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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203311

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203311

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMOLERES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a été saisi par M. et Mme C d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du 9 décembre 2021 par lequel le maire de Lacanau a délivré un permis de construire à la SCI Green océan pour la réhabilitation et l’extension d’une maison individuelle. La requête a été rejetée comme irrecevable en raison de sa tardiveté, le tribunal ayant estimé que l’affichage du permis sur le terrain était complet et régulier, faisant courir le délai de recours de deux mois prévu à l’article R. 600-2 du code de l’urbanisme. Les moyens soulevés par les requérants, notamment la méconnaissance de l’article UZ10 du plan local d’urbanisme et de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme, n’ont pas été examinés au fond.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juin 2022 et un mémoire enregistré le 10 octobre 2022, M. D C et Mme B A épouse C, représentés par Me Maixant, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Lacanau a délivré à la société civile immobilière (SCI) Green océan un permis de construire pour la réhabilitation et l'extension d'un maison individuelle ainsi qu'une annexe sur un terrain sis 49 lotissement Green land, parcelle cadastrée CA n°725 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lacanau une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir ;

- leur requête n'est pas tardive dès lors que l'affichage du permis de construire comportait des erreurs et que le permis de construire en litige a été obtenu au moyen de manœuvres frauduleuses ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article UZ10 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le projet porte atteinte au site et au paysage et il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2022, la commune de Lacanau, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par des mémoires en défense enregistrés le 6 octobre 2022 et le 19 décembre 2022, la société civile immobilière (SCI) Green océan, représentée par Me Moleres, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ; d'une part, elle est tardive et, d'autre part, les requérants n'établissent pas leur intérêt à agir ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,

- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,

- les observations de Me Moleres représentant la SCI Green océan.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C sont propriétaires de la parcelle cadastrée CA n°724 sise 50 lotissement Green land sur la commune de Lacanau (Gironde), qui jouxte la parcelle cadastrée CA n°725 propriété de la SCI Green océan, sise 49 lotissement Green land. Le 12 octobre 2021, la SCI Green océan a déposé une demande de permis de construire pour la réhabilitation et l'extension d'une maison individuelle existante, pour une surface de plancher de 150,50 m², la construction d'une annexe et la rénovation et l'agrandissement d'une terrasse en bois. Par un arrêté du 9 décembre 2021, le maire de la commune de Lacanau a délivré ce permis de construire. M. et Mme C demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la tardiveté de la requête:

2. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. " Aux termes de l'article R. 424-15 du même code : " Mention du permis explicite ou tacite () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite () est acquis et pendant toute la durée du chantier. / () " Aux termes de l'article A. 424-16 de ce même code : " Le panneau prévu à l'article A. 424-15 indique le nom, la raison sociale ou la dénomination sociale du bénéficiaire, le nom de l'architecte auteur du projet architectural, la date de délivrance, le numéro du permis, la nature du projet et la superficie du terrain ainsi que l'adresse de la mairie où le dossier peut être consulté. / Il indique également, en fonction de la nature du projet : a) Si le projet prévoit des constructions, la surface de plancher autorisée ainsi que la hauteur de la ou des constructions, exprimée en mètres par rapport au sol naturel ; () d) Si le projet prévoit des démolitions, la surface du ou des bâtiments à démolir.

3. En imposant que figurent sur le panneau d'affichage du permis de construire diverses informations sur les caractéristiques de la construction projetée, dont la hauteur du bâtiment par rapport au sol naturel, les dispositions rappelées au point précédent ont eu pour objet de permettre aux tiers, à la seule lecture de ce panneau, d'apprécier l'importance et la consistance du projet, le délai de recours ne commençant à courir qu'à la date d'un affichage complet et régulier. L'affichage ne peut être regardé comme complet et régulier si la mention de la hauteur fait défaut ou si elle est affectée d'une erreur substantielle, alors qu'aucune autre indication ne permet aux tiers d'estimer cette hauteur. Pour apprécier si la mention de la hauteur de la construction figurant sur le panneau d'affichage est affectée d'une erreur substantielle, il convient de se référer à la hauteur maximale de la construction par rapport au sol naturel telle qu'elle ressort de la demande de permis de construire.

