Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203373
vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203373 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juin 2022 et un mémoire enregistré le 4 juillet 2022, la société Armement coopératif artisanal vendéen (ACAV), la société Organisation de producteurs Vendée (OP Vendée), la copropriété de navire Anthineas, la copropriété de navire Mabon III, la copropriété de navire Renaissance II, la copropriété de navire Arundel, la copropriété de navire Ile Vertime, la copropriété de navire Cayola, la copropriété de navire Manbrisa et M. A, représentés par la SELARL Magellan, avocat, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution, d'une part, de l'arrêté n° 152 du 22 avril 2022 par lequel la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a rendu obligatoire la délibération n° 2019-B29 du 11 octobre 2019 du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Nouvelle-Aquitaine réglementant l'usage de la senne danoise et de la senne écossaise dans les eaux du ressort de ce comité, d'autre part, de l'arrêté n° 153 du 22 avril 2022 de cette autorité préfectorale fixant les modalités d'application de l'arrêté n° 152 du 22 avril 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Armement coopératif artisanal vendéen (ACAV) et autres soutiennent que :
- ils ont déposé une requête aux fins d'annulation des arrêtés du 22 avril 2022 de la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine ainsi que de la délibération n° 2019-B29 du 11 octobre 2019 du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM) de Nouvelle-Aquitaine ;
- les arrêtés en litige instaurant un principe général d'interdiction de la pêche à la senne danoise dans les eaux territoriales néo-aquitaines, assorti de dérogations particulières restrictives, et alors qu'ils pratiquent cette technique de pêche depuis mai 2016 dans les eaux concernées, les armements requérants justifient d'un intérêt à agir contre cette réglementation qui va impacter leur activité et leur rentabilité ;
- la société coopérative OP Vendée, qui constitue une organisation de producteurs au sens de l'article L. 551-1 du code rural et de la pêche maritime et du règlement (UE) n° 1379/2013 du 11 décembre 2013, et qui regroupait au 1er janvier 2022 127 navires, lesquels représentaient une production de près de 10 000 tonnes, soit un chiffre d'affaires d'environ 48 millions d'euros, justifie également d'un intérêt à agir compte tenu de ses activités principales, outre que 8 navires pratiquant la pêche à la senne danoise dans le golfe de Gascogne sont adhérents à la coopérative et que les restrictions imposées vont non seulement avoir pour effet de reporter la pression sur des stocks sensibles, en conduisant à l'utilisation du chalut de fond, mais aussi de réactiver des conflits entre métiers de la pêche comme d'impacter ses missions de commercialisation ;
- la condition d'urgence est satisfaite eu égard aux conséquences immédiates et graves des arrêtés du 22 avril 2022 de la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine, les refus de dérogation à l'interdiction de pêche à la senne dans les eaux territoriales de la région Nouvelle-Aquitaine opposés à trois armements entraînant une perte de chiffre d'affaires d'environ 1,4 million d'euros, soit l'équivalent de 80 % du résultat annuel des navires concernés ;
- la possibilité d'un rééquipement au chalut traditionnel ne peut être sérieusement invoquée, compte tenu de son coût, pour contester la réalité de l'atteinte immédiate et grave portée aux armements ;
- l'obligation dans laquelle vont se trouver les senneurs exclus de se replier dans les eaux des Pays de Loire crée également une situation d'urgence compte tenu, d'une part, des répercussions d'un tel repli sur toute la filière, l'introduction de la senne danoise générant globalement une valeur ajoutée de 14 millions d'euros, d'autre part, de la pression qui va en résulter sur d'autres espèces, soumises à quota ;
- en outre, l'exclusion des 12 miles aura sur les charges des senneurs un impact tel que la condition d'urgence est remplie ;
- le délai dans lequel est déposée la présente instance ne remet pas en cause la situation d'urgence ;
- la délibération n° 2019-B29, qui n'a été approuvée que par le bureau du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Nouvelle-Aquitaine, est entachée du vice de l'incompétence de son auteur, au regard de l'article R. 912-31 du code rural et de la pêche maritime, à défaut de justification d'une délégation spécifique et régulière au bénéfice de ce bureau, la délibération n° 2017-01 du comité ne déléguant pas audit bureau les mesures d'ordre et de précaution destinées à organiser la cohabitation entre métiers alors que la délibération contestée est également motivée par cet objectif d'organisation ;
- il n'est pas établi que délibération n° 2019-B29 soit intervenue à la suite d'une procédure régulière au regard de l'article R. 912-29 du code rural et de la pêche maritime ;
- il n'entrait pas dans les compétences du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Nouvelle-Aquitaine, telles que définies par les articles D. 922-1 et suivants du code précité, d'instaurer une interdiction générale de la pêche à senne pour l'ensemble des espèces pêchées, y compris les celles soumises à totaux admissibles de captures et quotas ;
- l'illégalité de la délibération n° 2019-B29 prive de base légale les arrêtés attaqués ;
- la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine n'a pas pris en considération, en méconnaissance de l'article 7 de la Charte de l'environnement, de l'article L. 914-3 du code rural et de la pêche maritime et de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement, les observations du public, ainsi que le prouve la réalisation de la synthèse de ces observations cinq jours après l'édiction des arrêtés ;
