mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2201953 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DAGUERRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 avril 2022, et par un mémoire enregistré le 20 mars 2023, Mme C B, représentée par Me Daguerre, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision née le 10 février 2022 par laquelle Bordeaux Métropole a implicitement rejeté sa demande tendant à obtenir l'abrogation partielle de son plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) en tant qu'il institue sur la parcelle dont elle est propriétaire à Bordeaux, cadastrée section VY n° 182, un espace boisé classé à conserver ou à créer (EBC) et qu'il y identifie un espace vert intérieur, référencé " P3131 " au plan de zonage, protégé au titre des dispositions relatives à l'environnement et aux continuités écologiques, aux paysages et au patrimoine ;
2°) d'enjoindre au président du conseil communautaire de Bordeaux Métropole de convoquer ce conseil aux fins de prescrire cette abrogation partielle, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
3°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le classement de sa parcelle comme espace boisé classé méconnaît les articles L. 121-27 et L. 113-1 du code de l'urbanisme ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme, en l'absence de cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) qui fixe un objectif de valorisation foncière des espaces urbanisables existants ;
- ce classement en espace boisé classé contredit le besoin de création de logements exposé dans le rapport de présentation du PLUi, en violation de l'article R. 123-2 du code de l'urbanisme ;
- l'identification d'un espace vert intérieur repéré au plan de zonage dans la catégorie des " jardins de cœur d'îlot " méconnaît l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et contredit le rapport de présentation du PLUi, selon lequel le classement dans cette catégorie suppose l'existence d'une couverture végétale et d'arbres remarquables.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2022, Bordeaux Métropole, représentée par son président en exercice, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pinturault,
- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,
- et les observations de Me Daguerre, représentant Mme B, et de M. A, porteur d'un pouvoir de représentation délivré le 27 septembre 2024 par le directeur général en charge des ressources humaines, de la transformation et de l'administration générale de Bordeaux Métropole, représentant Bordeaux Métropole.
Une note en délibéré présentée pour Mme B a été enregistrée le 4 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 décembre 2021, Mme C B a demandé au président du conseil communautaire de Bordeaux Métropole de procéder à l'abrogation partielle du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de cette métropole, en tant qu'il classe la parcelle dont elle est propriétaire à Bordeaux, cadastrée section VY n° 182, dans un espace boisé classé (EBC) et y identifie un espace vert repéré au plan de zonage, dans la catégorie des " jardins de cœur d'îlots ", au titre de la protection des continuités écologiques et paysagères. Une décision implicite de rejet, dont Mme B demande l'annulation, est née du silence gardé par cette autorité sur cette demande.
2. Aux termes de l'article L. 151-1 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme respecte les principes énoncés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. " Selon l'article L. 151-4 de ce code : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement () ". Selon l'article L. 151-5 du même code : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : / 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques () ". Aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. " Pour apprécier la cohérence exigée entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du PLU à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet. Ce contrôle s'effectue au regard de l'ensemble des orientations et objectifs du PADD.
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la légende du règlement graphique du PLU, que les parcelles en litige ont été classées en EBC sur le fondement des dispositions de l'article L. 113-1, du code de l'urbanisme et non pas de l'article L. 121-27 du même code. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ce dernier article doit être écarté.
4. En deuxième lieu, selon l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements. " Selon l'article L. 113-2 de ce code : " Le classement interdit tout changement d'affectation ou tout mode d'occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements () ". Ces dispositions ne subordonnent pas le classement d'un terrain comme espace boisé à la condition qu'il possède tous les caractères d'un bois, d'une forêt ou d'un parc à la date d'établissement du plan d'occupation des sols, lequel, en vertu des dispositions des articles L. 101-2 et L. 151-1 et L. 151-2 du même code, exprime des prévisions et détermine les zones d'affectation des sols selon l'usage principal qui devra en être fait à l'avenir.
5. En l'espèce, le plan local d'urbanisme a classé en espace boisé classé une portion de la parcelle cadastrée section VY n° 182. Cette portion, contrairement à ce qui est soutenu, n'est pas dépourvue d'arbres et est en continuité d'autres parcelles supportant des boisements. Ensemble, quand bien même les arbres dont il s'agit ne seraient pas remarquables en eux-mêmes, ils constituent un espace boisé homogène d'une superficie significative au sein de la zone urbaine.
