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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202048

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202048

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202048
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAVEISSIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2022, un mémoire enregistré le 21 octobre 2022 et des pièces enregistrées les 18 décembre 2022 et 28 juillet 2024, Mme H A, M. F J, Mme O E, Mme K N, M. P A, Mme I G, Mme M L, M. D C demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2021 par laquelle le maire de la commune de Gradignan (Gironde) a refusé la déclaration préalable consistant en la création d'une clôture doublée d'une haie le long du chemin public dit " B des pompiers " avec la pose de six portails et portillons sur 197,20 mètres, ensemble la décision par laquelle le maire a rejeté le recours gracieux formé le 13 décembre 2021 contre ladite décision d'opposition ;

2°) de condamner la commune de Gradignan aux entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir, contrairement à ce que fait valoir la commune, le litige n'a pas perdu son objet ; la déclaration préalable a été valablement déposée le 31 mai 2021 par le président du syndic et complétée le 9 septembre 2021 ; elle reprend la demande votée par l'assemblée générale des copropriétaires du 20 juin 2018 et matérialisée par la résolution n° 7, avec l'ajout d'une haie conformément au jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 10 février 2021 ; les débats des assemblées générales de copropriétaires du 16 novembre 2021 et 2 juin 2022 ont été perturbés par l'ingérence du maire et quelques copropriétaires ; le projet doit à nouveau être soumis au vote en 2023 ;

- contrairement aux mentions de l'arrêté, le projet n'emporte pas la création d'un accès pour les véhicules légers ;

- la décision du maire de Gradignan de refuser la déclaration préalable est entachée d'une erreur d'appréciation : la continuité paysagère prévue par les dispositions C 3042 du plan local d'urbanisme de la ville de Gradignan est assurée car d'une part, le projet ne porte pas atteinte aux arbres et d'autre part, il prévoit un volet paysager ;

- la décision du maire de Gradignan est entachée d'une erreur d'appréciation, le projet ne méconnaissant pas l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés le 24 août 2022, le 31 janvier 2023 et le 16 août 2024, ces deux derniers mémoires n'ayant pas été communiqués, la commune de Gradignan, représentée par Me Laveissière, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, le litige ayant perdu son objet ; les copropriétaires ont voté l'abandon du projet lors des assemblées générales du 16 novembre 2021 et du 2 juin 2022 et le président du syndic a confirmé par courrier du 7 juillet 2022 qu'il n'était à l'origine d'aucun recours contre la décision du 13 octobre 2021 ;

- elle demande une substitution de motifs ; à défaut d'habilitation du syndic pour présenter la déclaration préalable, celle-ci ne pouvait qu'être refusée ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, par courrier du 22 août 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen tiré de l'irrecevabilité de la requête en raison du défaut d'intérêt à agir des requérants au vu des dispositions de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis.

Un mémoire en réponse à ce moyen d'ordre public a été enregistré le 27 août 2024 pour le compte de Mme A R et a été communiqué le 28 août 2024 à la commune de Gradignan.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,

- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,

- les observations de Mme A ;

- et les observations de Me Laveissière représentant la commune de Gradignan.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat des copropriétaires de la résidence Château de Laurenzanne, représenté par la société anonyme (SA) C. Rivière, syndic de copropriété, a déposé le 31 mai 2021 à la mairie de Gradignan un dossier de déclaration préalable en vue de " l'installation d'une clôture en limite de propriété le long de la voie dite " pompiers " en panneau rigide vert ainsi que la fermeture de l'escalier derrière le bâtiment A et la mise en place d'un complément de grillage le long de la rue des Erables ". A la suite de la demande de pièces complémentaires formulée par le service instructeur de la mairie de Gradignan, le président du syndic a complété le dossier le 9 septembre 2021. Par une décision du 13 octobre 2021, le maire de Gradignan a refusé cette déclaration préalable aux motifs que les travaux prévus par le projet étaient proscrits par la continuité paysagère C 3042 du centre-ville de Gradignan, qu'ils ne respectaient pas un périmètre suffisant correspondant à la taille du houppier autour des arbres (platanes) concernés, et enfin que le projet méconnaissait l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme notamment en ce qu'il ne tenait pas compte des constructions avoisinantes. Mme A, membre et présidente du conseil syndical, et huit autres copropriétaires, ont formé un recours gracieux contre cette décision. A la suite du rejet de ce recours gracieux, Mme A et sept copropriétaires demandent au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur l'intérêt à agir des requérants :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

4. D'autre part, aux termes de l'article 15 de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis : " Le syndicat a qualité pour agir en justice, tant en demandant qu'en défendant, même contre certains des copropriétaires ; il peut notamment agir, conjointement ou non avec un ou plusieurs de ces derniers, en vue de la sauvegarde des droits afférents à l'immeuble./ Tout copropriétaire peut néanmoins exercer seul les actions concernant la propriété ou la jouissance de son lot, à charge d'en informer le syndic. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige est une décision de refus opposée par le maire de la commune de Gradignan au syndic de copropriété de la résidence " Château de Laurenzanne ", auteur du dossier déposé en mairie le 31 mai 2021 et complété le 9 septembre 2021. Mme A, membre et présidente du conseil syndical et les sept autres copropriétaires, également membres du conseil syndical, font valoir qu'ils ont intérêt à agir dès lors qu'ils poursuivent l'action engagée par le syndic. Il résulte, cependant, des dispositions précitées que seul le syndic peut représenter le syndicat de copropriétaires pour intenter une action en justice au nom du syndicat, à la condition d'y avoir été autorisé par une décision de l'assemblée générale des copropriétaires, à l'exclusion du conseil syndical de la copropriété qui, au surplus, ne possède pas de personnalité juridique. Il ressort au surplus des pièces du dossier que le syndic, par un courrier du 7 juillet 2022 adressé au maire de Gradignan et versé à l'instance, l'a informé " qu'en tant que seul représentant légal du syndicat des copropriétaires aucune requête n'a été déposée par mon cabinet, n'ayant reçu aucun mandat de l'assemblée générale pour déposer un tel recours ". Si les requérants font valoir que leur objectif est d'agir dans l'intérêt général de la résidence, seul le syndicat de copropriété a en charge la défense de cet intérêt. Ils ne font par ailleurs état d'aucun préjudice distinct de la copropriété affectant la propriété ou les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur lot. Dans ces circonstances, à défaut d'intérêt direct et personnel à contester cette décision négative, leur intérêt à agir n'est pas caractérisé. Il s'ensuit que la requête est irrecevable.

Sur les frais liés à l'instance :

6. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par Mme A R ne peuvent qu'être rejetées. Il y a lieu, en revanche, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la Mme A R la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Gradignan au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A R est rejetée.

Article 2 : Mme A R verseront une somme de 1 500 euros à la commune de Gradignan au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H A, M. F J, Mme O E, Mme K N, M. P A, Mme I G, Mme M L, M. D C et à la commune de Gradignan.

Copie en sera également adressée au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M Q et Mme Fazi-Leblanc, premiers conseillers,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La rapporteure,

S. FAZI-LEBLANC

La présidente,

C. CABANNELa greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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