Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203564

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203564
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-6 semaines

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juillet 2022, M. A B, représentée par Me Da Ros, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, ainsi qu'au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) avant dire droit, d'enjoindre à la préfète de la Gironde de communiquer l'ensemble des éléments sur lesquels elle s'est fondée pour, par des décisions du 1er juillet 2022, l'obliger à quitter le territoire français, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, fixer le pays de destination et l'interdire de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'annuler ces décisions et d'enjoindre à la préfète de la Gironde procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dont il fait l'objet au fichier du système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la compétence du signataire des décisions contestées :

- ces décisions ont été signées par une autorité dont la compétence n'est pas établie.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas motivée ;

- elle a été prise, à défaut pour la préfète de l'avoir invité à présenter ses observations sur l'éventualité d'une telle mesure, en méconnaissance de son droit à être entendu tel que garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- elle révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant mineur tel que protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la préfète de la Gironde, en l'obligeant à quitter le territoire français, a fait une appréciation manifestement erronée de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle n'est pas motivée ;

- elle a été prise, à défaut pour la préfète de l'avoir invité à présenter ses observations sur l'éventualité d'une telle mesure, en méconnaissance de son droit à être entendu tel que garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- elle est illégale en ce qu'elle est fondée sur une mesure d'éloignement illégale ;

- la préfète de la Gironde, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, a fait une appréciation manifestement erronée de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas motivée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant mineur tel que protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- elle n'est pas motivée ;

- elle a été prise, à défaut pour la préfète de l'avoir invité à présenter ses observations sur l'éventualité d'une telle mesure, en méconnaissance de son droit à être entendu tel que garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- elle est illégale en ce qu'elle est fondée sur une mesure d'éloignement illégale ;

- elle est entachée d'erreurs de fait, la préfète ayant retenu, à tort, qu'il serait sans domicile fixe et, pour en déduire qu'il représentait une menace pour l'ordre public, qu'il aurait été interpellé pour des faits de détention de stupéfiants ;

- la préfète de la Gironde, en l'interdisant de retour pour une durée de trois ans, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant mineur tel que protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. E C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Da Ros, représentant M. B, présent à l'audience, qui s'en rapporte à ses écritures.

La préfète de la Gironde n'étant ni présente ni représentée, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 8 février 2002, déclare être entré en France au cours de l'année 2020, accompagné de sa compagne mineure. Par un arrêté du 1er juillet 2022, dont il demande l'annulation, la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, a prononcé, à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a informé de ce qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de

M. B, de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Il n'appartient toutefois pas au magistrat désigné de lui accorder définitivement le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Ces conclusions doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur la compétence du signataire des décisions attaquées :

4. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible, que la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 21 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°33-2022-104 du même jour, donné délégation Mme D F, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions prises en application des livres II, IV, V, VI, VII et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont font parties les mesures d'éloignement et les décisions s'y rapportant telles que celles refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination d'un étranger, ou lui faisant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". En outre, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 précités du code des relations entre le public et l'administration, les personnes physiques ou morales destinataires, notamment, d'une décision restreignant l'exercice de leur libertés publiques ou constituant plus généralement une mesure de police, ont le droit d'être informées sans délai des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

6. En l'espèce, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne tant les motifs de droit que les éléments de fait caractérisant la situation du requérant, sur lesquels la préfète de la Gironde s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français. La décision vise notamment le 1° de l'article L. 611-1 et l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise par ailleurs que l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement en France en possession des documents, visas et justificatifs exigés par l'article

L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et examine les conditions de son séjour en France ainsi que les principaux éléments objectifs et concrets caractérisant sa vie privée et familiale avant d'en déduire qu'il n'entre dans aucun cas de délivrance d'un titre de séjour de plein droit et qu'aucune circonstance ne s'oppose à ce qu'il fasse l'objet d'une mesure d'éloignement. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement M. B en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision, qui est ainsi suffisamment motivée pour l'application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que si les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'adressent pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union et que le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est ainsi inopérant, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

8. M. B, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle alors, au demeurant, qu'il a disposé de la possibilité de présenter ses observations lors de son audition du 1er juillet 2022 par les services de police de Bordeaux, notamment s'agissant de la date et des conditions de son entrée sur le territoire français, de l'existence éventuelle d'une précédente mesure d'éloignement et de sa situation familiale et a été mis en mesure de présenter des observations sur tout autre sujet par une question ouverte. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

9. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète de la Gironde, a bien tenu compte, tel qu'il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse, de la relation avec une ressortissante marocaine dont il s'était prévalu, ainsi que la naissance récente d'un enfant issu de cette relation. Par ailleurs, et alors, au contraire, qu'il ne ressort pas des mentions de la décision attaquée que la préfète de la Gironde aurait expressément considéré qu'il risquait de s'enfuir, M. B n'est pas davantage fondé à soutenir que la préfète de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle sur ce point.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. M. B se prévaut de sa relation avec une ressortissante marocaine mineure, présente en France à ses côtés, avec laquelle il aurait eu un enfant né au mois de janvier 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la durée du séjour en France de M. B, objectivement indéterminable, est, en tout état de cause, relativement brève. Par ailleurs, si l'intéressé indique qu'il serait hébergé en foyer avec sa compagne et leur fille, il ne verse à la présente instance, aucun document susceptible d'établir tant la réalité et la stabilité de la relation qu'il allègue entretenir avec cette jeune femme que sa participation effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant issu de cette relation. Enfin, le requérant, qui ne justifie d'aucune insertion particulière sur le territoire français, où il est d'ailleurs connu sous des identités fantaisistes de mineur pour des faits de recel de bien provenant d'un vol par ruse dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt le 28 mars 2021 et vol par effraction dans un local d'habitation le 25 mars 2021, conserve nécessairement des liens avec son pays d'origine dans lequel il a vécu la majorité de son existence. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision attaquée ne porte pas, au regard des buts poursuivis, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

