mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202160 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge social |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 avril 2022, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 24 mars 2022 par laquelle la commission de médiation, saisie sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a refusé de reconnaitre sa demande de logement comme ayant un caractère prioritaire et urgent.
Il soutient qu'il est à la recherche d'un appartement depuis environ 10 ans et qu'il est logé chez sa mère sans avoir de chambre en dépit de la superficie du logement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le requérant, qui souffre d'un handicap auditif, n'a apporté à la connaissance de la commission de médiation de la Gironde aucun élément tendant à démontrer que le logement de sa mère ne serait pas adapté à son handicap ;
- la surface habitable du logement de sa mère est supérieure au seuil de 16 mètres carrés fixé en application du 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale ;
- le requérant dispose de ressources mensuelles à hauteur de 1 723,53 euros ; ses ressources lui permettent de se loger par lui-même ;
- le requérant a, le 17 décembre 2021, saisi la commission de médiation d'un recours logement, soit 17 jours seulement après avoir déposé sa demande de logement locatif social en Gironde, ne laissant pas ainsi de temps aux instances en charge de cette demande de pouvoir y donner suite et de lui proposer un logement répondant à ses besoins et capacités.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
-le code de l'habitation et de la construction ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges concernant la garantie du droit au logement prévue par l'article prévue par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Selon le II de ce même article, sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du rapporteur public.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de M. A qui indique que l'attribution d'un logement li est nécessaire eu égard à sa situation.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux () ". L'article L. 441-2-3 du même code dispose que : " () II.- La commission de médiation () / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, (). Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupé () ne présentant pas le caractère d'un logement décent, (), s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur () est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114 () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et capacités, les caractéristiques de ce logement.". Ces dispositions sont précisées par celles de l'article R. 441-14-1 du même code qui disposent que " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement () en tenant compte des démarches précédemment effectuées () ; / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portée à sa connaissance ;() ". Aux termes de l'article R. 822-5 du code de la construction et de l'habitation crée par le décret N° 2019-772 du 24 juillet 2019 qui a abrogé l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale : " le logement doit présenter une surface habitable globale au moins égale à seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, () ".
2. M. A, hébergé chez sa mère, doit être regardé comme étant dépourvu de logement. Dans ces conditions, il était au nombre des personnes pouvant être désignées par la commission de médiation comme prioritaires et devant se voir attribuer d'urgence un logement social en application de l'article R 441-14-1 précité. Toutefois, il résulte des dispositions précitées que l'appartenance à l'une des catégories mentionnées par la loi ne suffit pas à elle seule à rendre éligible la demande de logement. Pour apprécier le caractère d'urgence, la commission de médiation doit se fonder sur tous les éléments relatifs à la situation du demandeur.
3. D'une part, en premier lieu, il n'est pas contesté que M. A résidait dans un logement d'une superficie de 47 mètres carrés. En deuxième lieu, si M. A est malentendant, il n'établit pas que le logement dans lequel il réside ne serait pas adapté à son handicap. Enfin, il n'apporte aucune preuve sur les conditions de sa cohabitation. S'il soutient qu'il ne dispose pas d'une chambre, cette seule circonstance ne peut être regardée comme de nature à caractériser la non décence du logement ou des difficultés de cohabitation.
4. D'autre part, la commission de médiation tient notamment compte de l'ancienneté et du contenu des démarches précédemment effectuées par le demandeur. Or, il ressort des pièces du dossier que M. A a saisi la commission de médiation le 17 décembre 2021, soit seulement 17 jours après avoir déposé une demande de logement locatif social le 30 novembre 2021 ne laissant pas suffisamment de temps aux instances en charge de cette demande pour pouvoir y donner suite.
5. Enfin, les ressources de M. A s'élèvent à 1 723,53 euros mensuels. Dans ces conditions, il n'établit pas qu'il ne serait pas en mesure d'accéder à un logement par ses propres moyens.
6. Il résulte de ce qui précède qu'en refusant de reconnaître la demande de logement de M. A comme urgente et prioritaire, la commission de médiation n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Il suit de là que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision de la commission de médiation refusant de reconnaître sa demande de logement urgente et prioritaire ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie sera adressée au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La magistrate désignée,
P. BLa greffière,
C. AHIN
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026