jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202664 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CABINET MALEVILLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 mai 2022 et 8 novembre 2023, M. C B, représenté par Me Bourdeix, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet de la Dordogne a déclaré son immeuble d'habitation insalubre et lui a ordonné de réaliser divers travaux dans un délai de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne, à titre principal, d'ordonner à la caisse d'allocation familiale de la Dordogne de lui verser l'intégralité des aides au logement qu'il aurait dû percevoir depuis le 28 février 2022, lesquelles sont actuellement consignées ou, à titre subsidiaire, de prendre un arrêté constatant la bonne exécution de l'intégralité des travaux et d'en transmettre une copie aux locataires ainsi qu'à la caisse d'allocation familiale de la Dordogne, l'ensemble dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 160 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît le principe du contradictoire ;
- il est entaché d'une inexactitude matérielle des faits qui lui sont reprochés ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé lié par le rapport établi par ses services ;
- le préfet s'est immiscé dans le contrat de bail conclu avec les locataires, lequel constitue la loi des parties ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que les travaux prescrits sont inutiles ou bien ont déjà été réalisés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2023, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 8 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation,
- le code de la santé publique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,
- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Amblard, substituant Me Bourdeix, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est propriétaire d'un immeuble d'habitation situé au lieu-dit " La Blanquio ", parcelle cadastrée section CL n° 136, sur le territoire de la commune de Capdrot. M. A D et Mme F E sont locataires de ce logement en vertu d'un contrat de bail conclu le 16 décembre 2019. Par arrêté du 28 février 2022, le préfet de la Dordogne a, d'une part, déclaré cet immeuble insalubre et, d'autre part, ordonné à M. B de réaliser différentes mesures dans un délai de six mois, à savoir la mise en sécurité de l'installation électrique, la mise en sécurité de l'installation de fumisterie, l'installation d'un moyen de chauffage adapté à l'ensemble du logement, permettant de garantir une température suffisante dans chaque pièce de vie de façon continue, l'installation d'un système de ventilation adapté à l'ensemble des pièces, la recherche et la suppression des causes d'humidité dans le logement, la suppression de la présence d'animaux dans le bâtiment agricole situé en continuité du logement, la réalisation d'un constat de risque d'exposition au plomb, la réalisation d'un diagnostic amiante, et enfin toutes mesures garantissant la suppression des entrées d'air parasite et l'étanchéité des huisseries à l'air et à l'eau. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation : " La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article L. 511-2 du même code : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : / () 4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique. ". Aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre. () ". Aux termes de l'article L. 511-4 du code de la construction et de l'habitation : " L'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est : () 2° Le représentant de l'Etat dans le département dans le cas mentionné au 4° du même article. ". Aux termes de l'article L. 511-8 du même code : " La situation d'insalubrité mentionnée au 4° de l'article L. 511-2 est constaté par un rapport du directeur général de l'agence régionale de santé () ". Aux termes de l'article L. 511-10 de ce code : " L'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité est pris à l'issue d'une procédure contradictoire avec la personne qui sera tenue d'exécuter les mesures : le propriétaire ou le titulaire de droits réels immobiliers sur l'immeuble, le local ou l'installation, tels qu'ils figurent au fichier immobilier ou, dans les départements de la Moselle, du Bas-Rhin ou du Haut-Rhin, au livre foncier, dont dépend l'immeuble. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 511-11 du code : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : 1° La réparation ou toute autre mesure propre à remédier à la situation y compris, le cas échéant, pour préserver la solidité ou la salubrité des bâtiments contigus ; 2° La démolition de tout ou partie de l'immeuble ou de l'installation ; 3° La cessation de la mise à disposition du local ou de l'installation à des fins d'habitation ; 4° L'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux, à titre temporaire ou définitif () ".
3. Le recours dont dispose le propriétaire d'un logement contre la décision par laquelle l'autorité préfectorale déclare ce logement insalubre et prescrit les mesures nécessitées par les circonstances est un recours de plein contentieux. Il appartient au juge administratif de se prononcer d'après l'ensemble des circonstances de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue. Lorsque le préfet a déclaré un immeuble insalubre et a prescrit la réalisation de travaux, l'exécution par le propriétaire des mesures prescrites par cet arrêté et la mainlevée par le préfet de l'arrêté d'insalubrité privent d'objet le recours tendant à son annulation sur lequel il n'y a dès lors plus lieu de statuer.
