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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202920

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202920

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202920
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL CAROLINE LAVEISSIERE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête, enregistrée le 25 mai 2022 sous le n° 2202920, et un mémoire enregistré le 2 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Landète, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Bruges lui a infligé la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions d'un jour ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bruges une somme de 3 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente qui ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- il est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne comporte la description d'aucun fait précis se rattachant à une obligation pesant sur les agents publics et constituant une faute ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation car l'administration a estimé qu'il ne fournissait aucune preuve permettant d'écarter les fautes professionnelles alléguées ;

- la sanction est disproportionnée au regard de la gravité des faits reprochés qui auraient pu justifier une sanction plus lourde, preuve qu'ils ne sont pas avérés ;

- le choix d'une sanction du premier groupe alors que les faits reprochés allégués justifieraient une sanction du deuxième groupe révèle un détournement de procédure ;

- il résulte de la délibération du 16 décembre 2004 que l'ouverture de l'école de musique sur l'extérieur ne peut reposer que sur le volontariat des professeurs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, la commune de Bruges, représentée par son maire en exercice, assistée de Me Laveissière, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 11 décembre 2023, la clôture d'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

II - Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2022 sous le n° 2205451, et un mémoire enregistré le 26 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Landète, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Bruges à lui payer une somme de 46 565,65 euros au titre des heures supplémentaires effectuées, somme à majorer des intérêts légaux, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

2°) de condamner la commune de Bruges à lui verser la somme de 10 000 euros au titre des préjudices causés par l'administration dans l'exercice de ses prérogatives de puissance publique ;

3°) d'enjoindre à la commune de Bruges de lui payer ses heures supplémentaires sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Bruges une somme de 5 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision rejetant son recours préalable a été signée par une autorité incompétente qui ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle constitue un ajustement de cause pour le dissuader de poursuivre ses demandes d'indemnisation ;

- la décision est entachée d'erreur de droit car il fournit des plannings validés par sa supérieure hiérarchique directe ce qui matérialise l'accord de son employeur pour la réalisation des heures qui y sont mentionnées et réalisées en tant que directeur de l'école de musique ; d'après le guide des temps de la commune, les heures supplémentaires sont soit indemnisées, soit récupérées sous forme de repos compensateur ; la commune ne peut pas soutenir que les heures n'ont pas été réalisées faute de système de comptage d'heures dès lors qu'elle n'a pas mis en place ce type d'outil ; au demeurant il était facile de savoir si les cours de musique à dispenser n'avaient pas été réalisés ou si l'école de musique avait été fermée ;

- pour les heures supplémentaires effectuées dans le cadre de la préparation et de la réalisation de nombreuses activités culturelles proposées par la commune de Bruges, leur validation résulte de leur inscription sur les plaquettes validées en conseil municipal ; la délibération du 16 décembre 2004 précise que la participation des professeurs aux activités culturelles extérieures doit se faire sur la base du volontariat ;

- en vertu de la réglementation, éclairée par la jurisprudence et par la réponse ministérielle citée dans la décision de rejet de sa réclamation, il est tenu d'effectuer un service hebdomadaire de 20 heures pendant 36 semaines ;

- la responsabilité de la commune est engagée du fait de son refus fautif de lui payer les heures supplémentaires réalisées ;

- il en subit un préjudice économique découlant de ce défaut de paiement et un préjudice moral car la procédure disciplinaire n'a d'autre finalité que de lui faire interrompre sa démarche tendant au paiement des heures dûes, procédure qui a porté atteinte à son honneur et à sa réputation ; ces préjudices seront réparés par le versement d'une somme de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2023, la commune de Bruges, représentée par son maire en exercice, assistée de Me Laveissière, conclut :

- à titre principal, à l'irrecevabilité partielle de la requête, faute de liaison du contentieux pour la totalité de la somme demandée et au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire, à la limitation des prétentions indemnitaires de M. B à concurrence d'une somme de 20 513 euros compte tenu de la prescription quadriennale ;

- et, en outre, à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 11 décembre 2023, la clôture d'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n ° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le décret n° 50-1253 du 6 octobre 1950 ;

- le décret n° 91-859 du 2 septembre 1991 ;

- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;

- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 ;

- le décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 ;

- le décret n° 2002-60 du 14 janvier 2002 ;

- le décret n° 2012-437 du 29 mars 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourdarie,

- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public,

- les observations de Me Guerain, représentant M. B, et de Me Proust, représentant la commune de Bruges.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été recruté en 2015 sur un emploi d'enseignant et de directeur de l'école de musique de Bruges. Il est titulaire du grade d'assistant d'enseignement artistique principal de deuxième classe depuis le 1er septembre 2017. Par un courrier du 18 janvier 2022, la commune de Bruges l'a informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre. Par un arrêté du 14 avril 2022, dont il demande l'annulation par la requête n° 2202920, l'autorité territoriale lui a infligé la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée d'un jour. M. B a sollicité par un courrier du 24 juin 2022 le paiement d'heures supplémentaires qui lui a été refusé par un courrier du 8 août suivant, notifié le 18 août 2022. Par la requête n° 2205451, il demande la condamnation de la commune de Bruges, d'une part, à lui payer la somme de 46 565,65 euros au titre de ses heures supplémentaires, somme à majorer des intérêts légaux et, d'autre part, à lui verser une indemnité de 10 000 euros au titre des préjudices subis.

