mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203047 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er juin 2022 et 3 octobre 2023, la société par actions simplifiées (SAS) Negovest, représentée par Me Filfili, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Lanton à lui verser la somme de 605 377,90 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices, cette somme devant être assortie des intérêts au taux légal à compter du 9 mars 2022 et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Lanton une somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de la commune de Lanton est engagée au titre de la délivrance de renseignements erronés ou incomplets concernant l'acquisition des parcelles cadastrées section BM n° 21 et 22, du non-respect des délais concernant la troisième demande de permis d'aménager qu'elle a déposée et de la procédure de retrait de ce permis engagée par la commune, de l'illégalité du refus de permis d'aménager qui lui a été opposé alors que le projet n'est soumis à aucune autorisation de défrichement et enfin, de l'illégalité des refus de certificats d'urbanisme qui lui ont été opposés alors que les lots à bâtir ont uniquement vocation à être implantés sur la parcelle cadastrée section BM n° 14, classée en zone bleue du plan de prévention des risques d'incendies de forêts (PPRIF) ;
- elle est fondée à solliciter l'indemnisation de ses préjudices ; en premier lieu, son préjudice lié à l'impossibilité de mener à bien le projet immobilier envisagé doit être évalué à la somme de 519 185 euros ; en second lieu, l'acquisition des parcelles supplémentaires lui a occasionné un préjudice devant être évalué à la somme de 86 192,90 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er septembre et 20 octobre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune de Lanton, représentée par la SELARL HMS Atlantique Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la responsabilité de la commune ne saurait être engagée ;
- la société requérante a commis, en procédant à l'acquisition des parcelles cadastrées section BM n° 21 et 22, une imprudence caractérisée de nature à exonérer totalement la responsabilité de la commune s'agissant de la délivrance de renseignements erronés ou incomplets et du non-respect des délais concernant la troisième demande de permis d'aménager qu'elle a déposée et de la procédure de retrait de ce permis engagée par la commune.
Par une ordonnance du 5 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 octobre 2023.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le tribunal a adressé le 24 septembre 2024 à la SAS Negovest et la commune de Lanton une demande de pièces pour compléter l'instruction. Ces pièces, réceptionnées les 25 et 26 septembre 2024, ont été communiquées aux parties le 27 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme,
- le code forestier,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,
- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,
- les observations de Me Filfili, représentant la SAS Negovest,
- et les observations de Me Lefort, représentant la commune de Lanton.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 2 septembre 2019, le maire de Lanton a refusé de délivrer à la SAS Soft Invest un permis d'aménager portant sur la création d'un lotissement de six lots à bâtir à usage d'habitation après démolition totale de la construction existante, sur un terrain situé 15 bis route de Blagon, parcelle cadastrée section BM n° 14. Par arrêté du 22 octobre 2020, le maire de Lanton a également refusé de délivrer à la SAS Soft Invest un permis d'aménager portant sur la démolition de l'existant et la création de six lots à bâtir sur ce même terrain agrandi de la parcelle BM 21. Le 23 décembre 2020, la SAS Negovest, détentrice de la maîtrise foncière des parcelles cadastrées section BM n° 14, 21 et 22, a demandé au maire de Lanton de lui délivrer un permis d'aménager portant sur la création de six lots à bâtir sur un terrain d'assiette constitué de ces trois parcelles. Le dossier de demande de permis d'aménager a été complété le 15 février 2021. Par une demande déposée le 28 décembre 2020 et complétée le 22 janvier 2021, la SAS Negovest a sollicité une autorisation de défricher 0,447 hectares de bois sur les parcelles cadastrées section BM n° 21 et 22. Par arrêté du 11 mars 2021, la préfète de la Gironde a rejeté cette demande. Par courrier du 11 juin 2021, le maire de Lanton a engagé une procédure de retrait du permis d'aménager tacite né le 15 mai 2021. Par jugement n° 2104939 du 14 septembre 2022, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 6 septembre 2021 par lequel le maire de Lanton a refusé de délivrer à la SAS Negovest le permis d'aménager sollicité. Enfin, le 24 décembre 2021, la SAS Negovest a déposé six demandes de certificats d'urbanisme portant sur la constructibilité des lots 1 à 6 sur un terrain situé 15 bis route de Blagon. Par six décisions du 15 février 2022, le maire de Lanton a certifié que ces terrains ne pouvaient pas être utilisés pour la réalisation de l'opération envisagée. Par la présente requête, la SAS Negovest demande au tribunal, après rejet implicite de sa demande indemnitaire préalable, de condamner la commune de Lanton à lui verser la somme de 605 377,90 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices résultant de la gestion de ces demandes par la commune.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Lanton :
