lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202059 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge social |
| Avocat requérant | TREBESSES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 avril 2022, Mme B A D, représentée par Me Trebesses, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2021 par laquelle la commission de médiation de la Gironde a rejeté son recours gracieux formé le 28 octobre 2021 et retiré la décision initiale en date du 30 septembre 2021 ;
2°) d'enjoindre à l'État de lui attribuer un logement conforme à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour, en application de l'article L 441-2-3-1 II du code de la construction et de l'habitation ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de communiquer au tribunal administratif, passé le délai d'un mois, à compter de la notification du jugement à intervenir, la copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter ladite décision ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 alinéa 2 de la loi relative à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- elle est hébergée chez son cousin depuis 2016 avec ses trois enfants : Belkacem E, né le 27 septembre, Feth-Allah E, né le 16 novembre 2003 et Malak Benaoud née le 3 mai 2010 ; elle cherche à être relogée avec ses trois enfants, dans un logement de type 3 ou 4 ; la situation d'hébergement avec son cousin se complexifie ; une rupture d'hébergement est en effet à prévoir à court terme ; elle exposait être disposée à accepter toute proposition, quel que soit le secteur ; sur les deux refus de proposition de logement effectuées dans le cadre du droit au logement opposable (DALO) les 26 juillet et 18 décembre 2018, s'agissant de la première proposition, elle a été contrainte de refuser car le logement n'était pas accessible en transport en commun ; à cette époque, elle a dû faire face à des problématiques de santé qui ont nécessité des soins et un suivi ; elle n'était pas véhiculée, sans permis de conduire ; le premier logement, situé à Villenave d'Ornon, était mal desservi par les transports en commun ; son fils était à l'université, place de la Victoire dans le centre de Bordeaux ; elle a subi une intervention chirurgicale qui a réduit sa mobilité ; elle a refusé la seconde proposition, qui ne correspondait pas à sa demande ; elle sollicitait un logement de type 4 pour la famille de quatre personnes ; le logement était un T3, contrairement à la description initialement donnée par le DALO ; c'est donc le manque d'espace et de pièces qui l'a contrainte à devoir refuser ; elle a besoin d'un espace où exercer son activité professionnelle d'assistante maternelle ; elle ne peut en effet se satisfaire de toucher le revenu de solidarité active pour faire vivre sa famille et veut pouvoir reprendre une formation, du fait d'un taux d'incapacité de 50 % pour travailler dans la petite enfance ;
- elle n'a pas reçu de manière complète l'information de la présentation d'une offre de logement, un refus de sa part est susceptible de lui faire perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation, même si l'information a été dispensée par le préfet alors qu'elle incombait au bailleur ; l'administration n'établit pas que cette information a été délivrée ;
- la référence à un refus de deux propositions dans le cadre d'un précédent recours ne faisait pas partie des motifs opposables à la requérante : la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;
-il ne lui a pas été proposé un logement correspondant aux caractéristiques déterminées par la commission ; les logements ont été refusés pour motifs impérieux ; ce refus ne saurait délier le préfet de son obligation ; la superficie de l'autre logement proposé lui permettait, eu égard au nombre de personnes composant son foyer, d'être toujours considérée comme prioritaire ; il n'apparaît pas que le bien proposé était adapté à ses besoins ; la préfecture ne pouvait être regardée comme s'étant acquittée de l'obligation mise à sa charge.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A D ne sont pas fondés.
Mme A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges concernant la garantie du droit au logement prévue par l'article prévue par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme C a, au cours de l'audience publique, présenté son rapport.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région./ Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes :/-ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 - () avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. () ".
2. Aux termes du IV bis de l'article L. 441-2-3 du même code : " Les propositions faites () aux demandeurs reconnus prioritaires par les commissions de médiation ne doivent pas être manifestement inadaptées à leur situation particulière ".
3. Enfin aux termes de l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le bailleur auquel le demandeur est désigné informe ce dernier ainsi que, le cas échéant, la personne assurant l'assistance prévue au troisième alinéa du II de l'article L. 441-2-3, dans la proposition de logement qu'il lui adresse, que cette offre lui est faite au titre du droit au logement opposable et attire son attention sur le fait qu'en cas de refus d'une offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités il risque de perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation en application de laquelle l'offre lui est faite. " Il résulte de ces dispositions que c'est seulement si l'intéressée a été informée des conséquences d'un refus que le fait de rejeter une offre de logement peut lui faire perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation. Il appartient à l'administration d'établir que cette information a été délivrée au demandeur. Lorsque le juge, saisi de conclusions tendant à la liquidation d'une astreinte, constate que le demandeur a refusé sans motif impérieux une offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités mais qu'il n'avait pas été informé par le bailleur des conséquences d'un tel refus, il peut déclarer qu'il n'y a pas lieu de liquider l'astreinte mais ne saurait, sans erreur de droit, juger que l'administration se trouve déliée de l'obligation d'exécuter l'injonction prononcée en proposant à l'intéressée un logement tenant compte de ses besoins et capacités.