Sur la jonction :

2. Ces deux requêtes concernent la situation d'un même fonctionnaire. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'arrêté du 14 avril 2022 portant exclusion temporaire de fonctions pour une durée d'un jour :

3. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures qui infligent une sanction doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'article L532-5 du code général de la fonction publique prévoit que la décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée. Ces dispositions imposent à l'autorité qui prononce la sanction de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent concerné, de telle sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de cette décision, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.

4. Il ressort de l'arrêté du 14 avril 2022 que la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions d'un jour a été infligée à M. B pour avoir " adopté une posture professionnelle irrespectueuse et impolie, voire insolente, un comportement inadapté et incompatible avec les responsabilités d'un chef de service, manqué à son devoir de réserve, remis en cause les arbitrages pris par sa hiérarchie et les élus, réalisé des interventions non validées, tenu des propos déformés à son équipe ". Ce courrier fait explicitement référence à celui du 19 janvier 2022, relatif à l'engagement d'une procédure disciplinaire au contenu factuel et circonstancié. Cependant, l'arrêté portant sanction, qui se borne à décrire des manquements de façon générique et non circonstanciée, ne contient pas lui-même avec une précision suffisante les griefs reprochés à l'intéressé lui permettant de connaître les motifs de la sanction infligée. Cet arrêté est par suite insuffisamment motivé.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 14 avril 2022 sanctionnant M. B doit être annulé.

Sur le paiement des heures supplémentaires :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ".

7. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation préalable indemnitaire lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par le fait générateur invoqué dans cette réclamation, dans la limite du montant total figurant dans les conclusions de la demande contentieuse.

8. Par une réclamation préalable en date du 24 juin 2022, M. B a demandé à être indemnisé du paiement des heures supplémentaires qu'il estimait à un nombre de 1 126 heures pour un montant total de 32 997 euros. Si les conclusions indemnitaires de sa demande contentieuse portent sur une somme globale de 46 565,65 euros correspondant à l'indemnisation de 1 589 heures supplémentaires, cette somme se rattache au même fait générateur que celui invoqué dans la réclamation préalable. Par suite, ses conclusions indemnitaires sont recevables à hauteur de la somme de 46 565,65 euros et la fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et du défaut de motivation de la décision de rejet de la réclamation préalable :

9. La décision de rejet de la réclamation préalable introduite par M. B a eu pour seul objet de lier le contentieux. Par suite, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée cette décision sont sans incidence sur la solution du litige. Les moyens relatifs à l'incompétence de l'auteur de cette décision et à son défaut de motivation doivent être écartés.

En ce qui concerne l'exception de prescription quadriennale :

10. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 modifiée relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Aux termes de l'article 3 de cette loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ".

11. Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit, le fait générateur de la créance se trouve en principe dans les services accomplis par l'intéressé. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à ces services court à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle l'agent aurait dû être rémunéré.

12. Il résulte de l'instruction que M. B a formé le 24 juin 2022 une demande préalable indemnitaire relative à des créances qu'il détiendrait au titre des années 2015 à 2021 incluse. Dans ces conditions, les créances nées au cours des années 2015 à 2017 incluse sont prescrites depuis le 1er janvier 2022. Par suite, l'exception de prescription quadriennale opposée par la commune de Bruges pour les créances nées antérieurement au 1er janvier 2018 doit être accueillie.

En ce qui concerne les heures supplémentaires :

Quant au nombre d'heures supplémentaires effectuées :

13. Aux termes de l'article 6-3 du décret du 6 septembre 1991: " Les fonctionnaires appartenant aux cadres d'emplois des professeurs territoriaux d'enseignement artistique, des assistants territoriaux spécialisés et des assistants territoriaux d'enseignement artistique, dont les services hebdomadaires excèdent le maximum de services réglementaires prévu par leur statut, peuvent recevoir une indemnité dans les conditions prévues par le décret n° 50-1253 du 6 octobre 1950 susvisé fixant le taux de rémunération des heures supplémentaires d'enseignement effectuées par les personnels enseignants de l'Etat ". En vertu de l'article 1er du décret du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature : " La durée du travail effectif est fixée à trente-cinq heures par semaine dans les services et établissements publics administratifs de l'Etat ainsi que dans les établissements publics locaux d'enseignement. / Le décompte du temps de travail est réalisé sur la base d'une durée annuelle de travail effectif de 1 607 heures maximum, sans préjudice des heures supplémentaires susceptibles d'être effectuées () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 12 juillet 2001 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail applicables aux agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant sont déterminées dans les conditions prévues par le décret du 25 août 2000 susvisé sous réserve des dispositions suivantes ". Enfin, l'article 7 de ce même décret dispose que : " Les régimes d'obligations de service sont, pour les personnels qui y sont soumis, ceux définis dans les statuts particuliers de leur cadre d'emplois ". Aux termes de l'article 3 du décret du 29 mars 2012 portant statut particulier du cadre d'emplois des assistants territoriaux d'enseignement artistique : " I. ' Les membres du cadre d'emplois des assistants territoriaux d'enseignement artistique exercent leurs fonctions, selon les formations qu'ils ont reçues, dans les spécialités suivantes : 1° Musique () / Les membres du cadre d'emplois des assistants territoriaux d'enseignement artistique sont astreints à un régime d'obligation de service hebdomadaire de vingt heures. / Ils sont placés, pour l'exercice de leurs fonctions, sous l'autorité du fonctionnaire chargé de la direction de l'établissement dans lequel ils exercent leurs fonctions () ".