2. En premier lieu, il ne résulte pas des échanges de mails intervenus entre la SAS Negovest et la commune de Lanton que cette dernière aurait délivré des informations erronées à la société requérante concernant l'acquisition des parcelles cadastrées section BM n° 21 et 22 dans le cadre de l'instruction des demandes de permis d'aménager, notamment lors d'une réunion ayant eu lieu en 22 juin 2020. A cet égard, le courriel du 2 avril 2021 par lequel le responsable du service urbanisme de la commune de Lanton a indiqué que la commune n'avait pas émis d'avis défavorable et que le projet en cause " n'appelle aucune remarque de la municipalité pouvant donner lieu à un refus de notre part ", d'ailleurs postérieur à l'achat de la parcelle BM n°21, ne saurait être regardé comme valant incitation de la commune à acquérir ces parcelles, alors en outre que la société, professionnelle du secteur, n'a pas assorti ces acquisitions d'une clause suspensive contrairement à l'achat du terrain à bâtir et que la parcelle BM n°22 a été acquise après le refus de l'autorisation de défrichement et le courrier débutant la procédure de retrait du permis d'aménager tacite. Par suite, la SAS Negovest n'est pas fondée à soutenir que la commune de Lanton a commis une faute en lui délivrant des renseignements erronés ou incomplets concernant l'acquisition de ces parcelles.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ". Aux termes de l'article R. 423-19 du même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 423-23 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager "
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, ainsi qu'il a été dit au point 1, la dernière demande de permis d'aménager de la société requérante, déposée le 23 septembre 2020, a été déclarée complète par la mairie le 15 février 2021, et a fait l'objet d'une autorisation tacite née le 15 mai 2021. Par suite, la société SAS Negovest n'est pas fondée à soutenir qu'en tardant à se prononcer sur sa demande de permis d'aménager, la commune de Lanton aurait commis une faute, dès lors qu'en application des dispositions précitées, celle-ci s'est trouvée titulaire d'une autorisation tacite.
5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme : " Conformément à l'article L. 341-7 du nouveau code forestier, lorsque le projet porte sur une opération ou des travaux soumis à l'autorisation de défrichement prévue aux articles L. 341-1 et L. 341-3 du même code, celle-ci doit être obtenue préalablement à la délivrance du permis ". Aux termes de l'article L. 341-7 du code forestier : " Lorsque la réalisation d'une opération ou de travaux soumis à une autorisation administrative, à l'exception de celles prévues au chapitre unique du titre VIII du livre Ier et au chapitre V du titre V du livre V du code de l'environnement, nécessite également l'obtention d'une autorisation de défrichement, celle-ci doit être obtenue préalablement à la délivrance de cette autorisation administrative ". Aux termes de l'article L. 131-10 du même code, dans sa version applicable : " On entend par débroussaillement pour l'application du présent titre les opérations de réduction des combustibles végétaux de toute nature dans le but de diminuer l'intensité et de limiter la propagation des incendies. Ces opérations assurent une rupture suffisante de la continuité du couvert végétal. Elles peuvent comprendre l'élagage des sujets maintenus et l'élimination des rémanents de coupes. () ". Selon le glossaire du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'incendies de forêt applicable : " Le débroussaillement consiste à diminuer l'intensité et à limiter la propagation des incendies par la réduction des combustibles végétaux, d'une part, en garantissant une rupture de continuité du couvert végétal et, d'autre part, en procédant à l'élagage des sujets maintenus ainsi qu'à l'élimination des rémanents de coupes (article L. 321-3 du code forestier). / Il s'agit donc de couper les plantes herbacées, les arbustes, élaguer les branches basses et éliminer les végétaux ainsi coupés (déchetterie, ) ". En outre, aux termes de l'article L. 341-1 du code forestier : " Est un défrichement toute opération volontaire ayant pour effet de détruire l'état boisé d'un terrain et de mettre fin à sa destination forestière. / Est également un défrichement toute opération volontaire entraînant indirectement et à terme les mêmes conséquences, sauf si elle est entreprise en application d'une servitude d'utilité publique ".