4. Il ressort des trois procès-verbaux de constat d'huissier produits par la SCI Green océan que le panneau d'affichage du permis de construire litigieux mentionnait le numéro de permis de construire, la nature des travaux, le nom de l'architecte, la hauteur des constructions, la superficie de plancher et la superficie du terrain. Il n'est pas contesté que ce panneau était affiché sur la parcelle du pétitionnaire et visible de l'extérieur. La circonstance que le panneau n'ait pas mentionné que le permis de construire portait également sur une annexe, n'a pas été de nature, dans les circonstances de l'espèce et alors que les tiers avaient la possibilité de se déplacer en mairie pour avoir des informations supplémentaires, à constituer une imprécision significative au regard de l'envergure du projet. Enfin, le panneau d'affichage qui mentionnait une hauteur de 6 mètres, une superficie de plancher de 150,50 m² et une superficie de terrain de 1000 m² était suffisamment précis pour permettre aux tiers d'appréhender l'importance et la consistance du projet.

5. Il ressort également du plan masse du dossier de permis de construire que celui-ci indique que la construction est d'une hauteur de 6 mètres, ce qui figure sur le panneau d'affichage. Si les requérants soutiennent que la hauteur de la construction est en réalité de 6,8 mètres, cette différence n'est pas substantielle eu égard à l'envergure totale du projet et étant relevé que l'écart entre les deux hauteurs découle d'une appréciation différente du niveau naturel de la part de chacune des parties. La hauteur de 6 mètres était suffisamment précise sur le panneau d'affichage du permis de construire litigieux pour que les tiers puissent apprécier le projet.

6. Il ressort de ce qui précède que l'affichage comportait les indications permettant d'apprécier de façon suffisamment précise la nature et les caractéristiques du projet, faisant ainsi courir, à l'égard des tiers, le délai de recours contentieux de deux mois prévu par l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme. Les constats d'huissier effectués les 3 janvier 2022, 9 février 2022 et 8 mars 2022 attestent que le permis de construire a été affiché en continu entre ces deux dates. Le délai de recours contentieux a donc commencé à courir à compter du premier jour de cet affichage, soit le 3 janvier 2022. La requête de M. et Mme C, enregistrée au tribunal le 16 juin 2022, était donc tardive.

7. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que le permis de construire du 9 décembre 2021 aurait été obtenu par fraude, cette circonstance, à la supposer établie, aurait seulement permis au maire de rapporter la décision litigieuse après l'expiration du délai de recours mais n'aurait pas eu pour effet de proroger le délai de recours au bénéfice des tiers.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à solliciter l'annulation de l'arrêté du maire de Lacanau du 9 décembre 2021.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lacanau, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme C demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

10. Si une personne publique qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat peut néanmoins demander au juge le bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais spécifiques exposés par elle à l'occasion de l'instance, elle ne saurait se borner à faire état d'un surcroît de travail de ses services et doit faire état précisément des frais qu'elle aurait exposés pour défendre à l'instance. En l'espèce, la commune de Lacanau, qui n'est pas représentée par un avocat, ne justifie pas de frais non compris dans les dépens qu'elle aurait spécifiquement exposés dans le cadre de la présente instance. Ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent par suite qu'être rejetées.

11. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. et Mme C le versement d'une somme de 1 500 euros à verser à la SCI Green océan au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : M. et Mme C verseront une somme de 1 500 euros à la SCI Green océan au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Lacanau au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Mme B A épouse C, à la commune de Lacanau et à la société civile immobilière Green océan.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M E et Mme Fazi-Leblanc, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La rapporteure,

S. FAZI-LEBLANC

La présidente,

C. CABANNELa greffière,

M-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2203311

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