vendredi 24 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202471 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | LAPLAGNE ET BROUILLOU-LAPORTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 mai 2022, M. A B, représenté par Me Laplagne, avocat, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 84 791 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices, assortie d'une rente mensuelle de 388,06 euros au titre de la réparation de ses préjudices ultérieurs ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée au titre d'un mauvais calcul de sa pension de retraite d'ouvrier des établissements industriels de l'Etat du fait de l'absence de prise en compte de la prime de rendement portée à son taux maximum de 32 % pour déterminer le salaire le plus élevé devant servir de base de calcul, ce qui porte atteinte au respect de ses biens garanti par l'article 1er du premier protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales été et constitue également une atteinte au principe d'égalité de traitement entre agents d'un même corps placés dans une situation comparable ;
- à cet égard, sa demande d'abrogation, fondée sur les dispositions de l'article L. 242-4 du code des relations entre le public et l'administration, a été présentée dans un délai raisonnable après la prise de connaissance de décisions de justice confirmant l'existence d'une erreur de droit sur les modalités de calcul de la prime de rendement d'ouvrier de l'Etat ;
- la responsabilité pour faute de l'Etat est également engagée au titre de la délivrance d'une " attestation erronée du droit d'option " ;
- il est fondé à solliciter l'indemnisation de ses préjudices ; en premier lieu, il a subi un préjudice financier qui doit être évalué à 76 0446 euros à la date du 31 décembre 2021 ; en deuxième lieu, son préjudice moral doit être évalué à la somme de 8 745 euros ; en troisième lieu, il peut bénéficier d'une rente mensuelle de 388,06 euros au titre de la réparation de ses préjudices ultérieurs.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la créance est prescrite.
Par une ordonnance du 15 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et son premier protocole additionnel ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 59-1479 du 28 décembre 1959 ;
- le décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,
- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,
- et les conclusions de Me Bibron, substituant Me Laplagne, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ouvrier d'Etat, a été intégré dans le corps des techniciens supérieurs d'études et de fabrications (TSEF) le 1er août 1982. Conformément aux dispositions de l'article 6 du décret n°89-753 du 18 octobre 1989 portant attribution d'une indemnité compensatrice à certains techniciens supérieurs d'études et de fabrications du ministère de la défense, M. B a pu conserver le régime de l'indemnité différentielle qu'il percevait conformément aux dispositions du décret n°62-1386 du 23 novembre 1962. Il a été admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er janvier 2005. Il a opté, comme la loi du 28 décembre 1959 le lui permettait, pour une pension d'ouvrier. Par courrier du 6 mai 2008, il a reçu son brevet d'inscription de pension attribué par le fonds spécial des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat. Par une lettre en date du 3 septembre 2020, il a demandé à l'administration d'abroger son brevet de pension et de procéder à une nouvelle liquidation de celle-ci, en raison d'une erreur de calcul dans le taux de prime de rendement d'ouvrier d'Etat, afin que soit pris en compte le taux de 32 % de la prime de rendement au lieu des 16% retenus. Le silence gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet. Par courrier du 17 janvier 2022, M. B a formé une demande indemnitaire préalable. Par la présente requête, M. B demande, après rejet implicite de son recours indemnitaire préalable, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 84 791 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices, assortie d'une rente mensuelle de 388,06 euros au titre de la réparation de ses préjudices ultérieurs.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. M. B soutient que la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée en raison, d'une part, d'un mauvais calcul de sa pension de retraite d'ouvrier des établissements industriels de l'Etat et, d'autre part, de la délivrance d'une " attestation erronée du droit d'option ".
En ce qui concerne le calcul de la pension de retraite :
3. D'une part, l'expiration du délai permettant d'introduire un recours en annulation contre une décision expresse dont l'objet est purement pécuniaire fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée.
4. D'autre part, aux termes de l'article 40 du décret du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat, applicable : " () la pension est définitivement acquise et ne peut être révisée, ou supprimée à l'initiative du fonds spécial ou sur demande de l'intéressé que dans les conditions suivantes :/ 1° A tout moment en cas d'erreur matérielle ;/ 2° Dans un délai d'un an à compter de la notification de la décision de concession en cas d'erreur de droit. () ".