14. M. B, en sa qualité d'assistant d'enseignement artistique principal de deuxième classe, était astreint à un régime hebdomadaire horaire de 20 heures sur les 36 semaines que compte une année scolaire au sein de l'école de musique de Bruges. En vertu de l'article 4 du décret du 14 janvier 2002 relatif aux indemnités horaires pour travaux supplémentaires, " sont considérées comme heures supplémentaires les heures effectuées à la demande du chef de service dès qu'il y a dépassement des bornes horaires définies par le cycle de travail ".

15. Il résulte de l'instruction que les plannings produits par M. B pour les années scolaires 2016/2017 à 2021/2022 n'ont été validés par sa hiérarchie que pour les années 2018/2019 à 2020/2021 incluse. Ainsi, il ne peut prétendre à être indemnisé que des heures supplémentaires réalisées au cours de ces années scolaires, lesquelles sont postérieures au 1er janvier 2018.

16. Il résulte des bulletins de salaire et des plannings validés par la hiérarchie de M. B que celui-ci a réalisé 234 heures supplémentaires non rémunérées au cours de chaque année scolaire 2018/2019 à 2020/2021 soit un total de 702 heures supplémentaires. En revanche, les plaquettes de communication relatives à des spectacles et manifestations organisés en dehors des fonctions de directeur de l'école de musique, mêmes nécessairement validées par les services de la commune de Bruges, à les supposer détachables de ces dernières fonctions, ne sauraient justifier des heures supplémentaires que M. B aurait réalisé dans ce cadre.

Quant au montant de l'indemnité pour absence de paiement des 702 heures supplémentaires :

17. Pour l'application des articles 1 et 2 du décret du 6 octobre 1950 fixant les taux de rémunération des heures supplémentaires d'enseignement effectuées par des personnels enseignants des établissements d'enseignement du second degré, M. B a effectué de manière régulière un service supplémentaire de 234 heures annuelles. Au vu de l'indice brut de début de carrière et de l'indice de fin de carrière d'un assistant d'enseignement artistique principal de deuxième classe et de la valeur du point d'indice applicables aux années 2018 à 2021 incluse, la valeur brute d'un neuvième de l'indemnité forfaitaire annuelle, non soumise à retenue pour pension civile, est égale à 6 497 euros soit une indemnité brute à verser à M. B au titre des heures supplémentaires non rémunérées de 19 491 euros.

Quant aux intérêts :

18. M. B a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 19 491 euros à compter de la date de réception de sa demande préalable indemnitaire formée le 24 juin 2022.

Sur la responsabilité de la commune de Bruges et l'indemnisation des préjudices :

19. En premier lieu, M. B étant indemnisé avec intérêts pour les heures supplémentaires réalisées que la commune de Bruges n'a pas rémunérées, il ne peut pas obtenir une indemnisation du préjudice économique qui découle du refus fautif opposé à la demande de paiement de ces mêmes heures.

20. En second lieu, compte tenu de l'annulation de la sanction prononcée à l'encontre de M. B pour un motif de forme, celui-ci ne peut prétendre à être indemnisé pour le préjudice moral découlant de l'atteinte à sa réputation et à son honneur qui résulterait de la procédure disciplinaire diligentée.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Bruges est condamnée à verser à M. B une somme globale de 19 491 euros avec intérêts au taux légal à compter de la date de réception de la réclamation préalable indemnitaire.

Sur les frais des instances :

22. Il ne ressort ni des écritures ni des pièces des dossiers que M. B aurait déposé une demande d'admission à l'aide juridictionnelle. Ainsi, il ne peut pas se prévaloir des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Bruges la somme globale de 1 500 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soient mises à la charge de M. B les sommes demandées par la commune de Bruges au titre des frais exposés par elle dans chaque instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 avril 2022 portant exclusion temporaire de fonctions pour une durée d'un jour est annulé.

Article 2 : La commune de Bruges est condamnée à verser à M. B la somme de 19 491 euros avec intérêts au taux légal à compter de la date de réception par la commune de Bruges de la réclamation préalable indemnitaire.

Article 3 : La commune de Bruges versera à M. B une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les surplus des conclusions des requêtes n° 2202920 et n° 2205451 sont rejetés.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Bruges sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Bruges.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

M. Bilate, premier conseiller,

M. Bourdarie, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le rapporteur,

H. BOURDARIE

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLe greffier,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

2, 2205451

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