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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203177

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203177

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantAARPI LABROUE GAULTIER ALONSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 juin 2022, 31 mai et 11 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Gaultier, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 29 mars 2022 par laquelle le département de la Dordogne a rejeté sa demande indemnitaire ;

2°) de condamner le département de la Dordogne à lui verser la somme globale de 102 722,42 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'accident survenu le 6 septembre 2021 ;

3°) et de mettre à la charge du département de la Dordogne la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le signataire de la décision portant rejet de sa demande indemnitaire était incompétent ;

- la responsabilité du département de la Dordogne doit être engagée en raison du défaut d'entretien normal de la route départementale 35 dont il était usager et de l'absence de signalisation du danger ;

- il a perdu le contrôle de sa motocyclette en amorçant un virage du fait de l'état de la chaussée, alors qu'il circulait à une vitesse adaptée, qu'il avait l'habitude de conduire son véhicule et que les conditions climatiques étaient optimales ;

- il est fondé à obtenir la condamnation du département de la Dordogne à lui verser la somme de 1 000 euros au titre des frais de santé actuels, 1 338,23 euros au titre des frais divers, 1 848,84 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne, 2 755,35 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire, 20 000 euros au titre des souffrances endurées, 33 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire, 16 280 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 1 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 5 000 euros au titre du préjudice d'agrément et 20 000 euros au titre de l'incidence professionnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 octobre 2023 et 28 juin 2024, le département de la Dordogne, représenté par Me Martins Da Silva, avocate, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que la société mutuelle d'assurance des collectivités locales (SMACL) en sa qualité d'assureur le garantisse et le relève indemne de toutes condamnations prononcées à son encontre et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision de rejet de la demande indemnitaire a été signée par une autorité compétente ;

- sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que la RD35 est régulièrement entretenue et qu'il n'existait pas de situation dangereuse à la date de l'accident nécessitant une signalisation particulière ;

- M. B a manqué de prudence ;

- à titre subsidiaire, les demandes indemnitaires de M. B doivent être ramenées à de plus justes proportions, en ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire total à 300 euros, le déficit fonctionnel temporaire partiel à 1 177,62 euros, les souffrances endurées à 7 200 euros, le préjudice esthétique temporaire à 1 000 euros, le déficit fonctionnel permanent à 6 000 euros et le préjudice esthétique 811 euros et ses demandes doivent être rejetées en ce qui concerne le préjudice d'agrément et l'incidence professionnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 janvier et le 4 juillet 2024, la SMACL, représentée par Me Gaucie, avocate, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que les demandes indemnitaires de M. B soient ramenées à de plus justes proportions et à ce qu'il soit mis à sa charge la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-4 du code de justice administrative ;

- le signataire de la décision de rejet de la demande indemnitaire était compétent ;

- aucun défaut d'entretien de la voirie ne peut être imputé au département de la Dordogne dès lors que la déformation de la chaussée est de seulement trois centimètres, que la voirie est entretenue mensuellement et qu'une réfaction complète a été entreprise en 2017 ;

- le département de la Dordogne n'était pas tenu de mettre en place une signalisation particulière ;

- M. B n'établit pas le lien de causalité entre la voirie et sa chute ;

- il a fait preuve d'imprudence ;

- à titre subsidiaire, ses demandes indemnitaires doivent être limitées à 1 092 euros au titre de l'assistance par une tierce personne, à 1 880 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, à 10 000 euros au titre des souffrances endurées, à 1 000 euros au titre du préjudice esthétique, à 11 216 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, à 1 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent et ses demandes au titre des frais divers, du préjudice d'agrément et de l'incidence professionnelle doivent être rejetées.

Par des mémoires enregistrés les 11 juillet et le 21 août 2024, la Caisse nationale militaire de sécurité sociale, représentée par Me Vergeloni, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le département de la Dordogne à lui verser la somme de 19 211,62 euros au titre des débours qu'elle a exposés, assortie des intérêts au taux légal à compter du 21 août 2024 et de la capitalisation de ceux-ci ;

2°) de condamner le département de la Dordogne à lui verser la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

3°) et de mettre à la charge du département de la Dordogne la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la réparation des dommages subis par M. B incombe au département de la Dordogne.

