vendredi 10 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203451 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juin 2022 et un mémoire enregistré le 12 décembre 2022, M. A D, représenté par la Selas Cazamajour et Urbanlaw, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2021 par lequel le maire de Saint-Jean-d'Illac a accordé un permis de construire à M. C pour la construction d'une maison individuelle sur un terrain situé 21 impasse des Asdeuilles, parcelle cadastrée section BN n° 37, ensemble le rejet de son recours gracieux reçu en mairie le 28 février 2022 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Jean-d'Illac et de M. C une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.
Il soutient que :
- il a intérêt à agir ;
- le maire de la commune ne justifie pas de sa qualité à agir dans l'instance ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, le dossier du projet ne fait pas apparaître de plan de coupe alors que le projet prévoit une modification de l'état initial du terrain et les documents graphiques du dossier ne permettaient pas au service instructeur d'apprécier l'impact de la construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages ;
- le projet méconnaît l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, il ne contient pas d'attestation de conformité du projet d'assainissement non collectif ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article UC10 du règlement du plan local d'urbanisme, la hauteur de la construction est supérieure à 7 mètres ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article UC11 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-21 du code de l'urbanisme, il porte atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article UC12 du règlement du plan local d'urbanisme, d'une surface plancher de 158m² il aurait dû prévoir la création de trois places de stationnement ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article 3.2.2 du plan de prévention des risques naturels d'incendie de forêt, la propriété sera close, mais le projet ne prévoit pas de point de passage pouvant être aisément enfoncé par les véhicules de lutte contre l'incendie et le portail ne prévoit pas de système de chaines et cadenas ;
- les conclusions présentées par le pétitionnaire sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ne sont pas recevables dès lors qu'elles n'ont pas été présentées par un mémoire distinct.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2022, M. B C, conclut au rejet de la requête, à ce que M. D soit condamné à lui verser la somme de 3 000 euros au titre des dommages et intérêts sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme, une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 700 du code de procédure civile et une somme de 70 551 euros sur le fondement de la perte de chances.
Il fait valoir que :
- le requérant n'a pas d'intérêt à agir ;
- la procédure est abusive, elle a pour conséquence la perte de chance d'avoir pu entreprendre son projet à des conditions plus avantageuses, le surcoût peut être estimé à 70 551 euros tenant à une augmentation du coût de la construction de +18% et une augmentation du coût de l'emprunt bancaire ;
- il a droit à une somme de 3 000 euros au titre des dommages et intérêts.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2022 et un mémoire en production de pièces enregistré le 14 décembre 2022, la commune de Saint-Jean-d'Illac, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce que M. D lui verse une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,
- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,
- les observations de Me Petit-Saint représentant M. D,
- et les observations de Me Dubois, représentant la commune de Saint-Jean-d'Illac.
Considérant ce qui suit :
1. M. D est propriétaire d'un terrain sis 85 impasse des Asdeuilles à Saint-Jean-d'Illac (Gironde), parcelle BN n° 34, sur lequel est construit sa maison. Le 24 novembre 2021, M. C a déposé une demande de permis de construire (n° PC 033422 21 Z0090) pour la construction d'une maison individuelle avec garage, sur un terrain situé au 21 impasse des Asdeuilles, parcelle cadastrée section BN n° 37. Par un arrêté du 27 décembre 2021, le maire de la commune de Saint-Jean-d'Illac a délivré le permis de construire sollicité. Par un courrier du 24 février 2022 reçu en mairie le 28 février 2022, M. D a demandé le retrait de cet arrêté. Cette demande a été implicitement rejetée. M. D demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'intérêt à agir du requérant :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.
4. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle BN n° 34 dont M. D est propriétaire, ne jouxte pas immédiatement la parcelle BN n° 37 sur laquelle porte le projet en litige, dont elle est séparée par la parcelle BN n° 36, d'une largeur de 50 mètres. La seule qualité de propriétaire d'un lot dans le même lotissement que celui où se situe le terrain d'assiette ne suffit pas à caractériser un intérêt pour agir. En outre, si M. D soutient que le projet lui porte préjudice dès lors qu'une habitation supplémentaire au sein du même lotissement génèrera nécessairement du trafic, il ressort des pièces du dossier que le projet comporte un accès spécifique sur la rue et que les usagers de la maison à construire n'utiliseront pas l'entrée du lotissement pour y accéder. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction d'une habitation supplémentaire serait de nature à occasionner un surcroît de circulation gênant les habitants du lotissement. Enfin, en se bornant à produire une photographie de son jardin et de la vue " est " depuis celui-ci, M. D n'établit pas que les vues qu'il aurait sur l'habitation en litige, à les supposer avérées, seraient de nature à affecter ses conditions d'occupation, de jouissance ou d'utilisation de son bien, alors que la propriété intermédiaire construite est d'une largeur de 50 mètres, que la distance entre l'habitation de M. D et l'habitation en litige est de plus de 90 mètres et que les abords sont boisés. Dans ces circonstances, à défaut d'intérêt direct et personnel à contester la décision du maire de Saint-Jean-d'Illac, l'intérêt à agir de M. D n'est pas caractérisé. Il s'ensuit que la requête est irrecevable.
Sur les conclusions reconventionnelles présentées par M. C :
5. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. "
6. M. C sollicite la condamnation de M. D à lui verser la somme de 70 551 euros du fait d'une " perte de chances " à réaliser son projet dans des conditions financières plus favorables et celle de 3 000 euros au titre de la réparation de son préjudice moral. Ce-faisant, il doit être regardé comme sollicitant pour l'ensemble de ces préjudices l'application des dispositions précitées de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme. Toutefois, ces conclusions reconventionnelles n'ont pas été présentées par un mémoire distinct. Par suite, les conclusions présentées par M. C sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. La demande formée par M. D au titre de l'indemnisation des dépens doit donc être rejetée.
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Saint-Jean-d'Illac et de M. C, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de M. D une somme de 1000 euros à verser à la commune de Saint-Jean-d'Illac et 1 000 euros à verser à M. C dont les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 700 du code de procédure civile doivent être regardées comme présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par M. C sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.
Article 3 : M. D versera à la commune de Saint-Jean-d'Illac une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : M. D versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à la commune de Saint-Jean-d'Illac et à M. B C.
Délibéré après l'audience du 8 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M E et Mme Fazi-Leblanc, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2025.
La rapporteure,
S. FAZI-LEBLANC
La présidente,
C. CABANNELa greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026