7. Il résulte de l'instruction que, par jugement n° 2104939 du 14 septembre 2022, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 6 septembre 2021 par lequel le maire de Lanton a refusé de délivrer à la SAS Negovest un permis d'aménager portant sur la création de six lots à bâtir sur un terrain situé 15 bis route de Blagon, parcelles cadastrées section BM n°14, 21 et 22. Le tribunal a jugé que le maire de Lanton, d'une part, ne pouvait légalement retirer le permis d'aménager tacite né le 15 mai 2021, décision créatrice de droits, après l'expiration du délai de trois mois prévu par les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et, d'autre part, ne pouvait refuser de délivrer le permis sollicité sur le fondement de l'article L. 425-6 du même code au motif que la société pétitionnaire ne disposait pas d'une autorisation de défrichement dès lors que l'opération projetée n'est pas soumise à la délivrance d'une telle autorisation.
8. L'illégalité de l'arrêté du 6 septembre 2021 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Lanton à l'égard de la SAS Negovest.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. () ". Aux termes de l'article R. 111-2 du même code : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Selon l'article 2.3 du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'incendies de forêt applicable, relatif aux dispositions applicables en zone bleue : " Cette zone correspond aux secteurs où les niveaux d'aléa sont acceptables parce que faibles, ou moyens avec une bonne défendabilité ; ils sont cependant réels de sorte que des incendies peuvent directement menacer les personnes et les biens déjà implantés ; ceux-ci, les extensions éventuelles ainsi que toute nouvelle implantation sont donc subordonnés à des prescriptions particulières visant à en améliorer le niveau de protection ". Selon l'article 2.3.1.1.1 B, relatif aux conditions de réalisation des projets nouveaux en zone bleue, s'agissant des prescriptions : " En application de l'article L. 322-4-1 et R. 322-6-4 du code forestier, toute opération nouvelle d'aménagement comporte obligatoirement dans son périmètre une bande de terrain inconstructible de 50m, à maintenir en état débroussaillé, isolant les constructions des terrains en nature de bois, forêts, bois, landes, maquis, garrigue, plantation ou reboisement ".
10. Il résulte de l'instruction que, le 24 décembre 2021, la SAS Negovest a déposé six demandes de certificats d'urbanisme portant sur la constructibilité des lots n° 1 à 6, sur un terrain situé 15 bis route de Blagon à Lanton. Par trois décisions du 15 février 2022, le maire de Lanton a rejeté les demandes portant sur les lots n° 1, 2 et 3 au motif que ni le lotissement projeté ni le terrain objet de la demande ne présentent, dans leurs périmètres, une bande de terrain inconstructible de 50 m en état débroussaillé, isolant les constructions des terrains en nature de bois, forêts, bois, landes, maquis, garrigue, plantation ou reboisement. Par trois autres décisions du 15 février 2022, le maire de Lanton a rejeté les demandes portant sur les lots n° 4, 5 et 6 au motif que le terrain est situé, pour partie, en zone rouge du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'incendies de forêt (PPRIF) de la commune de Lanton.
11. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des plans joints aux dossiers de demandes de certificats d'urbanisme portant sur les lots n° 1, 2 et 3 que ceux-ci ne font pas apparaître une bande de terrain inconstructible de 50 mètres en état débroussaillé. Dans ces conditions, en délivrant des certificats d'urbanisme négatifs pour les lots n° 1, 2 et 3 au motif que ni le lotissement projeté ni le terrain objet de la demande ne présentent, dans leurs périmètres, une bande de terrain inconstructible de 50 m en état débroussaillé, isolant les constructions des terrains en nature de bois, forêts, bois, landes, maquis, garrigue, plantation ou reboisement, le maire de Lanton n'a pas méconnu les dispositions précitées. Par suite, la SAS Negovest n'est pas fondée à soutenir que ce motif est entaché d'erreur de fait pour solliciter l'engagement de la responsabilité de la commune à ce titre.
12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des plans joints aux dossiers de demandes de certificats d'urbanisme portant sur les lots n° 4, 5 et 6 que ceux-ci ne portent pas uniquement sur la parcelle cadastrée section BM n° 14, mais également sur les parcelles cadastrées section BM n° 21 et 22. Or, s'il n'est pas contesté que la parcelle cadastrée section BM n° 14 est classée en zone bleue du PPRIF de la commune de Lanton, il en va autrement des parcelles cadastrées section BM n° 21 et 22, lesquelles sont classées en zone rouge du PPRIF. Ainsi, alors qu'il ressort des plans joints aux demandes de certificat d'urbanisme que les lots litigieux sont pour partie situés sur la parcelle BM n°21, en délivrant des certificats d'urbanisme négatifs pour les lots n° 4, 5 et 6 au motif qu'une partie du terrain est située en zone rouge du PPRIF de la commune de Lanton de sorte que le projet est de nature à porter atteinte à la sécurité publique, le maire de Lanton n'a pas entaché ses décisions d'une erreur de fait ni procédé à une inexacte application des dispositions précitées. Par suite, la SAS Negovest n'est pas fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de la commune à ce titre.
13. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune de Lanton aurait tenté de faire obstruction à la réalisation du projet porté par la société requérante. Par suite, la SAS Negovest n'est pas fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de la commune à ce titre.
En ce qui concerne les préjudices :
14. La décision par laquelle l'autorité administrative s'oppose illégalement à une opération de lotissement constitue une faute de nature à engager sa responsabilité. Dans le cas où l'autorité administrative pouvait, sans méconnaître l'autorité absolue de la chose jugée s'attachant au jugement d'annulation de cette décision, légalement rejeter la demande d'autorisation, au motif notamment que le lotissement projeté était situé dans un secteur inconstructible en vertu des règles d'urbanisme applicables, l'illégalité commise ne présente pas de lien de causalité direct avec les préjudices résultant de l'impossibilité de mettre en œuvre le projet immobilier projeté. Dans les autres cas, la perte de bénéfices ou le manque à gagner découlant de l'impossibilité de réaliser une opération immobilière en raison du refus illégal opposé à la demande de lotissement revêt un caractère éventuel et ne peut, dès lors, en principe, ouvrir droit à réparation. Il en va, toutefois, autrement si le requérant justifie de circonstances particulières, telles que des engagements souscrits par de futurs acquéreurs des lots ou l'état avancé des négociations commerciales avec ces derniers, permettant de faire regarder ce préjudice comme présentant, en l'espèce, un caractère direct et certain. Ce dernier est alors fondé, si tel est le cas, à obtenir réparation au titre du bénéfice qu'il pouvait raisonnablement attendre de cette opération.
15. En premier lieu, la SAS Negovest sollicite le remboursement du coût d'acquisition des parcelles cadastrées section BM n° 21 et 22. Toutefois, dès lors que ces parcelles demeurent la propriété de la société requérante, ni leur prix d'acquisition, ni les honoraires du géomètre expert, ni les frais d'huissier et d'assurance responsabilité civile, n'ont été versés en pure perte. De plus, il n'est pas établi que ces parcelles auraient subi une perte de valeur du fait de l'illégalité mentionnée précédemment. Par suite, cette demande doit être rejetée.
16. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la SAS Negovest a dû engager des frais concernant l'élaboration d'un dossier de demande d'autorisation de défrichement alors que, ainsi qu'il a été dit au point 7, le jugement du 14 septembre 2022 a retenu que l'opération projetée n'était pas soumise à la délivrance d'une telle autorisation. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Lanton une somme de 1 020 euros à verser à la SAS Negovest en réparation de ce préjudice.
17. En troisième lieu, si la SAS Negovest sollicite le versement d'une somme de 519 185 euros au titre de l'impossibilité de mener à bien son projet immobilier, en se bornant à produire un budget prévisionnel effectué le 7 février 2022, elle n'établit pas le caractère certain de son préjudice. De même, en se bornant à produire un courrier en date du 14 janvier 2022 selon lequel un chèque de 20 000 euros a été déposé à titre de dépôt de garantie pour le compte de la filiale SNC Immofi Lanton, elle n'établit pas avoir dû rembourser cette somme, qui ne constitue pas en tout état de cause des frais directement exposés pour la réalisation du projet. Par suite, cette demande doit être rejetée.
18. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les causes exonératoires de responsabilité opposées par la commune de Lanton s'agissant de l'achat des parcelles BM n°21 et 22, que celle-ci doit être condamnée à verser à la SAS Negovest la somme de 1 020 euros en réparation des frais de demande d'autorisation de défrichement.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
19. La SAS Negovest a droit, ainsi qu'elle le demande, aux intérêts au taux légal à compter du 10 mars 2022, date de réception de sa demande préalable par la commune de Lanton. Il y a également lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts à compter du 10 mars 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date.
Sur les frais liés à l'instance :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société requérante qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que réclame la commune de Lanton sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Lanton une somme de 1 500 euros à verser à la SAS Negovest sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Lanton est condamnée à verser à la SAS Negovest la somme de 1 020 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 10 mars 2022. Les intérêts seront capitalisés au 10 mars 2023, ainsi qu'à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date, afin de produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La commune de Lanton versera à la SAS Negovest la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Lanton au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Negovest et la commune de Lanton.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Brouard-Lucas, présidente,
M. Bourdarie, premier conseiller,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
C. PASSERIEUX
La présidente,
C. BROUARD-LUCAS
Le greffier,
A. PONTACQ
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
N°2203047
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026