord de l'État et avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites.

4. Il ressort des pièces du dossier que le projet consiste en la pose d'un contener de stockage à Lacanau, commune littorale au sens de l'article L. 321-2 du code de l'environnement, sur la parcelle cadastrée section CO n° 183, située à plus de cinq kilomètres du village de Lacanau-Océan, dont elle est séparée par des étendues de pins, et à environ quatre kilomètres du centre de Lacanau, dont elle est séparée par le lac de Lacanau. Il s'ensuit qu'elle ne s'inscrit pas en continuité des bourgs de Lacanau et Lacanau Océan. Il ressort également des pièces du dossier que la parcelle est implantée dans le lotissement de La Grande Escoure qui, s'il présente une certaine densité de constructions, ne saurait pour autant être qualifié de village ou d'agglomération au sens des dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, ni au demeurant un " secteur déjà urbanisé autre que les agglomérations et villages " au sens du deuxième alinéa de cet article, le secteur en litige n'ayant pas été identifié comme tel par un SCoT applicable au titre de l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme. Par suite, l'arrêté du 30 août 2021 a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2 du règlement de la zone Nr du plan local d'urbanisme, pris en application des articles L. 121-24 et R. 121-5 du code de l'urbanisme : " Peuvent être autorisés au sein des espaces littoraux remarquables les aménagements légers suivants, à condition que leur localisation et leur aspect ne dénaturent pas le caractère des sites, ne compromettent pas leur qualité architecturale et paysagère et ne portent pas atteinte à la préservation des milieux (article R. 121-5 du code de l'urbanisme) : / - s'ils sont conçus de manière à permettre un retour du site à l'état naturel et lorsqu'ils sont nécessaires à la gestion ou à l'ouverture au public de ces espaces ou milieux, les cheminements piétonniers et cyclables et les sentes équestres ni cimentés, ni bitumés, les objets mobiliers destinés à l'accueil ou à l'information du public, les postes d'observation de la faune ainsi que les équipements démontables liés à l'hygiène et à la sécurité tels que les sanitaires et les postes de secours lorsque leur localisation dans ces espaces est rendue indispensable par l'importance de la fréquentation du public ; / - si elles sont conçues de manière à permettre un retour du site à l'état naturel, les aires de stationnement indispensables à la maîtrise de la fréquentation automobile et à la prévention de la dégradation de ces espaces par la résorption du stationnement irrégulier, sans qu'il en résulte un accroissement des capacités effectives de stationnement, à condition que ces aires ne soient ni cimentées ni bitumées et qu'aucune autre implantation ne soit possible ; / - la réfection des bâtiments existants et l'extension limitée des bâtiments et installations nécessaires à l'exercice d'activités économiques ; / s'ils sont conçus de manière à permettre un retour du site à l'état naturel et à l'exclusion de toute forme d'hébergement et à condition qu'ils soient en harmonie avec le site et les constructions existantes : / * les aménagements nécessaires à l'exercice des activités agricoles, pastorales et forestières ne créant pas plus de 50 mètres carrés de surface de plancher ; / * les aménagements nécessaires à la gestion et à la remise en état d'éléments de patrimoine bâti reconnus par un classement au titre de la loi du 31 décembre 1913 ou localisés dans un site inscrit ou classé au titre des article L. 341-1 et L. 341-2 du Code de l'environnement ".

6. La préfète de la Gironde soutient que le projet, implanté en zone Nr du plan local d'urbanisme, ne constitue pas un aménagement léger autorisé par les dispositions applicables à cette zone. La commune et la société pétitionnaire sont réputées avoir admis l'exactitude matérielle des faits en application des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, faute d'avoir produit des observations en réponse à la mise en demeure qui leur a été adressée le 11 avril 2022, et il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le projet serait situé en dehors de la zone Nr, ni qu'il constituerait un aménagement léger. Dans ces conditions, l'arrêté du 30 août 2021 a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article 2 du règlement de la zone Nr du plan local d'urbanisme.

7. En troisième et dernier lieu, le point 2.1 du règlement du plan de prévention des risques d'incendie de forêt décrit la zone rouge comme une zone de danger d'aléa fort inconstructible, qui correspond aux secteurs dans lesquels l'aléa est fort et les enjeux non identifiés ou peu défendables et dans laquelle l'inconstructibilité y est la règle générale. Le point B de l'article 2.1.1.1.1 autorise avec prescriptions les occupations ou utilisation du sol suivantes : " - aménagements, travaux et ouvrages destinés à protéger la forêt ou les constructions implantées antérieurement à l'approbation du présent plan ; - locaux techniques permettant d'assurer la gestion des équipements de prévention et de lutte contre les risques d'incendie de forêts ; / - Les travaux et équipements de défense des forêts contre l'incendie ; / - Les travaux et équipements nécessaires à l'organisation des moyens de lutte contre l'incendie ; / - Les travaux d'infrastructure de nature à améliorer l'accessibilité des secours (amélioration du réseau, résorption des culs de sac) ; / - Locaux nécessaires à l'exploitation existante agricole ou forestière () ".

8. La préfète de la Gironde soutient que le projet, implanté en zone rouge du plan de prévention, n'est pas autorisé par les dispositions applicables à cette zone. La commune et la société pétitionnaire sont réputées avoir admis l'exactitude matérielle des faits, faute d'avoir produit des observations en réponse à la mise en demeure qui leur a été adressée le 11 avril 2022, et il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le projet serait situé en dehors de la zone rouge du plan de prévention des risques d'incendie de forêt, ni qu'il permettrait d'une quelconque manière d'améliorer l'accessibilité des secours ou les moyens de lutte contre l'incendie. Dans ces conditions, l'arrêté du 30 août 2021 a été délivré en méconnaissance des dispositions de la zone 2.1 du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'incendie de forêt de Lacanau.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la préfète de la Gironde est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de 30 août 2021 ainsi que de sa décision implicite née le 9 janvier 2022.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de 30 août 2021 et sa décision du 9 janvier 2022 sont annulés.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Lasuerte, à la commune de Lacanau et à la préfète de la Gironde.

Copie en sera délivrée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 4 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2023.

Le rapporteur,

L. ALe président,

L. POUGET

La greffière,

S. FERMIN

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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