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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202775

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202775

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCM.ANTIGONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mai 2022, M. A B, représenté par Me Astié, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 9 décembre 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de la somme de 80 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation qui révèle un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est présent sur le territoire depuis le 23 avril 2015 et il justifie d'une expérience professionnelle très significative ainsi que d'une demande d'autorisation de travail ;

- la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle peut entraîner sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 21 février 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La première conseillère faisant fonction de présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,

- et les observations de Me Debril, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, né le 15 juillet 1982, est entré sur le territoire français le 23 avril 2015 sous couvert d'un visa touristique. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis par la Cour nationale du droit d'asile. Par la suite, M. B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 13 juillet 2016. L'intéressé n'a pas exécuté cette décision, mais s'est vu délivrer par le préfet de la Gironde un titre de séjour valable du 2 février 2017 au 2 février 2018, dont il a sollicité le renouvellement. Puis, le 9 août 2021, M. B a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le silence gardé par la préfète de la Gironde a fait naître une décision implicite de rejet le 9 décembre 2021 dont M. B demande l'annulation.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes du premier aliéna de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, telle que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans charge de famille en France. Toutefois, l'intéressé, qui a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifie d'une insertion professionnelle durable et stable sur le territoire. M. B a exercé les fonctions de plongeur en contrat à durée indéterminée auprès du Grand Hôtel de Bordeaux du 12 mars 2018 jusqu'au mois de juin 2019, puis au restaurant " Pavillon des boulevards " à compter du mois de juin 2021. Il occupait toujours ce poste à la date de la décision attaquée en décembre 2021. Ces fonctions, qu'il exerçait à temps plein, lui ont permis de bénéficier de revenus d'un montant au moins équivalent au salaire minimum interprofessionnel de croissance. De plus, M. B justifie avoir exercé en parallèle de cette activité de plongeur des fonctions d'agent d'entretien à temps partiel auprès de différentes entreprises de façon ininterrompue entre les mois de septembre 2017 et de mars 2021. Dans ces conditions, au regard tant de l'ancienneté du séjour du requérant qui fait valoir qu'il est entré en France en avril 2015, des caractéristiques des emplois occupés, de son expérience professionnelle, du caractère suffisant des revenus dont il bénéficie et de la stabilité des activités professionnelles exercées, la préfète de la Gironde, qui n'a pas présenté d'observations en défense, doit être regardée comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite de la préfète de la Gironde intervenue le 9 décembre 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu et après examen de l'ensemble des moyens de la requête, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer un titre de séjour mention " salarié " à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat, Me Astié, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Astié renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Astié de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle la préfète de la Gironde a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Astié, conseil de M. B, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation de sa part à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Astié et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

La rapporteure,

M. BALLANGER

La première conseillère

faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDREO

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2202775

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