- la synthèse des observations est elle-même irrégulière, eu égard au nombre artificiellement élevé des contributions favorables, au décompte minimisé des contributions défavorables et à l'occultation des contributions concernant l'arrêté n° 153 du 22 avril 2022 ;
- en outre, la synthèse ne comporte aucune indication sur les contributions prises en compte, en violation de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement ;
- la publication de la synthèse est intervenue tardivement au regard des exigences tant de l'article R. 132-6 alinéa 1 du code des relations entre le public et l'administration que de l'article L. 123-19-1 II alinéa 7 du code de l'environnement ;
- ni le motif tiré des difficultés de cohabitation entre activités de pêche, lesquelles ne sont pas établies, ni celui reposant sur la nécessité d'une approche de précaution pour la préservation des ressources halieutique, qui n'est pas fondée, les dégradations des stocks n'étant pas démontrées où ayant une autre cause que l'utilisation de la senne danoise, ne peuvent légalement justifier le principe de l'interdiction totale posé par les arrêtés en cause ;
- l'interdiction prononcée par les arrêtés contestés contrevient au principe de liberté du commerce et de l'industrie et va avoir des conséquences très négatives tant sur l'activité que sur la ressource compte tenu du recours au chalut qu'elle va entraîner, et qui finiront par générer des conflits entre pêcheurs en Pays de Loire, alors que la présence des senneurs ligériens dans le golfe de Gascogne, qui se limite à dix navires, ne crée aucune difficulté ;
- les conditions posées au titre des dérogations pour la pêche dans les eaux au nord du parallèle 45°35'N sont illégales faute de prise en compte des trois critères cumulatifs fixés par l'article L. 921-1 du code rural et de la pêche maritime ;
- en retenant, pour accorder une dérogation, le critère des antériorités de pêche pour les années 2017 et 2018, le régime instauré par l'arrêté n° 153 du 22 avril 2022 exclut le navire l'Ile Vertime, qui a été armé en décembre 2018, et s'avère ainsi discriminatoire, outre qu'il présente un caractère excessif par rapport au but recherché ;
- le seuil d'antériorité de 10 % est également entaché d'illégalité au regard de la définition de l'antériorité donnée par le 14° de l'article D. 921-1 du code rural et de la pêche maritime, et ce d'autant que, dépourvu de toute justification, il a été fixé arbitrairement ;
- les modalités de transmission des dérogations sont contraires à l'article R. 921-32 du code précité ;
- les obligations de " prévenance " posées par l'article 2 de l'arrêté n° 153 du 22 avril 2022 sont illégales pour être inutiles et excessives, ainsi que discriminatoires par rapport à d'autres professionnels.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 4 juillet 2022, la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas satisfaites.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment la Charte de l'environnement ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 5 juillet 2022 à 14h30, après le rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Boulouard, représentant les requérants, qui a développé les moyens soulevés dans les écritures de ces derniers ;
- les observations de M. B, représentant la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine, qui a confirmé les moyens invoqués en défense par cette autorité.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par la société Armement coopératif artisanal vendéen (ACAV) et autres, analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté n° 152 du 22 avril 2022 par lequel la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a rendu obligatoire la délibération n° 2019-B29 du 11 octobre 2019 du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Nouvelle-Aquitaine, réglementant l'usage de la senne danoise et de la senne écossaise dans les eaux du ressort de ce comité, d'autre part, de l'arrêté n° 153 du 22 avril 2022 de cette autorité préfectorale fixant les modalités d'application de l'arrêté n° 152 du 22 avril 2022. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions des requérants aux fins de suspension de l'exécution de ces arrêtés doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leur demande tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la société Armement coopératif artisanal vendéen (ACAV), la société Organisation de producteurs Vendée (OP Vendée), la copropriété de navire Anthineas, la copropriété de navire Mabon III, la copropriété de navire Renaissance II, la copropriété de navire Arundel, la copropriété de navire Ile Vertime, la copropriété de navire Cayola, la copropriété de navire Manbrisa et M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Armement coopératif artisanal vendéen (ACAV), la société Organisation de producteurs Vendée (OP Vendée), à la copropriété de navire Anthineas, à la copropriété de navire Mabon III, à la copropriété de navire Renaissance II, à la copropriété de navire Arundel, à la copropriété de navire Ile Vertime, à la copropriété de navire Cayola, à la copropriété de navire Manbrisa, à M. A et à la Première ministre.
Copie sera adressée à la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine.
Fait à Bordeaux, le 8 juillet 2022.
Le juge des référés,
J-M. BAYLE La greffière,
C. GIOFFRE
La République mande et ordonne à la Première ministre en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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