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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202019

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202019

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantREGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 avril, 19 juillet et 12 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Régès, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet de la Dordogne lui a ordonné de se dessaisir dans un délai de trois mois de toutes les armes de toute catégorie en sa possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a enregistré cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et a retiré la validation de son permis de chasser ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de retirer son inscription au FINIADA et de lui restituer son permis de chasser ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté en litige est illégal dès lors que, d'une part, les bulletins n°2 et 3 de son casier judiciaire sont vierges de toute condamnation et, d'autre part, son comportement ne présente aucune dangerosité ni pour lui-même, ni pour autrui.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une enquête administrative, le préfet de la Dordogne a, par arrêté du 10 février 2022, ordonné à M. B de se dessaisir dans un délai de trois mois de toutes les armes de toute catégorie en sa possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a enregistré cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et a retiré la validation de son permis de chasser. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure : " L'autorité administrative peut interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui. ". Aux termes de l'article L. 312-11 du même code : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. / Le dessaisissement consiste soit à vendre l'arme les munitions et leurs éléments à une personne titulaire de l'autorisation, mentionnée à l'article L. 2332-1 du code de la défense, ou à un tiers remplissant les conditions légales d'acquisition et de détention, soit à la remettre à l'Etat. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités du dessaisissement. / Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments. / Toutefois, lorsque l'interdiction d'acquisition et de détention des armes, des munitions et de leurs éléments est prise en application des articles L. 312-3 et L. 312-3-2, les dispositions relatives au respect de la procédure contradictoire prévues au troisième alinéa du présent article ne sont pas applicables. ". Aux termes de l'article L. 312-16 du même code : " Un fichier national automatisé nominatif recense : () 3° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3-1. () ". Aux termes de l'article R. 312-67 de ce code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : / 1° Le demandeur ou le déclarant se trouve dans une situation prévue aux 1°, 2° ou 3° de l'article L. 312-16 ; / () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. () ". Et selon l'article R. 423-24 du même code : " Lorsque le préfet est informé du fait que le titulaire d'un permis de chasser revêtu de la validation annuelle ou temporaire se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 423-15 ou à l'article L. 423-25, il procède au retrait de la validation. () "

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'enquête établi par le groupement de gendarmerie départementale de la Dordogne de Beaumontois-en-Périgord le 3 novembre 2021, que M. B a été signalé pour des faits de violences volontaires par conjoint ou concubin ayant donné lieu à une incapacité totale de travail inférieure à 8 jours commis le 22 juillet 2009, lesquels ont fait l'objet d'un classement sans suite à la suite d'une médiation intervenue le 8 mars 2010. Si, par décision du 22 novembre 2022 postérieure à l'arrêté en litige, le procureur de la République a fait droit à la demande de M. B tendant à l'effacement de certaines mentions le concernant figurant dans le traitement des antécédents judiciaires (TAJ), celui-ci a décidé de maintenir la mention relative aux violences volontaires commises le 22 juillet 2009. Par ailleurs, il ressort du rapport d'enquête précité que le maire de la commune de Bayac dans laquelle réside le requérant a informé les services de gendarmerie avoir, en 2020, aidé la conjointe de M. B " à quitter le domicile pour des faits de violence ". Il est précisé que l'ex-compagne du requérant a indiqué avoir été victime de violences mais n'avoir " jamais osé porter plainte ". A cet égard, il ressort de l'attestation du maire de Bayac en date du 4 juillet 2022 produite par le requérant que l'édile reconnaît avoir été sollicité le 18 juin 2020 par la compagne de M. B " qui nous demandait de l'aide pour se séparer de son ami suite à des difficultés conjugales, la situation n'étant plus supportable ", de sorte qu'ils sont intervenus afin de lui trouver un logement. Le maire précise que depuis le mois de septembre 2020, date à laquelle l'ex-compagne du requérant a quitté définitivement le domicile, il n'a " plus " entendu parler d'un comportement agressif et violent concernant M. B. En se bornant à produire des attestations de proches et de membres du club de chasse qu'il préside, et à faire valoir que " les faits de violence allégués par [son] ex-compagne sont à apprécier avec la prudence qui s'impose " dès lors notamment que celle-ci s'est maintenue au domicile entre les mois de juin et septembre 2020 sans que les services de la mairie ou de la gendarmerie ne soient sollicités, M. B ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits qui lui sont reprochés. Dans ces conditions, eu égard au contexte de réitération dans lequel s'insèrent ces faits, et à la circonstance qu'ils sont survenus un an et demi avant l'édiction de l'arrêté en litige, c'est à bon droit et sans erreur d'appréciation que le préfet de la Dordogne a fait application de l'ensemble des dispositions citées au point 2.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 10 février 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Dordogne.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

La rapporteure,

C. PASSERIEUX

Le président,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2202019

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