13. Tel qu'il a été dit au point précédent, M. B ne justifie pas participer à l'entretien et à l'éducation de sa fille, ni même entretenir des liens avec cette dernière. Dès lors, la décision attaquée, en obligeant M. B à quitter le territoire français, ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de cette enfant.

14. En sixième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de ce qui a été dit aux points précédents, que la préfète de la Gironde ait, en l'obligeant à quitter le territoire français, fait une appréciation manifestement erronée de la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et les 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3, précise qu'il existe un risque de M. B se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde a suffisamment motivé sa décision et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

16. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, M B n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu préalablement à l'édiction de cette décision aurait été méconnu.

17. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Dès lors, le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité doit être écarté.

18. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.".

19. M. B soutient que sa situation personnelle et la durée de son séjour en France aurait dû conduire la préfète de lui accorder un délai de départ volontaire. Il résulte toutefois de ce qui a précédemment que l'intéressé est entré irrégulièrement sur le territoire national et s'y est maintenu jusqu'alors sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. M. B ne conteste en outre pas avoir manifesté son intention de ne pas vouloir se conformer à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Enfin, il ressort des propres dires de l'intéressé, qui déclare être hébergé dans un foyer, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et ne présente ainsi pas de garanties de représentation suffisantes. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et alors qu'aucune circonstance particulière tenant à sa vie privée et familiale telle qu'examinée au point 11 ne justifiait qu'il y soit dérogé, la préfète de la Gironde pouvait, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B en application des 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article

L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise, en outre, la nationalité de M. B et le fait qu'il n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, elle comporte, eu égard à son objet, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

21. En second lieu, si M. B soutient que sa compagne, de nationalité marocaine, ne serait pas légalement admissible en Algérie, où il a vocation à retourner, il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 11 que l'intéressé n'établit pas la réalité de la relation qu'il allègue entretenir avec cette jeune femme. En outre, si le requérant soutient que son retour en Algérie aura pour conséquence de séparer sa fille de l'un de ses deux parents, il résulte également de ce qui a été dit au point 11 que ce dernier ne justifie pas participer à l'entretien et à l'éducation de cette enfant qui peut ainsi se maintenir auprès de sa mère. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

22. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de la décision litigieuse, que la préfète de la Gironde a fondé l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans faite à M. B, prise au visa des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur les motifs qu'il serait entré et se serait maintenu irrégulièrement en France depuis une date indéterminée et non vérifiable, qu'il ne justifierait pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et qu'il aurait fait l'objet d'une récente interpellation pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants et de précédents signalements, sous des identités fantaisistes, pour plusieurs faits pénalement répréhensibles. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

23. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, M B n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu préalablement à l'édiction de cette décision aurait été méconnu.

24. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Dès lors, le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité doit être écarté.

25. En quatrième lieu, M. B soutient que la préfète de la Gironde a entaché sa décision d'erreurs de fait en estimant à tort, d'une part, qu'il était sans domicile fixe, d'autre part, qu'il constituait une menace pour l'ordre public alors qu'il n'avait été interpellé que pour du simple usage de stupéfiant. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment des propres déclarations de l'intéressé que celui-ci est hébergé dans un foyer à Talence, qui ne constitue en tout état de cause pas une résidence effective. Par ailleurs, outre qu'il ressort du procès-verbal d'audition du 1er juillet 2022 que le requérant n'a pas été interpellé pour usage de stupéfiants, mais pour des faits, plus graves, de détention non autorisée de produits stupéfiants, son dossier pénal laisse également apparaître deux signalements concernant des faits de recel de bien provenant d'un vol par ruse dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et de vol par effraction dans un local d'habitation survenus les 25 et 28 mars 2021, qui lui ont été imputés à l'issue d'un rapport d'identification dactyloscopique alors qu'il avait fait usage d'identités fantaisistes. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde pouvait, sans entacher sa décision d'une erreur de fait sur ces points, indiquer que M. B était sans domicile fixe et représentait une menace pour l'ordre public.

26. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 11 et 13, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

27. En sixième et dernier lieu, Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

28. M. B, entré en France à une date indéterminée et non vérifiable qu'il situe dans le courant de l'année 2020, ne justifie, en tout état de cause, pas d'une ancienneté significative de présence en France. Par ailleurs, l'intéressé, qui ne justifie, tel qu'il a été exposé au point 11, d'aucune attache sur le territoire français, y est au surplus défavorablement connu des forces de police pour divers faits pénalement répréhensibles pour lesquels il a fait l'objet de signalements et d'interpellations. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la préfète de la Gironde, n'a pas, alors même que M. B n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans.

29. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et les conclusions aux fins de sursis à exécution de la mesure d'éloignement de la requête de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant au paiement de frais irrépétibles ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

J-C C La greffière,

S. CASTAIN

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,