4. Il ressort des pièces du dossier que la demande de logement de Mme A D, sollicitée pour elle-même et ses trois enfants, a été reconnue prioritaire et comme devant être satisfaite en urgence par une décision rendue par la commission de médiation de la Gironde lors de sa séance du 21 décembre 2017. L'intéressée s'est vue proposer deux logements les 26 juillet et 18 décembre 2018 par un bailleur social qu'elle a refusés. La requérante a, le 23 octobre 2020, déposé une nouvelle demande de logement au titre du droit au logement opposable, qui a été rejetée par décision du 28 janvier 2021 par la commission de médiation de la Gironde, en l'absence de production de pièces indispensables à l'instruction du dossier, réclamées par courriers des 19 novembre et 29 décembre 2020. Mme A D a déposé une nouvelle demande de logement, en application de l'article L. 441-2-3 II du code de la construction et de l'habitation le 22 juin 2021, rejetée par décision du 30 septembre 2021 par la commission de médiation de la Gironde, en l'absence de dépôt d'un dossier complet. En réponse au recours gracieux formé par la requérante le 28 octobre 2021, la commission de médiation de la Gironde a opposé un rejet par décision du 16 décembre 2021 aux motifs que d'une part, la circonstance que la demande de logement social dépasse le délai de trois ans, considéré comme anormalement long dans le département, ne suffit pas à elle seule à la rendre éligible au droit au logement opposable, d'autre part, la surface habitable du logement de 65 m² est supérieure au seuil de 61 m² fixé pour un foyer composé de sept personnes par l'article D. 542-14 2° du code de la sécurité sociale, enfin, le refus de deux propositions de logement social faites par un bailleur public dans le cadre d'un précédent recours, sans que le caractère inadapté de ces propositions ait pu être confirmé, disqualifie l'urgence qu'il y a à procéder à son relogement.
5. Contrairement à ce que la requérante soutient, ses refus de deux offres de logements de type T4, de surfaces habitables supérieures à 80 m², situés en 1er étage, l'un à Villenave d'Ornon, l'autre à Bordeaux avec ascenseur, ne reposent pas sur des motifs impérieux, d'autant que cette seconde offre était assortie d'un engagement du bailleur social de réaliser des travaux de rénovation et de création d'une chambre supplémentaire. Si l'intéressée fait valoir qu'elle a besoin d'espace pour reprendre une activité professionnelle d'assistante maternelle, elle ne l'établit pas. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces propositions comportaient l'information exigée à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation. La préfète ne démontre pas que la situation de la requérante ait évolué depuis le 21 décembre 2017, date à laquelle celle-ci a été reconnue prioritaire et urgente par la commission de médiation de la Gironde. Par suite, la preuve n'étant pas rapportée de ce que Mme A D aurait été expressément informée du risque qu'elle encourait, en cas de refus, de perdre le caractère prioritaire de sa demande, la requérante est fondée à soutenir que la commission de médiation, en lui opposant le motif, pour rejeter sa demande, qu'elle aurait refusé deux offres de logement social, est entachée d'une erreur de droit.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A D est fondée à demander l'annulation de la décision du 16 décembre 2021 par laquelle la commission de médiation a rejeté sa demande de reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social.
Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :
7. Le présent jugement, qui annule la décision par laquelle la commission de médiation de la Gironde a rejeté la demande de Mme A D, n'implique pas nécessairement que soit reconnu le caractère urgent et prioritaire de sa demande tendant à obtenir un logement social adapté à sa situation. Il implique, en revanche, que la préfète de la Gironde saisisse la commission de médiation de la Gironde afin qu'il soit procédé à un nouvel examen de la situation de l'intéressée et que soit prise une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Ainsi, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Trebesses renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à Me Trebesses de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 16 décembre 2021 par laquelle la commission de médiation a rejeté la demande de Mme A D présentée sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de saisir la commission de médiation de la Gironde afin qu'il soit procédé à un nouvel examen de la situation de Mme A D et que soit prise une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Trebesses la somme de 1 200 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A D et à la préfète de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
La magistrate désignée,
B. CLa greffière,
C.AHIN
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026