Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203390

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2022, Mme A E C D, représentée par Me Astié, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à la préfète de la Gironde de la convoquer pour remise d'un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour, ou à défaut de lui adresser directement le récépissé par voie postale ou dématérialisée ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C D soutient que :

- l'absence de récépissé l'empêche d'exercer son activité professionnelle et de participer à des résidences d'artistes à l'étranger pour lesquelles elle a été sélectionnée, prévues en juillet et septembre prochain, si bien que sa demande est urgente et utile ;

- elle a déposé un dossier complet et ainsi a droit à un récépissé de demande titre de séjour l'autorisant à travailler, en application des articles R. 431-12 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa demande ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Par un mémoire, enregistré le 4 juillet 2022, la préfète de la Gironde conclut au non-lieu à statuer.

Elle expose que Mme C D a été convoquée le 30 juin 2022 à fin de remise d'un récépissé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du 1er septembre 2021 par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. B pour exercer les fonctions de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

2. M. C D, ressortissante péruvienne née le 17 août 1969, est entrée en France en 2005 afin d'y poursuivre ses études. Après avoir obtenu plusieurs titres de séjour en qualité d'étudiante, elle s'est vue délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " valable du 23 novembre 2020 au 22 novembre 2021. Le 13 avril 2022, elle a demandé à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Aucun récépissé de sa demande de titre de séjour ne lui ayant été délivré, elle doit être regardée comme demandant au juge des référés, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de la Gironde de la convoquer afin d'être munie d'un récépissé l'autorisant à travailler.

3.Toutefois, par mémoire enregistré le 4 juillet 2022, la préfète de la Gironde a informé le tribunal qu'elle avait convoqué, par courrier électronique du 30 juin 2022, Mme C D afin de lui remettre un récépissé. Par suite, les conclusions présentées par la requérante tendant à la délivrance d'un récépissé sont devenues sans objet en cours d'instance, si bien qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.

4. Il résulte de l'instruction que Mme C D n'a pas demandé le renouvellement de son précédent titre de séjour, mais la première délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement des articles L. 423-23 ou L. 435-1 du CESEDA. Ainsi, au regard des dispositions de l'article R. 431-14 de ce code, sa demande tendant à ce que ce récépissé l'autorise à exercer une activité professionnelle se heurte à une contestation sérieuse et doit être rejetée.

5. Compte tenu de l'urgence, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder provisoirement à Mme C D, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. En revanche, la préfète de la Gironde faisant valoir, sans être contredite, que la requérante, d'une part a demandé la délivrance d'un nouveau titre de séjour plus de quatre mois après l'expiration du précédent, d'autre part n'a pas joint à sa demande d'enveloppe suivie permettant de la convoquer en préfecture, ni fait usage du portail " démarches simplifiées " utilisé pour les demandes dématérialisées de récépissés, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés au cours de l'instance et non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C D est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète de la Gironde de convoquer Mme C D à fin de remise d'un récépissé de sa demande de titre de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A E C D et à la préfète de la Gironde.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Fait à Bordeaux, le 13 juillet 2022.

Le juge des référés,

J. B

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,