jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202227 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CRECENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 avril 2022 et 17 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Crecent, avocate, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices ;
2°) de mettre à la charge du CHU de Bordeaux une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute du centre hospitalier est engagée dès lors qu'elle a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral au sens de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique ; à cet égard, un changement d'affectation emportant une perte de responsabilité lui a été imposé, elle a été isolée au sein du service, le centre hospitalier a tenté de la faire passer pour une personne " mentalement dérangée ", elle n'a pas été protégée alors que son état de santé l'imposait, elle a été discréditée, ses supérieurs hiérarchiques se sont " acharnés sur elle ", notamment dans le cadre de ses fiches individuelles de notation, elle n'a pas bénéficié des avancements d'indice et d'échelon auxquels elle avait droit, tandis que son avancement de grade et de classe a été bloqué par sa hiérarchie, sa hiérarchie souhaite " se débarrasser d'elle " depuis de nombreuses années, elle souffre d'un syndrome dépressif anxieux imputable au service, son traitement ne correspond pas à son échelon, son détachement dans le corps des agents administratifs a été renouvelé sans qu'elle en ait fait la demande, en méconnaissance de l'article L. 513-1 du code général de la fonction publique et elle ne s'est jamais vu proposer une intégration dans le corps des adjoints administratifs, elle a dû prolonger ses congés en 2017 pour défaut d'affectation, et, enfin, elle a été contrainte de saisir le tribunal administratif d'une action tendant à l'exécution d'un jugement ;
- elle est fondée à solliciter l'indemnisation de ses préjudices ; en premier lieu, elle a subi un préjudice de carrière qui doit être évalué à hauteur de 40 000 euros, en second lieu, son préjudice moral, ses troubles dans les conditions d'existence et la détérioration de son état de santé devront être évalués à hauteur de 60 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 octobre 2022 et 13 décembre 2023, le centre hospitalier universitaire de Bordeaux, représenté par Me Meillon, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 14 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,
- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,
- les observations de Mme B,
- et les observations de Me Meillon, représentant le CHU de Bordeaux.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux le 19 octobre 1995 en tant qu'agent temporaire polyvalent et a été titularisée le 1er avril 1995 en tant qu'agent des services hospitaliers. D'abord affectée à l'entretien du service des urgences et réanimation du groupe hospitalier Saint-André, elle a contracté après quelques temps une maladie professionnelle liée à l'emploi de produits d'entretien et de désinfection, reconnue comme telle par le CHU le 5 octobre 2000. Après un reclassement à sa demande en tant qu'agent administratif en 2007, elle a travaillé au service des archives, où elle a présenté une nouvelle pathologie impliquant qu'elle ne porte plus de charges lourdes. Elle a été affectée, en conséquence, au service logistique en 2009, puis au service de la lingerie de 2013 jusqu'au 7 août 2017, date de sa mutation dans le service d'urologie. Par décision du 15 février 2022, un congé longue maladie lui a été accordé pour la période allant du 1er octobre 2021 au 30 juin 2022. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal, après rejet implicite de sa demande indemnitaire préalable, de condamner le CHU de Bordeaux à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices qu'elle estime avoir subis en raison du harcèlement moral dont elle prétend avoir été victime.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. "
3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
4. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme B a été reclassée à sa demande en tant qu'adjoint administratif des services hospitaliers de 2ème classe en 2007. Il n'est pas sérieusement contesté par la requérante qu'elle a été accompagnée par la conseillère " mobilité maintien dans l'emploi " du département des ressources humaines de l'établissement à l'occasion de la suppression du poste au service de la lingerie qu'elle a occupé de 2013 à 2017, où elle assurait des fonctions d'intendance, répondait aux urgences et effectuait des petites livraisons de linge. Après une période d'essai, elle a été affectée à partir du 8 novembre 2017 au pôle chirurgie, dans le service d'urologie, où elle effectue le tri et la distribution du courrier et la numération des examens visés par l'équipe médicale à la suite des consultations, et archive les cartes des groupes sanguins. Il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait subi à l'occasion de cette affectation une perte de responsabilités ou de rémunération, et il apparaît que les tâches qui lui ont été confiées sont au nombre de celles qu'elle a vocation à exercer conformément aux dispositions régissant son cadre d'emploi. Par ailleurs, il ne résulte pas de la fiche de visite de reprise après maladie du 6 août 2020 établie par le médecin de prévention que celui-ci aurait conclu à une inadéquation de son poste à son état de santé
5. D'autre part, si Mme B se plaint de ses conditions de travail en alléguant que son affectation dans le service d'urologie ne s'est accompagnée d'aucune mise à disposition d'un bureau individuel, il résulte de l'instruction que si un manque de bureaux individuels disponibles n'a pas permis de lui en attribuer un de façon exclusive, ce qui est le cas de nombreux autres agents, elle occupe néanmoins alternativement, selon une planification régulière, un bureau et une salle de réunion où elle peut laisser ses affaires personnelles. A cet égard, il n'est pas établi que le centre hospitalier lui aurait " interdit de parler aux patients ", qu'elle n'apparaîtrait pas dans les listes de diffusion du service et n'aurait pas été informée des réunions ou événements du service. De même, il n'apparaît pas qu'elle aurait demandé en vain du matériel ergonomique que lui aurait prescrit le médecin de prévention. De plus, il résulte de l'instruction que ses fonctions ont été formalisées dans le cadre d'une fiche descriptive de ses missions.
6. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que l'expertise psychiatrique de la requérante sollicitée par le CHU de Bordeaux en 2016 résulterait d'une volonté de la " discréditer ". Il n'apparaît pas davantage que le centre hospitalier aurait refusé de prendre en compte les certificats médicaux du médecin généraliste de la requérante indiquant que celle-ci devait respecter une consigne d'isolement la conduisant à ne plus pouvoir se rendre sur son lieu de travail jusqu'à la fin du confinement, l'intéressée ayant été placée en arrêt de travail du 1er novembre au 23 décembre 2020, puis du 8 au 15 janvier et du 18 janvier au 3 mars 2021. De plus, il n'apparaît pas que les fiches individuelles de notation de la requérante pour les années 2016, 2018 et 2019, lesquelles mentionnent notamment que celle-ci effectue ses missions conformément aux consignes qui lui ont été fixées ou que son niveau d'appréciation sera satisfaisant, traduiraient l'existence d'un " acharnement " de la part de sa hiérarchie. De même, il résulte de l'instruction que la demande de reconnaissance de maladie professionnelle déposée par la requérante au titre de la dépression dont elle souffre a fait l'objet, après avis défavorable de la commission de réforme, d'une décision de non imputabilité au service en date du 9 février 2022. A cet égard, il résulte notamment du rapport d'expertise du docteur C en date du 25 septembre 2020 que la requérante ne présente pas de pathologie imputable au service, les difficultés présentées étant " de l'ordre de la revendication en lien avec un caractère sensitif ". Par ailleurs, il n'apparaît pas que le courrier du 13 avril 2021 par lequel le centre hospitalier a informé la requérante que le formulaire du certificat médical transmis par celle-ci pendant qu'elle était en voyage au Maroc n'était pas valable et l'a mise en demeure de reprendre ses fonctions au plus tard le 19 avril 2021 pour absence injustifiée, résulterait d'une volonté de " se débarrasser d'elle ".
7. Enfin, il résulte de l'instruction que, par décision du 15 octobre 2019 portant avancement d'échelon, Mme B a atteint l'échelon 11 de son grade, à l'indice brut 407. A cet égard, il n'apparaît pas que celle-ci aurait été fondée à changer de grade sur la période considérée. Par ailleurs, s'il est constant que la requérante a reçu un traitement mensuel brut de 1 804, 21 euros au lieu de 1 852, 71 euros pour les mois d'août 2022 et janvier 2023, il ne résulte pas de l'instruction que cette circonstance résulterait d'une volonté de lui nuire, le centre hospitalier faisant à cet égard valoir sans être sérieusement contesté qu'il s'agit d'une erreur du logiciel du traitement de la paie. De plus, il n'apparaît pas que Mme B, qui a été reclassée à sa demande sur un poste d'agent administratif en 2007 en raison de problèmes de santé, aurait ensuite demandé à être reclassée en tant qu'agent des services hospitaliers. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que les circonstances invoquées par la requérante, aux termes desquelles celle-ci ne se serait jamais vu proposer une intégration dans le corps des adjoints administratifs, aurait dû prolonger ses congés en 2017 pour défaut d'affectation, et aurait été contrainte de saisir le tribunal administratif d'une action tendant à l'exécution d'un jugement, résulteraient de faits constitutifs de harcèlement moral.
8. Dans ces conditions, les faits relatés par l'intéressée, pris isolément ou dans leur ensemble, ne sont pas de nature à caractériser, en l'espèce, l'existence d'un harcèlement moral.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité pour faute du CHU de Bordeaux.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHU de Bordeaux qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B une somme à verser au CHU de Bordeaux sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président,
Mme Mounic, première conseillère,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
La rapporteure,
C. PASSERIEUX
Le président,
Ph. DELVOLVÉ
Le greffier,
A. PONTACQ
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
N°2202227
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026