mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202011 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 avril 2022, et par un mémoire enregistré le 4 septembre 2023, la SCI Capucine, représentée par sa gérante, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le maire de la commune de Bordeaux s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle a déposée le 9 septembre 2021 en vue de modifier des fenêtres de toit.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable en la forme ;
- elle n'est pas tardive en l'absence d'information donnée sur les délais de recours contre la décision contestée et du caractère obligatoire du recours hiérarchique préalable formé contre l'avis rendu par l'architecte des bâtiments de France ;
- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il a été pris sur la base d'un avis de l'architecte des Bâtiments de France (ABF) lui-même entaché d'irrégularité en l'absence de motivation suffisante.
Par des mémoires en défense enregistrés les 31 juillet et 19 septembre 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la commune de Bordeaux, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de signature de son auteur et de désignation suffisamment précise de l'acte attaqué et des moyens sur lesquels elle est fondée ;
- le recours contentieux dirigé contre l'arrêté du 20 octobre 2017 est tardif ;
- le recours en annulation dirigée contre l'arrêté du 28 février 2022 est irrecevable en l'absence de recours administratif préalable contre l'avis rendu par l'ABF ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code du patrimoine ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pinturault,
- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,
- et les observations de Mme A, gérante de la SCI Capucine, représentant cette société.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Capucine doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le maire de la commune de Bordeaux s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle a déposée le 2 septembre 2021 en vue de modifier des fenêtres de toit sur un immeuble situé 9 rue des Trois Conils.
Sur les fins de non-recevoir :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. / Sont également soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des éléments d'architecture et de décoration () lorsque ces éléments, situés à l'extérieur ou à l'intérieur d'un immeuble, sont protégés par le plan de sauvegarde et de mise en valeur () L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable. " Selon l'article L. 632-2 de ce code, dans sa version applicable au litige : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur [PSMV] ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine () Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours. / () l'absence d'opposition à déclaration préalable () tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I () L'autorisation délivrée énonce, le cas échéant, les prescriptions motivées auxquelles le demandeur doit se conformer. / II. - En cas de désaccord avec l'architecte des Bâtiments de France, l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation transmet le dossier accompagné de son projet de décision à l'autorité administrative () III. - Un recours peut être exercé par le demandeur à l'occasion du refus d'autorisation de travaux. Il est alors adressé à l'autorité administrative, qui statue () ". Aux termes de l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine : " Par exception au I de l'article L. 632-2, l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est soumise à l'avis de l'architecte des Bâtiments de France lorsqu'elle porte sur : / 1° Des antennes relais de radiotéléphonie mobile ou de diffusion du très haut débit par voie hertzienne et leurs systèmes d'accroche ainsi que leurs locaux et installations techniques ; / 2° Des opérations mentionnées au second alinéa de l'article L. 522-1 du code de la construction et de l'habitation ; / 3° Pour des mesures prescrites par un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité pris en application de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitation portant sur des immeubles à usage d'habitation et ayant prescrit la démolition ou l'interdiction définitive d'habiter () ". Aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. "
3. D'autre part, l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme précise, s'agissant du recours administratif ouvert au pétitionnaire contre la décision de refus d'autorisation d'urbanisme fondée sur le refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France (ABF) : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus () Le délai à l'issue duquel le préfet de région est réputé avoir confirmé la décision de l'autorité compétente en cas de recours du demandeur est de deux mois à compter de la réception de ce recours () ".
4. Il résulte de ces dispositions combinées que, quels que soient les moyens sur lesquels le recours est fondé, le pétitionnaire n'est pas recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre la décision d'opposition à déclaration préalable portant sur un terrain situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable faisant suite à un avis négatif de l'architecte des Bâtiments de France s'il n'a pas, préalablement, saisi le préfet de région, selon la procédure spécifique définie à l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme, le pétitionnaire n'étant en tout état de cause pas fondé à ne contester le refus de permis de construire qu'en tant qu'il serait également fondé sur un autre motif d'opposition au projet. La notification de cette décision n'est toutefois de nature à faire courir le délai de deux mois que cette disposition impartit au pétitionnaire pour saisir le préfet qu'à la condition que l'avis de l'architecte des Bâtiments de France, comme les voies et délais de recours ouverts à son encontre, aient été portés à sa connaissance.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet se situe 9 rue des Trois Conils, dans le périmètre du site patrimonial remarquable de Bordeaux, et porte sur un immeuble qui est désigné, dans le document graphique du plan de sauvegarde et de mise en valeur dudit site, comme une " construction ou partie de construction d'intérêt patrimonial majeur à conserver ". L'arrêté du 28 février 2022 est fondé sur l'unique motif que l'architecte des Bâtiments de France, consulté à deux reprises sur le projet, a rendu deux avis négatifs strictement identiques le 15 septembre 2021 et le 1er février 2022, lesquels avis étaient des avis conformes, par application des dispositions précitées de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme et le projet n'entrant dans aucune des catégories de projets exhaustivement listés par les dispositions de l'article L. 632-2-1 du code de patrimoine. Par conséquent, la SCI Capucine devait, préalablement à l'enregistrement au greffe du tribunal de son recours en annulation dirigé contre l'arrêté du maire de la commune de Bordeaux du 28 février 2022 portant opposition à sa déclaration préalable, saisir le préfet de région du refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France. Par ailleurs, et contrairement à ce que soutient la société requérante, il ressort des pièces du dossier que l'existence et le caractère obligatoire de ce recours préalable ont été portés à sa connaissance aux termes des avis en cause, joints à l'arrêté en litige. Il suit de là que la fin de non-recevoir qui est opposée à sa requête, tirée du défaut de ce recours préalable, doit être accueillie.
6. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il y ait lieu d'examiner les autres fins de non-recevoir que lui oppose la commune de Bordeaux en défense, la requête de la SCI Capucine doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de SCI Capucine est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Capucine et à la commune de Bordeaux.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
Mme Fazi-Leblanc, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le rapporteur,
M. PINTURAULT
La présidente,
C. CABANNELa greffière,
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026