lundi 27 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203232 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU-1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 juin 2022 et 29 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions portant retrait de points suite aux infractions des 16 septembre 2019, 4 mars 2019, 27 avril 2018 et 5 juin 2014 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconstituer sur le capital afférent à son permis de conduire les points illégalement retirés dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
M. A soutient que :
- il n'a pas bénéficié des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion de la commission de ces infractions ;
- la réalité des infractions n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision portant retrait de trois points suite à l'infraction du 5 juin 2014 dès lors que ces points ont été reconstitués ;
- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Zuccarello a été entendu lors de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a commis, les 5 juin 2014, 27 avril 2018, 4 mars 2019 et 16 septembre 2019, diverses infractions au code de la route ayant entrainé le retrait de respectivement 3 trois points, 4points, 4 points et 3 points sur le capital afférent à son permis de conduire. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions de retrait de points.
Sur le non-lieu partiel soulevé en défense :
2. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points. /Le délai de deux ans mentionné au premier alinéa est porté à trois ans si l'une des infractions ayant entraîné un retrait de points est un délit ou une contravention de la quatrième ou de la cinquième classe () ".
3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 223-6 que le délai prévu pour la réaffectation du nombre maximal de points n'est interrompu par la commission d'une infraction que si celle-ci a effectivement donné lieu à une décision de retrait de point. Dès lors, l'annulation ou le retrait de la décision retirant un point a une incidence favorable au titulaire du permis en faisant disparaître la cause d'interruption, à la différence de la seule réattribution, en application des dispositions du 2ème alinéa de cet article, de la totalité des points sur le capital afférent au permis de conduire à l'expiration d'un délai pouvant être porté à trois ans, laquelle laisse subsister la cause d'interruption.
4. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que les trois points retirés suite à l'infraction commise le 5 juin 2014 ont été restitués le 26 septembre 2017, cette reconstitution n'a eu ni pour effet ni pour objet d'établir la légalité de la décision de retrait et, par suite, d'exclure cette décision de celles pouvant faire l'objet d'un contrôle juridictionnel. Dès lors, il y a toujours lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de trois points suite à l'infraction du 5 juin 2014.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 223-3 de ce même code : " Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès ". La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
En ce qui concerne l'infraction commise le 27 avril 2018 constatée par voie de radar automatique et ayant donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée :
6. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivants, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée étant revêtu des mentions portant à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit ainsi à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que celui-ci était inexact ou incomplet.
7. Le ministre de l'intérieur produit l'attestation du trésorier principal du contrôle automatisé relative à l'encaissement de la somme afférente à l'amende forfaitaire majorée qui a été émise suite à l'infraction du 27 avril 2018. Dans ces conditions, M. A, qui a payé les l'amende forfaitaire majorée afférente à l'infraction en cause sans opposer d'objection sérieuse quant au bien-fondé de la majoration de l'amende et, notamment, sans former la réclamation prévue à l'article 530 du code de procédure pénale, et qui n'apporte aucun élément susceptible de faire présumer qu'il n'aurait pas été en mesure de recevoir l'avis de contravention correspondant être regardé comme ayant été destinataire de cet avis préalablement à l'émission de l'avis d'amende forfaitaire majorée. Par suite, M. A a reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route préalablement au paiement de cette amende.
En ce qui concerne les infractions commises les 5 juin 2014, 4 mars 2019 et 16 septembre 2019 ayant donné lieu à un procès-verbal électronique :
8. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.
9. En revanche, pour la période antérieure au 15 avril 2015, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.
10. S'agissant des infractions des 4 mars 2019 et 16 septembre 2019, il ressort des mentions figurant au relevé intégral d'information de M. A que celles-ci ont été constatées avec interception du véhicule et ont donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique. Il ressort des procès-verbaux versés au dossier par le ministre de l'intérieur que ceux-ci mentionnent, d'une part, la nature des infractions et les dispositions du code de la route les réprimant et, d'autre part, le fait que ces infractions entraînait retrait de points. M. A a apposé sa signature sous la mention " Le contrevenant reconnaît avoir reçu la carte de paiement et l'avis de contravention " figurant sur le procès-verbal constatant l'infraction du 4 mars 2019. S'agissant du procès-verbal constatant l'infraction du 16 septembre 2019, la mention " refus de signer " a été apposée sous les informations requises, ce qui suffit à attester que M. A en a pris connaissance. Les avis de contraventions, dont la remise au requérant se trouvait ainsi établie, comportent les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le ministre de l'intérieur apporte la preuve, qui lui incombe, que M. A avait reçu ces informations.
11. En revanche, s'agissant de l'infraction du 5 juin 2014, s'il ressort des mentions figurant au relevé intégral d'information de M. A que celle-ci a été constaté par un procès-verbal électronique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, le ministre de l'intérieur n'apporte aucun élément de nature à établir que le requérant aurait reçu 1'avis correspondant ou se serait acquitté de cette amende majorée, de telle sorte qu'il aurait pu être regardé comme ayant reçu une invitation à procéder à ce paiement devant être regardée comme comportant l'ensemble des informations requises, sauf au requérant d'établir le contraire en produisant le document reçu. Par suite, la décision par laquelle trois points ont été retirés de son permis de conduire consécutivement à l'infraction commise le 5 juin 2014 doit être annulée.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte de ces dispositions que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions qu'elles prévoient dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si le contrevenant justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
13. Il ressort des mentions portées sur le relevé d'information intégral de M. A, que les infractions contestées ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires en vue du recouvrement des amendes forfaitaires majorées. Eu égard aux mentions de ces documents et en l'absence de tout élément avancé par le contrevenant de nature à mettre en doute leur exactitude, la réalité des infractions susvisées doit être regardée comme établie dès lors que M. A ne soutient pas avoir présenté une requête en exonération ou une réclamation.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la décision procédant au retrait de trois points suite à l'infraction commise le 5 juin 2014 doit être annulée. En revanche, les conclusions à fin d'annulation des décisions portant retrait de points suite aux infractions des 27 avril 2018, 4 mars 2019 et 16 septembre 2019 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction afférentes.
Sur les conclusions aux fins d'injonction relatives à l'infraction du 5 juin 2014 :
15. Les trois points illégalement retirés ayant été reconstitués par décision du 26 septembre 2017, le présent jugement n'implique, eu égard aux circonstances particulières de l'espèce, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées à cet égard doivent être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : La décision de retrait de trois points suite à l'infraction du 5 juin 2014 est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.
La magistrate désignée,
F. ZUCCARELLOLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026