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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203593

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203593

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203593
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL BOISSY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 et 29 juillet 2022 et 5 avril 2024, Mmes C et A D et Mme F G, représentées par Me Givord, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision du 9 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Gujan-Mestras ne s'est implicitement pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. E B pour la construction d'un mur en parpaing de 15 enduit, sur une hauteur de 3,50 m, pour fermer un hangar existant en limite séparative, sur un terrain situé 9 rue Aimé Broustaut, parcelle cadastrée section BY n° 202, ensemble le rejet implicite de leurs recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Gujan-Mestras une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- le dossier de déclaration préalable est incomplet, en méconnaissance des articles R. 431-35 et R. 431-36 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il ne comporte pas de plan de masse côté dans les trois dimensions, ni une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci, ni un plan des façades faisant apparaître l'état initial et l'état futur de celles-ci, ni un plan de situation ;

- les décisions contestées méconnaissent les dispositions de l'article UC11 du règlement du plan local d'urbanisme applicable ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article 4 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme applicable, s'agissant de la hauteur maximale autorisée et de l'interdiction d'implantation d'entrepôts ;

- elles méconnaissent " l'obligation de régulariser une construction illégale à l'occasion de la réalisation de tous nouveaux travaux sur celle-ci ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024, la commune de Gujan-Mestras, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC11 du règlement du plan local d'urbanisme applicable du fait de l'absence de mention de la teinte du mur peut faire l'objet d'une régularisation, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

La requête a été communiqué à M. E B qui n'a pas produit d'observation.

Par un courrier enregistré le 18 juillet 2022, Me Givord, a informé le tribunal que Mme A D était représentant unique en application des dispositions de l'article R. 751-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,

- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,

- les observations de Me Cante, substituant Me Givord, représentant Mmes D,

- et les observations de Me Dubois, substituant Me Boissy, représentant la commune de Gujan-Mestras.

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 février 2022, M. B a déposé un dossier de déclaration préalable portant sur la construction d'un mur en parpaing de 15 enduit, sur une hauteur de 3,50 m, pour fermer un hangar existant en limite séparative, sur un terrain situé 9 rue Aimé Broustaut à Gujan-Mestras, parcelle cadastrée section BY n° 202. Par décision du 9 mars 2022, le maire de Gujan-Mestras a délivré à M. B un certificat tacite de non-opposition à déclaration préalable. Par courriers des 4 mai et 23 juin 2022, Mmes C et A D et Mme F G ont formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision du 9 mars 2022. Le silence gardé par le maire de Gujan-Mestras sur ces demandes a fait naître des décisions implicites de rejet. Par la présente requête, les consorts D demandent au tribunal d'annuler la décision du 9 mars 2022, ensemble le rejet implicite de leurs recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " La déclaration préalable précise : () / c) La nature des travaux (). Aux termes de l'article R. 431-36 du même code, dans sa rédaction applicable : " Le dossier joint à la déclaration comprend : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; / () Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, à l'article R. 431-14, aux b et g de l'article R. 431-16 et aux articles R. 431-18, R. 431-18-1, R. 431-21, R. 431-23-2, R. 431-25, R. 431-31 à R. 431-33 et R. 431-34-1 ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur () ".

3. La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la déclaration préalable qui a été accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. En l'espèce, le dossier joint à la déclaration préalable comporte une courte notice décrivant la nature du projet, à savoir la construction d'un mur en parpaing de 15 enduit sur une hauteur de 3,50 mètres avec un chéneau au-dessus du mur à la limite de la charpente, accompagnée d'un schéma manuscrit sans dimensions, ainsi que des photographies de l'état existant, faisant apparaître la partie du bâtiment " à fermer ". Le dossier joint à la déclaration préalable ne comporte pas de représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées, ni de plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune, ni de plan de façade ou de plan de masse coté dans les trois dimensions. La notice jointe au dossier ne précise pas la teinte de mur retenue, tandis qu'aucune des photographies jointes au dossier ne représente l'état projeté de la construction. Dans ces conditions, malgré la modestie des travaux en cause, le maire de la commune de Gujan-Mestras ne saurait être regardé comme ayant été mis en mesure, grâce à l'ensemble des pièces jointes à la déclaration préalable, de porter une appréciation, en toute connaissance de cause, sur la conformité du projet litigieux aux règles d'urbanisme applicables. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait illégale en raison du caractère insuffisant du dossier joint à la déclaration préalable doit être accueilli.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Gujan-Mestras relatifs aux toitures : " () Un débord de toit de 0,50 mètre minimum est imposé, sauf dans le cas de toitures-terrasses ou d'architecture type " maison de pêcheur / () Des exceptions pourront être acceptées pour raisons techniques (capteurs solaires), architecturales (zinc ou bac acier, toiture végétale), ou pour respecter le choix de couverture d'origine de bâtiment (rénovation, extension), ainsi que pour les vérandas ".

6. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'emplacement du mur projeté, lequel vient fermer la partie ouverte d'un hangar existant en limite séparative, permettrait de respecter le débord de toit de 0,50 mètre prévu par les dispositions précitées. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le choix de couverture d'origine du bâtiment permettrait de déroger à ces dispositions. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être accueilli.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Gujan-Mestras, relatif à l'aspect extérieur des murs : " () Est autorisé l'emploi de la pierre naturelle, des enduits, de briquettes, bardage en bois ou matériaux similaires, à l'exception des teintes soutenues. Les teintes dominantes des façades devront respecter les couleurs du nuancier annexé au PLU. / Est interdit l'emploi à nu, en parement extérieur, de matériaux destinés à être recouverts d'un revêtement ou d'un enduit (tels que : parpaing, brique creuse, béton cellulaire, etc). Sont en revanche autorisés les briquettes d'ornement, pierres d'ornement, chaînage d'angle, et autres éléments décoratifs ".

8. En l'espèce, eu égard à ce qui a été dit au point 4, il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction du mur projeté en parpaing enduit respecterait les couleurs du nuancier annexé au plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être accueilli.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de Gujan-Mestras : " 2. Lorsqu'un immeuble bâti existant n'est pas conforme aux règles édictées par le règlement applicable à la zone, le permis de construire ne peut être accordé que pour des travaux qui ont pour objet d'améliorer la conformité - ou tout au moins de ne pas aggraver la non-conformité - de ces immeubles avec lesdites règles, ou qui sont sans effet à leur égard ".

10. D'une part, aux termes de l'article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme de Gujan-Mestras, relatif à la hauteur des constructions : " 2. Normes de hauteur / a) Constructions principales / La hauteur des constructions principales à édifier ne peut excéder 7,50 mètres. / En cas d'implantation en ordre semi-continu, la hauteur d'un bâtiment implanté sur une limite séparative ne peut excéder 3,50 mètres, à l'intérieur d'une bande de 4 mètres mesurée depuis ladite limite séparative. / Toutefois, lorsque la construction est implantée sur une limite séparative jouxtant une construction existante dont la hauteur est comprise entre 3,50 mètres et 7,50 mètres, la hauteur maximale autorisée est égale à la hauteur du bâtiment voisin implanté sur ladite limite, sans pouvoir excéder 7,50 mètres. () Toutefois, ces normes de hauteur ne s'appliquent pas, lorsqu'une construction s'adosse à la façade aveugle d'un bâtiment en bon état implanté en limite séparative sur l'unité foncière voisine, sous réserve que la hauteur construite ne dépasse pas celle du bâtiment existant et ce en tout point. "

11. En l'espèce, le projet litigieux porte sur la construction d'un mur, avec installation d'un chéneau, venant uniquement fermer la partie ouverte d'un hangar existant en limite séparative, dont la charpente et la toiture sont déjà fixées. Dans ces conditions, le projet en litige n'a pas pour effet de modifier la hauteur du bâtiment préexistant. Par suite, il ne saurait être regardé comme étant de nature à aggraver une éventuelle non-conformité de ce hangar aux dispositions précitées relatives à la hauteur des constructions.

12. D'autre part, aux termes de l'article UC 1 du règlement du plan local d'urbanisme de Gujan-Mestras, relatif aux occupations et utilisations du sol interdites : " Sont interdites les occupations et utilisations du sol suivantes : / Les occupations et utilisations du sol visées à l'article UC 2 si elles ne satisfont pas aux conditions énoncées, et les occupations et utilisations du sol suivantes : / a) Les constructions à usage industriel et d'entrepôts. () ".