La requête a été communiquée au ministre des armées qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 4 avril 2023 par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur A ;

- l'ordonnance du 29 juillet 2024 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur A.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,

- les conclusions de M. Roussel Cera, rapporteur public,

- les observations de Me Martin da Silva, représentant le département de la Dordogne,

- et les observations de Me Navarro, représentant la SMACL.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été victime d'un accident de la route le 6 septembre 2021 alors qu'il circulait en motocyclette sur la RD35 sur le territoire de la commune de Saint-Cyprien dans le département de la Dordogne. Pris en charge par les sapeurs-pompiers, il a été héliporté au centre hospitalier de Périgueux où il a été opéré de la cheville. Imputant sa chute à des déformations non signalées de la chaussée, le 14 février 2022, M. B a demandé au département de la Dordogne de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis. Par une décision du 29 mars 2022, le département de la Dordogne a rejeté sa demande indemnitaire. Par l'ordonnance de référé n° 2201107 du 20 septembre 2022, la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a fait droit à sa demande de désignation d'un expert afin de réaliser une expertise médicale. L'expert a déposé son rapport le 27 mars 2023. Puis, par l'ordonnance n°2305934 du 6 février 2024, le président du tribunal a ordonné la tenue d'une nouvelle expertise suite à la consolidation de l'état de santé de l'intéressé. Le rapport définitif a été déposé le 14 juin 2024. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner le département de la Dordogne à lui verser la somme globale de 102 722,42 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En formulant des conclusions indemnitaires, le requérant a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de refus du 29 mars 2022 est inopérant et les conclusions à fin d'annulation de la décision du 29 mars 2022 par laquelle le département de la Dordogne a refusé de faire droit à la demande d'indemnisation présentée par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

4. Il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal de gendarmerie que M. B a perdu le contrôle de sa motocyclette le 6 septembre 2021 dans un virage situé sur la RD35, entraînant sa chute. Selon les photographies produites en défense et les constatations des gendarmes, à l'endroit de l'accident, cette portion de la route départementale présentait une déformation du revêtement goudronné de la voie de circulation. Cependant, cette malformation, située sur une partie limitée de la route, d'une largeur d'un mètre et d'une profondeur atteignant au maximum trois centimètres, n'excédait pas, par sa nature et son importance, les défectuosités que les usagers de la voie publique doivent normalement s'attendre à rencontrer, et ne représentait pas un danger nécessitant la mise en place d'une signalisation particulière, alors même que postérieurement à l'accident une signalisation temporaire a installée et que des travaux de réfection ont été entrepris. Par suite, le département de la Dordogne n'est pas responsable des dommages subis par M. B du fait de la chute survenue le 6 septembre 2021.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense par la SMACL, que les conclusions indemnitaires présentées par M. B, de même que, par voie de conséquence, celles présentées par la Caisse nationale militaire de sécurité sociale, y compris ses conclusions tendant au paiement de l'indemnité forfaitaire de gestion, doivent être rejetées.

Sur les dépens :

6. Les frais et honoraires de l'expertise ont été taxés et liquidés à la somme totale de 2 024 euros par deux ordonnances du président du tribunal des 4 avril 2023 et 29 juillet 2024. Il y a lieu de mettre ces dépens à la charge définitive de M. B.

Sur les frais liés au litige :

7. Le département de Dordogne, n'étant pas la partie perdante, les conclusions tendant à ce qu'une somme soit mise à sa charge sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Les conclusions présentées à ce même titre par la caisse nationale miliaire de sécurité sociale doivent également être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du département de la Dordogne et de la SMACL présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et les conclusions présentées par la caisse nationale miliaire de sécurité sociale sont rejetées.

Article 2 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme totale de 2 024 euros sont mis à la charge définitive de M. B.

Article 3 : Les conclusions présentées par le département de la Dordogne et la SMACL au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la caisse nationale militaire de sécurité sociale, au ministre des armées, au département de la Dordogne et à la société mutuelle d'assurance des collectivités locales.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme Ballanger, première conseillère,

Mme Lorrain Mabillon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

M. BALLANGER La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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