Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203276

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 juin et 6 juillet 2022, Mme C A, représentée par Me Dufraisse, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à la préfète de la Gironde de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour, l'autorisant à travailler dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- elle a droit à la délivrance d'un récépissé en application de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- la mesure, qui ne préjuge pas de la délivrance d'un titre de séjour, ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;

- bien qu'elle a toujours été particulièrement diligente, elle se retrouve depuis dix-huit mois en situation irrégulière, ce qui met en péril sa situation professionnelle comme familiale.

Par un mémoire, enregistré le 24 juin 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête de Mme A.

La préfète de la Gironde soutient que :

- l'afflux massif et structurel de dossiers ne lui a pas permis de traiter un dossier déposé il y a un mois à peine ;

- lors de sa demande de titre de séjour, elle était en situation irrégulière depuis plus d'un an ; dans ces conditions, elle n'établit pas la réalité du risque de licenciement qu'elle invoque ; enfin, elle est entrée en France munie d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " ne lui donnant pas vocation à s'installer durablement sur le territoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du 1er septembre 2021 par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. B pour exercer les fonctions de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative

En ce qui concerne la délivrance d'un récépissé de demande d'un titre de séjour :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

2. Il résulte de l'instruction que Mme A, ressortissante chinoise née le 14 septembre 1993, est entrée en France le 15 septembre 2016 munie d'un passeport revêtu d'un visa portant la mention " étudiant ". Elle a bénéficié de cartes de séjour temporaire portant la même mention puis, après qu'elle ait obtenu un master de langues étrangères appliquées, le préfet des Hauts-de-Seine lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi-création d'entreprises " valable du 13 janvier 2020 au 12 janvier 2021. Mme A ayant conclu un pacte civil de solidarité avec un ressortissant français le 29 octobre 2020, elle a déposé le lendemain à la préfecture des Hauts-de-Seine un dossier de demande d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Mme A a complété son dossier le 22 février 2021, qui a été déclaré complet le 26 avril 2021. Aucun récépissé ne lui sera délivré malgré ses demandes des 11 juin, 7 juillet, 21 juillet 2021 et 4 octobre 2021. De nouvelles pièces ont été réclamées par les services de la préfecture le 5 octobre 2021, et le dossier complété par Mme A le 11 octobre 2021. Pourtant, il ne sera pas fait droit à ses demandes de délivrance d'un récépissé en date des 25 octobre et 2 novembre 2021, 3 janvier et 10 janvier 2022, 3 février, 24 mars et 1er avril 2022. Mme A, qui avait été recrutée par la société Cdiscount.com le 2 novembre 2020 par contrat à durée déterminée, a conclu un contrat à durée indéterminée le 3 août 2021 avec la société Maas, autre filiale du groupe Casino, et a déménagé à Bordeaux. Elle a donc déclaré un changement de résidence et transféré sa demande de titre de séjour à la préfecture de Bordeaux le 2 mai 2022.

3. D'une part, compte tenu des conditions d'entrée et de séjour en France de Mme A décrites au point précédent et du délai écoulé depuis la date de dépôt de sa demande de délivrance d'un titre de séjour, de huit mois depuis qu'elle l'a complétée pour la dernière fois auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine, et déjà de plus de deux mois depuis son transfert à la préfecture de la Gironde, l'absence de récépissé porte une atteinte grave et immédiate aux intérêts de la requérante. Par suite, la mesure sollicitée par Mme A présente un caractère d'utilité et d'urgence.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise ". Il est constant que Mme A a déposé le 2 mai 2022 un dossier complet de demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Ainsi, le droit de Mme A à bénéficier d'un récépissé de demande de titre de séjour le temps de l'instruction de celle-ci ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

En ce qui concerne l'autorisation d'exercice d'une activité professionnelle :

5. Aux termes de l'article R. 431-14 du CESEDA : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : () / 3° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue à l'article L. 423-1, L. 423-7, L. 423-8, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-22, L. 425-1 ou L. 426-5 ; / 4° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue à l'article L. 426-13, à condition que son titulaire séjourne en France depuis au moins un an ; () ". Mme A ne produit pas de copie de sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et ne précise pas le fondement de cette demande. Compte tenu de sa situation, elle doit être regardée comme ayant sollicité un titre de séjour en raison de ses liens personnels et familiaux en France, sur le fondement de l'article L. 423-23 du CESEDA. Les dispositions précitées de l'article R. 431-14 de ce code ne prévoyant pas que le titulaire d'un récépissé de demande de première délivrance d'un tel titre soit autorisé à exercer une activité professionnelle, la demande de Mme A se heurte, sur ce point, à une contestation sérieuse.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de délivrer à Mme A un récépissé de sa demande de titre de séjour, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de l'ordonnance, sans qu'il y ait lieu, en l'état, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

7. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer à Mme A un récépissé de sa demande de titre de séjour, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de l'ordonnance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et à la préfète de la Gironde.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Fait à Bordeaux, le 6 juillet 2022.

Le juge des référés,

J. B

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,