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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201651

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201651

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantAMADIO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 mars 2022 et le 28 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me B, demande au tribunal :

1°) d'ordonner une nouvelle expertise aux fins de constater les désordres et leur origine concernant sa maison située 11 avenue C à Mérignac à la suite de la réalisation de travaux de voirie réalisés pour Bordeaux Métropole et de déterminer les travaux de remise en état nécessaires et leur estimation ;

2°) d'ordonner à Bordeaux Métropole, sous astreinte de 300 euros par jour de retard, de produire le marché détaillé complet des travaux de voierie pour la création de la voie de bus partant de l'avenue du Maréchal Leclerc, passant avenue Albert C et sortant sur l'avenue de la Somme à hauteur du croisement de la rue Jean Balde et de l'avenue Albert C.

Elle soutient que :

- les conclusions du rapport de l'expert désigné par le tribunal, daté du 25 février 2021, sont entachées de défaillances, d'ambiguïtés, de contradictions et de manques d'objectivité, dès lors que ce dernier a écarté comme cause possible des désordres affectant sa maison, les travaux de remaniement de l'avenue du docteur C, dont Bordeaux Métropole a refusé de transmettre le descriptif, sans prendre en compte l'expertise indépendante et les études géotechnique et analyses de la structure et de l'environnement de la construction qui lui étaient soumises ; l'apparition des désordres est antérieure à la sécheresse retenue comme leur cause exclusive par l'expert ; ces insuffisances justifient la réalisation d'une nouvelle expertise ;

- il devra être ordonné à Bordeaux Métropole de produire, sous astreinte, le marché de travaux de voierie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2023, Bordeaux Métropole, représenté par Me Guiriato, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requérante ne prouve pas le caractère utile d'une nouvelle mesure d'expertise ;

- le rapport d'expertise du 25 février 2021 est circonstancié et ne présente aucune contradiction, les faits relatés étant exacts et les conclusions de l'expert sont parfaitement claires et dépourvues d'ambiguïtés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Gélas,

- et les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B est propriétaire d'une maison d'habitation située 11 avenue du docteur C à Mérignac (Gironde), sur laquelle elle a constaté l'apparition de fissures. Elle a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux, qui a, par ordonnance du 10 juillet 2019, désigné un expert pour analyser les causes de ces désordres. L'expert a rendu son rapport le 25 février 2021, dans lequel il conclut notamment à l'absence de corrélation entre les travaux de voirie réalisés par Bordeaux Métropole et les désordres constatés sur son immeuble par Mme B. Estimant cette expertise insuffisante, Mme B a de nouveau saisi le juge des référés du tribunal, qui a rejeté sa requête par ordonnance du 8 février 2022. Dans le cadre de la présente instance, Mme B demande au tribunal d'ordonner la réalisation d'une nouvelle expertise ainsi que la production, par Bordeaux Métropole, du marché détaillé complet des travaux de voierie pour la création de la voie de bus partant de l'avenue du maréchal Leclerc, passant avenue Albert C et sortant sur l'avenue de la Somme à hauteur du croisement de la rue Jean Balde et de l'avenue Albert C.

2. Il résulte de l'instruction que l'expert désigné par le tribunal a estimé, dans son rapport du 25 février 2021, que les seuls travaux réalisés sur l'avenue Albert C pour le compte de Bordeaux Métropole entre 2012 et 2017 sont des travaux de rénovation de la voierie et d'enfouissement des réseaux dans les trottoirs, et qu'ils n'ont pas pu créer les désordres constatés sur les murs de la maison de la requérante, alors en outre que les fissures sur le mur de clôture étaient déjà présentes en 2012. Selon son analyse, la commune de Mérignac ayant fait l'objet, le 18 septembre 2018, d'un arrêté portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle suite à la sécheresse entre le 1er janvier et le 30 juin 2017, la cause probable des fissures qui sont apparues au début de l'été 2017 est liée au phénomène de retrait des argiles dû à cet épisode de sécheresse exceptionnelle, d'autant que la maison de Mme B est située sur une zone à forte exposition à ce risque.

3. Mme B sollicite la réalisation d'une nouvelle expertise, faisant valoir, pour contester ce rapport, que les fissures sont apparues antérieurement à l'été 2017, et que l'expert n'a pu régulièrement conclure à une absence de lien entre les désordres et les travaux, en l'absence d'éléments sur les travaux de voierie réalisés par ou pour le compte de Bordeaux Métropole. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, et Mme B n'établit pas par les pièces qu'elle produit, que des travaux de voirie ou d'assainissement, autres que ceux étudiés par l'expert, auraient effectivement eu lieu. Si, elle se fonde également sur une analyse réalisée à sa demande par la société " Concept et Management ", datée du 29 décembre 2017, dont les constatations soulignent d'importants travaux de réfection de l'avenue Albert C ayant nécessité des décaissements importants avec tassement de terrain, cette analyse a déjà été produite dans le cadre de l'expertise judiciaire, et ne comporte aucune conclusion relative au lien de causalité entre ces travaux de voierie et les fissures apparues sur le bâti de la maison de Mme B, dont la date d'apparition avant le 8 novembre 2017, date du constat d'huissier qu'elle a mandaté, n'est en outre pas étayée. Si elle produit enfin une étude géotechnique datée du 20 septembre 2023 qui conclut, eu égard à la nature argileuse du sol, fortement sensible aux phénomènes de sécheresse, que les fissures constatées ne peuvent être apparues qu'accidentellement, sans toutefois que l'incidence des travaux de voierie antérieurement réalisés ne soit exclue, ce document n'est pas non plus de nature à contredire utilement les constatations de l'expert judiciaire. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction qu'une nouvelle mesure d'expertise présenterait un caractère utile. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner sa recevabilité, ni d'ordonner à Bordeaux Métropole de communiquer les documents relatifs au marché de travaux de voirie sur l'avenue Albert C, la requête de Mme B, doit être rejetée.

4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Bordeaux Métropole présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions Bordeaux Métropole présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Bordeaux Métropole et à la société Allianz.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

C. DE GÉLASLa présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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