Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201832

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201832
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCM.ANTIGONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2022, M. B D représenté par Me Uldrif Astié, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 16 juillet 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ou à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'il a en vain demandé à la préfète de la Gironde de lui en communiquer les motifs ;

- elle méconnaît les dispositions de l'ancien article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre sur le fondement de ces dispositions ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'ancien article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de liens personnels et familiaux d'une particulière intensité sur le territoire français, d'une ancienneté de séjour significative en France et d'une bonne intégration professionnelle et qu'il n'a plus aucun lien avec son pays d'origine ;

- elle méconnaît l'ancien article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour ces mêmes motifs ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que son épouse risque de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que son fils A n'a jamais vécu en Ukraine et que sa fille C est scolarisée en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle pour les mêmes motifs.

Par un courrier du 21 avril 2022, M. D a maintenu sa requête en application des dispositions de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée à la préfète de la Gironde qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 6 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 6 septembre 2022 à 12 heures.

Par une décision du 14 février 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Debril, représentant M. D,

- la préfète de la Gironde n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant ukrainien né le 19 mai 1983, déclare être entré en France en février 2015. Il a sollicité le bénéfice de l'asile et sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Le 3 novembre 2020, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 313-10, L. 313-11 7° et L. 313-14 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a complété son dossier le 16 mars 2021. M. D demande l'annulation de la décision implicite née le 16 juillet 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R.432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° () constituent une mesure de police () ". Enfin, aux termes de l'article L. 232 4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqué. ".

3. Le silence gardé pendant quatre mois par la préfète de la Gironde sur la demande de titre de séjour de l'intéressé, complétée par un courriel déposé sur la plateforme " demarches-simplifiees.fr " le 16 mars 2021, a fait naître une décision implicite de rejet le 16 juillet 2021, conformément aux dispositions combinées des articles R.* 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un courrier du 27 octobre 2021, réceptionné le 29 octobre suivant, M. D a demandé à la préfète de lui communiquer les motifs de cette décision implicite. Or, la préfète de la Gironde, qui n'a pas produit de mémoire en défense et ne conteste pas ces éléments, n'a pas répondu à cette demande dans le délai d'un mois prescrit par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite de la préfète de la Gironde du 16 juillet 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer la situation de M. D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Astié, avocat de M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de celui-ci le versement à Me Astié, de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1 : La décision du 16 juillet 2021 de la préfète de la Gironde est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de réexaminer la situation de M. D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Astié, avocat de M. D, la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles 37alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Uldrif Astié et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La présidente-rapporteure

F. E

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau

A. LAHITTE

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°220183