5. M. B soutient que sa pension de retraite a été liquidée sans que soit appliqué un taux de prime de rendement de 32 % pour calculer le salaire maximum de référence servant de base pour la liquidation de la pension, auquel il avait droit en application des dispositions de l'article unique de la loi du 28 décembre 1959 ouvrant à certains fonctionnaires de l'ordre technique une option en faveur d'une pension ouvrière lors de leur mise à la retraite. L'erreur invoquée par M. B porte ainsi sur l'interprétation des textes, en vertu desquels sa pension devait être liquidée. Dans ces conditions, le requérant invoque, non une erreur matérielle, mais une erreur de droit.
6. Il résulte de l'instruction que M. B, admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er janvier 2005, s'est vu concéder une pension de retraite ouvrière par un brevet de pension qui lui a été notifié le 6 mai 2008. Ainsi, le délai qui lui était imparti pour exciper, au soutien d'une demande de révision de sa pension, de l'erreur de droit qu'aurait commise l'administration était expiré lorsque, le 3 septembre 2020, il a saisi le ministre des armées d'une telle demande. La circonstance qu'il n'a constaté l'erreur de droit alléguée qu'au vu de décisions de justice rendues dans des litiges concernant d'autres pensionnés est sans incidence sur le point de départ et la durée du délai d'un an prévu par les dispositions précitées. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le ministre des armées a implicitement rejeté la demande de révision de la pension de retraite de M. B qui a été présentée après l'expiration du délai d'un an prévu par l'article 40 du décret du 5 octobre 2004, suivant la notification de la décision de concession de la pension.
7. Ainsi, la pension de retraite qui a été concédée en 2008 à M. B est devenue définitive avec toutes les conséquences pécuniaires qui en sont inséparables. Il s'ensuit que l'intéressé n'est pas recevable à demander la réparation des préjudices financiers qu'il estime avoir subis du fait de la non-prise en compte par l'administration, dans le calcul de sa pension de retraite, de la prime de rendement d'ouvrier de l'Etat au taux maximum de 32 %.
8. Enfin, en se bornant à se prévaloir de l'existence d'un préjudice moral et de troubles dans les conditions d'existence, M. B n'apporte pas d'éléments suffisants pour établir la réalité de ces chefs de préjudice, lesquels ne sauraient découler uniquement de son préjudice financier.
9. En tout état de cause, en premier lieu, aux termes de l'article L. 242-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Sur demande du bénéficiaire de la décision, l'administration peut, selon le cas et sans condition de délai, abroger ou retirer une décision créatrice de droits, même légale, si son retrait ou son abrogation n'est pas susceptible de porter atteinte aux droits des tiers et s'il s'agit de la remplacer par une décision plus favorable au bénéficiaire. "
10. M. B ne peut utilement faire valoir que sa demande présentée le 3 septembre 2020 ne serait pas forclose au regard des dispositions de l'article L. 242-4 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que le caractère intangible des décisions portant concession de pension fait obstacle à ce que leur bénéficiaire puisse en demander le retrait ou l'abrogation une fois cette dernière devenue définitive.
11. En deuxième lieu, M. B soutient que d'autres fonctionnaires dans la même situation que lui auraient obtenu la révision de leur pension de retraite afin d'intégrer un taux de 32 % de prime de rendement dans les émoluments de base retenus pour la liquidation de la pension. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ces fonctionnaires auraient, contrairement à lui, formulé leur demande de révision de leur pension de retraite au-delà du délai prévu par les dispositions de l'article 40 du décret du 5 octobre 2014. Par suite, M. B n'établit pas qu'il aurait été traité différemment par rapport à certains fonctionnaires dans une situation identique à la sienne.
12. En troisième lieu, le moyen tiré de ce qu'il aurait été porté atteinte au droit au respect de ses biens n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne l'attestation du droit d'option :
13. Il ressort des pièces du dossier que, par décision du 24 janvier 2005, notifiée au plus tard le 28 janvier 2005 à M. B, le ministre de la défense a informé ce dernier de son droit d'opter entre une pension de fonctionnaire, liquidée en application du code des pensions civiles et militaires de retraite, et une pension ouvrière, liquidée conformément au décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004. M. B soutient qu'il n'a pas été informé des droits supplémentaires auxquels il avait droit, concernant le montant de sa pension. Toutefois, le requérant n'établit pas en quoi cette information, qui n'a eu aucune incidence sur l'exercice de son droit d'option, serait la cause directe des préjudices financiers et moraux qu'il invoque. Par suite, M. B n'est pas fondé à engager la responsabilité pour faute de l'Etat au titre de la délivrance de cette lettre d'information.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président,
Mme Mounic, première conseillère,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.
La rapporteure,
C. PASSERIEUX
Le président,
Ph. DELVOLVÉ
La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2202471
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026