6. Si la requérante fait valoir que ce classement contredit l'orientation n° 2.1.2 du PADD, qui tend à valoriser le foncier existant et à permettre d'augmenter les capacités foncières des espaces déjà aménagés, ce projet a également pour objectif de préserver et valoriser la nature, et comme orientation de prendre en compte les espaces de nature fragmentés en milieu urbain et de protéger les cœurs d'ilots offrant des qualités paysagères remarquables. Or, quand bien même les arbres présents sur la parcelle en cause ne seraient pas remarquables, ils créent une respiration végétale dans un quartier où la préservation d'îlots de végétation contribuent, indépendamment de leur intérêt écologique, aux caractéristiques résidentielles du secteur et, plus généralement, à la qualité de l'environnement urbain. L'incohérence alléguée n'est pas constituée.
7. Enfin, aucune contradiction entre les dispositions du PLUi et le rapport de présentation ne ressort des pièces du dossier, alors qu'il mentionne qu'il existe " un enjeu constitué par une diversité d'espaces de nature en milieu urbain ", que " ces éléments participent à la qualité et à la spécificité des paysages de Bordeaux Métropole, à la présence de nature en ville ".
8. Il suit de là que le classement d'une partie de la parcelle en cause dans un EBC n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation et ne méconnaît pas les dispositions légales citées plus haut.
9. En troisième lieu, et d'une part, au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation () ".
10. Selon le rapport de présentation du PLUi de Bordeaux Métropole, conformément à l'orientation n° 2 du PADD, relative à la qualité urbaine, qui comporte, comme dit plus haut, un objectif de développement de la présence végétale au sein des quartiers, sont identifiés les espaces de nature isolés en zone urbaine, qu'il s'agisse notamment de parcs publics ou de résidence, ou des cœurs d'îlots. S'agissant des cœurs d'îlot, le rapport de présentation précise, notamment, des jardins des maisons bourgeoises qui, agglomérés au cœur des îlots, constituent des emprises végétales et jardinées remarquables. Il est encore précisé que les prescriptions de protection de ces éléments portent pour l'essentiel sur le respect de la couverture végétale, sur la préservation des arbres les plus remarquables et sur le maintien de certaines lisières végétales sur la rue.
11. En l'espèce, le terrain d'assiette est inclus, au plan de zonage du PLUi, dans le périmètre d'une protection instituée, sous le code " P3131 ", au titre de la préservation des cœurs d'îlots. Le règlement définit le site ainsi protégé comme " jardin d'accompagnement de maisons bourgeoises qui constitue un cœur d'îlot intéressant dans un conteste urbain constitué " et précise que " la lisière végétale sur la rue Soubiras présente un espace de respiration intéressant et anime le paysage de la rue ". Ce classement prescrit de conserver les sujets arborés remarquables qui inscrivent la parcelle à l'échelle de l'îlot, en respectant, autour des arbres conservés, un périmètre suffisant correspondant à la taille du houppier, suffisant pour leur pérennité, et de conserver une lisière végétale sur la rue Soubiras.
12. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle en cause fait partie de l'ancien jardin de la maison située sur la parcelle voisine, en continuité avec d'autres jardins arborés environnants, situés sur les parcelles cadastrées section VY n°s 159, 160, 169, 177, 178 et 179, dont le découpage suit celui du périmètre de la protection contestée. Cet ensemble de jardins constitue, à l'échelle du quartier et considéré dans son ensemble, une respiration végétale circonscrite dans un ensemble bâti, à la qualité urbaine duquel il contribue, en cohérence avec l'objectif contenu dans la première orientation du PADD et avec la définition qui est donnée, dans le rapport de présentation du PLUi, de l'objectif de développement de la présence végétale au sein des quartiers, en vue duquel les cœurs d'îlots sont protégés. Il suit de là que la requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que le classement de sa parcelle dans cet espace protégé serait, au regard des objectifs en vue desquels cette protection a été instituée, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, ou que, en effectuant de classement, les auteurs du PLU auraient méconnu l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, en ce compris les conclusions formées aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à Bordeaux Métropole.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
Mme Fazi-Leblanc, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le rapporteur,
M. PINTURAULT
La présidente,
C. CABANNE La greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026