4. Par l'arrêté contesté, le préfet de la Dordogne a prescrit à M. B d'effectuer dans un délai de six mois des travaux de mise en sécurité de l'installation électrique et de l'installation de fumisterie, d'installation d'un moyen de chauffage adapté à l'ensemble du logement, permettant de garantir une température suffisante dans chaque pièce de vie de façon continue, d'installation d'un système de ventilation adapté à l'ensemble des pièces, de recherche et de suppression des causes d'humidité dans le logement, de suppression de la présence d'animaux dans le bâtiment agricole situé en continuité du logement, de réalisation d'un constat de risque d'exposition au plomb, de réalisation d'un diagnostic amiante, et enfin de réalisation de toutes mesures garantissant la suppression des entrées d'air parasite et l'étanchéité des huisseries à l'air et à l'eau.
5. Il résulte d'un rapport de visite de contrôle établi le 1er décembre 2022 par l'agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine que M. B a effectué, postérieurement à l'arrêté attaqué, divers travaux prescrits par cet arrêté, à savoir la mise en sécurité de l'installation électrique, la mise en sécurité de l'insert et de la hotte s'agissant de la fumisterie, la mise en place d'un insert avec des bouches d'air dans toutes les pièces exceptées la salle de bain s'agissant du chauffage, un contrôle de la VMC s'agissant de la ventilation ainsi qu'un contrôle des gouttières et des chéneaux s'agissant de l'humidité.
6. Il résulte de ce rapport que, si " la plupart des travaux ont été réalisés ", la mainlevée de l'arrêté en litige n'a pu être prononcée au 1er décembre 2022 eu égard à la seule nécessité de " finaliser " certains travaux, à savoir l'installation d'un moyen de chauffage dans la salle de bain, l'installation d'un moyen de ventilation dans la chambre n°2 et la prise de mesures afin de retirer durablement la présence d'animaux à proximité du logement et de supprimer le stockage établi à proximité immédiate de la fenêtre de la chambre n°3.
7. Il s'ensuit que, d'une part, les autres mesures prescrites dans l'arrêté du 28 février 2022, à savoir la réalisation d'un constat de risque d'exposition au plomb et d'un diagnostic amiante, sont réputées avoir été abandonnées. D'autre part, l'arrêté du 28 février 2022 en litige ne prescrivait pas la suppression du stockage établi à proximité immédiate de la fenêtre de la chambre n°3.
8. De plus, il résulte de l'instruction que M. B a fait installer une grille de ventilation sur les menuiseries de la chambre n°2 ainsi qu'une alimentation pour le chauffage dans la salle de bain le 2 mars 2023, tandis que le locataire du logement a attesté le 6 mars 2023 de ce que la paille a été repoussée, le sol nettoyé afin de dégager la fenêtre et d'assurer davantage de clarté et les animaux évacués du bâtiment depuis plusieurs mois.
9. Enfin, si l'ARS a estimé, dans un courrier du 29 mars 2023, que le logement en litige ne dispose pas d'un moyen de chauffage permettant de garantir une température constante dans chaque pièce dès lors qu'un insert ne pourrait constituer un moyen de chauffage principal, l'arrêté du 28 février 2022 ne prescrivait pas la mise en place d'un système de chauffage en particulier, tandis que le rapport du 1er décembre 2022 prévoyait uniquement, s'agissant du système de chauffage, l'installation d'un moyen de chauffage dans la salle de bain. En outre, il résulte d'une attestation rédigée par un plombier chauffagiste le 13 avril 2023 que l'habitation en cause est pourvue d'un insert avec un distributeur d'air chaud positionné en comble et desservant les chambres, le couloir et la cuisine, le séjour étant correctement chauffé par l'insert, tandis qu'un chauffage électrique a été installé dans la salle de bain, de sorte que " toutes les pièces sont correctement chauffées ". De même, le locataire du logement a attesté le 4 mai 2023 de ce que la cheminée a été refaite, que deux grilles ont été rajoutées sur la hotte afin de permettre au distributeur d'air chaud de délivrer une température régulière dans chaque pièce, à l'exception de la salle de bain dans lequel un appareil a été installé, de sorte que celui-ci " ne voit pas l'intérêt de rajouter un troisième chauffage puisque celui-ci fonctionne et [que] les pièces sont à température régulière ".
10. Dans ces conditions, et dès lors que tous les travaux prescrits par l'arrêté attaqué doivent être regardés soit comme ayant été réalisés soit comme n'étant plus exigés, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 28 février 2022 ont perdu leur objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 28 février 2022 du préfet de la Dordogne.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Dordogne.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président,
Mme Mounic, première conseillère,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
La rapporteure,
C. PASSERIEUX
Le président,
Ph. DELVOLVÉ
Le greffier,
A. PONTACQ
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
N°2202664
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026