mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2201650 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MAGINOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 mars 2022 et le 21 février 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme C F et M. E A, représentés par Me Maginot, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Biganos a refusé de leur délivrer un permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle ;
2°) d'enjoindre au maire de Biganos de leur délivrer le permis de construire sollicité, dans un délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Biganos la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- le motif tiré de la méconnaissance de l'article UC-11 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme de Biganos est erroné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, la commune de Biganos, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frézet,
- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,
- et les observations de Me Gournay, substituant Me Maginot, représentant Mme F et M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Le 29 novembre 2021, M. E A et Mme C F ont déposé une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle sur un terrain situé 54 rue des Châtaigniers à Biganos. Par un arrêté du 21 janvier 2022, dont M. A et Mme F demandent l'annulation, le maire de Biganos a refusé de faire droit à cette demande de permis de construire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". Aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement () Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes ". Aux termes de l'article L. 2122-29 du même code, dans sa version applicable au litige : " Les arrêtés du maire ainsi que les actes de publication et de notification sont inscrits par ordre de date. / Dans les communes de 3 500 habitants et plus, les arrêtés municipaux à caractère réglementaire sont publiés dans un recueil des actes administratifs dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. La publication au recueil des actes administratifs des arrêtés municipaux mentionnés au deuxième alinéa est assurée sur papier. Elle peut l'être également, dans des conditions de nature à garantir leur authenticité, sous forme électronique. La version électronique est mise à la disposition du public de manière permanente et gratuite ". Ces dernières dispositions n'ont pas dérogé au principe fixé à l'article L. 2131-1 selon lequel la formalité de publicité qui conditionne l'entrée en vigueur des actes réglementaires du maire peut être soit la publication, soit l'affichage.
3. D'une part, l'arrêté en litige a été signé par le 1er adjoint au maire de la commune de Biganos, M. D B, à qui, par un arrêté du 6 juillet 2021, régulièrement transmis le 8 juillet suivant à la préfecture de la Gironde, le maire de cette commune a donné délégation à l'effet de signer les actes relatifs notamment à la délivrance des autorisations d'urbanisme. D'autre part, est joint aux pièces du dossier un extrait du registre des arrêtés du maire de la commune de Biganos portant sur la période allant du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2021 au sein duquel figure l'arrêté portant délégation de signature. Ainsi, à la date à laquelle l'arrêté en litige a été pris, la délégation de signature donnée au signataire de cet arrêté était d'ores et déjà exécutoire. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence du signataire de l'acte litigieux doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article UC-11 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme de Biganos : " () / 1) Conformément à l'article R. 111-21 du Code de l'Urbanisme, le permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de prescriptions spéciales si la construction par sa situation, son architecture, sa dimension ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, des sites, des paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ".
5. Il résulte de ces dispositions que si la construction projetée porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente doit refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus d'une autorisation d'urbanisme ou les prescriptions spéciales accompagnant sa délivrance, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
6. En l'espèce, le terrain d'assiette du projet se situe dans la zone UC du plan local d'urbanisme de Biganos, que le règlement décrit comme une " zone urbaine de moyenne densité à vocation exclusivement résidentielle et à dominante pavillonnaire " dont la vocation " est de maintenir les proportions existantes du tissu urbain, principalement composé de maisons individuelles libres et groupées. ". Il ressort en effet des photographies produites au dossier que le secteur est composé majoritairement de maisons individuelles qui, si elles ne revêtent pas une grande homogénéité ni ne présente un intérêt architectural particulier, ont dans l'ensemble des gabarits assez réduits et des tons clairs. Il en ressort par ailleurs que la construction litigieuse, de plain-pied et à la volumétrie simple, couverte de tuiles de terre cuite de type " romane canal " et dont les murs seront en brique recouvertes d'un enduit gratté couleur blanc cassé, fait écho au style des constructions avoisinantes. Si le maire de la commune reproche au projet de faire coexister sur une même parcelle une construction volumineuse et une autre plus modeste, les constructions environnantes ont cependant des gabarits et une surface variables. Il apparaît également que les parcelles sont fortement bâties de l'autre côté de la rue des Châtaigniers. A cet égard, la commune ne saurait utilement se prévaloir du rapport de présentation du plan local d'urbanisme, qui a pour objectif de maîtriser le développement urbain, ces dispositions n'étant pas, par elles-mêmes, opposables à la délivrance d'une autorisation d'urbanisme. Dans ces conditions, et en l'absence de démonstration que le secteur contiendrait un cône de vue paysager, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet porterait atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux et paysages environnants. Les requérants sont donc fondés à soutenir que le maire ne pouvait opposer le motif tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 4 pour refuser de faire droit à la demande de permis de construire.
7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 21 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Biganos a refusé de faire droit à la demande de permis de construire de M. A et Mme F doit être annulée. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".
9. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
10. Le présent jugement annule le refus d'autorisation après avoir censuré l'unique motif que l'autorité compétente a énoncé dans sa décision. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé. Il n'en résulte pas davantage que suite à un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y ferait obstacle. Les requérants sont, dès lors, fondés à demander qu'il soit enjoint à la commune de Biganos de leur délivrer un permis de construire dans un délai de deux mois suivant la notification du présent arrêt. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Biganos une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme F et M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Biganos du 21 janvier 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Biganos de délivrer à M. A et Mme F le permis de construire qu'ils ont demandé le 29 novembre 2021 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Biganos versera à M. A et Mme F une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F, à M. E A et à la commune de Biganos.
Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
Le rapporteur,
C. FREZET
La présidente,
C. CABANNE La greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026