13. En l'espèce, le projet litigieux porte sur la construction d'un mur venant fermer la partie ouverte d'un hangar existant en limite séparative. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction de ce mur aurait un effet quant à la nature de l'occupation et de l'utilisation du sol du bâtiment préexistant, pour lequel le permis de construire initial comportait une destination de garage et dont il n'est au demeurant pas établi par les pièces produites qu'il aurait une destination d'entrepôt au sens des dispositions précitées. Par suite, le projet contesté ne saurait être regardé comme étant de nature à aggraver la non-conformité de ce hangar aux dispositions précitées, relatives aux occupations et utilisations du sol interdites en zone UC.

14. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 9 doit être écarté en toutes ses branches.

15. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. / Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables : () / 5° Lorsque la construction a été réalisée sans qu'aucun permis de construire n'ait été obtenu alors que celui-ci était requis () ". Il résulte de ces dispositions que peuvent bénéficier de la prescription administrative ainsi définie les travaux réalisés, depuis plus de dix ans, lors de la construction primitive ou à l'occasion des modifications apportées à celle-ci, sous réserve qu'ils n'aient pas été réalisés sans permis de construire en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables.

16. D'autre part, lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. De même, lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande qui ne satisfait pas à cette exigence, elle doit inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments devant être soumis à son autorisation. Cette invitation, qui a pour seul objet d'informer le pétitionnaire de la procédure à suivre s'il entend poursuivre son projet, n'a pas à précéder le refus que l'administration doit opposer à une demande portant sur les seuls nouveaux travaux envisagés.

17. Enfin, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable du 19 juillet 1991 au 1er octobre 2007 : " Quiconque désire entreprendre ou implanter une construction à usage d'habitation ou non, même ne comportant pas de fondations, doit, au préalable, obtenir un permis de construire sous réserve des dispositions des articles L. 422-1 à L. 422-5. () Sous réserve des dispositions des articles L. 422-1 à L. 422-5, le même permis est exigé pour les travaux exécutés sur les constructions existantes, lorsqu'ils ont pour effet d'en changer la destination, de modifier leur aspect extérieur ou leur volume de créer des niveaux supplémentaires. () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code, dans sa rédaction applicable du 7 janvier 1986 au 1er octobre 2007: " () Sont également exemptés du permis de construire () les constructions ou travaux dont la faible importance ne justifie pas l'exigence du permis de construire ". Aux termes de l'article R. 421-14 de ce code, dans sa rédaction applicable : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : / () c) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations définies à l'article R. 123-9 ; () ". Aux termes de l'article R. 421-17 du code, dans sa rédaction applicable depuis le 1er octobre 2007 : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable lorsqu'ils ne sont pas soumis à permis de construire en application des articles R. 421-14 à R. 421-16 les travaux exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires, et les changements de destination des constructions existantes suivants : / a) Les travaux de ravalement et les travaux ayant pour effet de modifier l'aspect extérieur d'un bâtiment existant ; () ".

18. En outre, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. S'il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l'auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu'il avance. Le cas échéant, il revient au juge, avant de se prononcer sur une requête assortie d'allégations sérieuses non démenties par les éléments produits par l'administration en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction des requêtes et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.

19. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu délivrer, par arrêté du maire de Gujan-Mestras du 27 octobre 1995, un permis de construire pour la restructuration d'un bâtiment, à savoir la création de deux logements supplémentaires avec abri couvert, sur un terrain situé 9, rue Aimé Broustaut. Il ressort du dossier joint à cette demande qu'elle prévoyait que la façade nord de l'abri couvert objet du présent litige était fermée par un revêtement de type bac acier prélaqué ton pierre. Un certificat de conformité a été accordé par le maire de Gujan-Mestras pour ces travaux le 18 avril 1997. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'une photographie prise lors de la construction de la maison des requérantes en février 2001 produite par les requérantes et dont la date n'est pas contestée, que le bardage de la façade nord de ce bâtiment avait été déposé à cette date. Par ailleurs, il ressort également de la comparaison entre les photographies jointes au dossier de demande de permis en litige, celles jointes au dossier de demande de permis de construire déposé par Mme C D le 11 mars 2013 ainsi que celles d'un constat d'huissier en date du 8 décembre 2021 qu'un bardage métallique de couleur verte, d'aspect récent, a été posé sur une partie de la façade nord du bâtiment postérieurement au mois de mars 2013. En revanche les éléments produits sont trop imprécis pour permettre d'établir que la gouttière en débord de toit aurait été implantée postérieurement à la construction. D'une part, il ressort des articles L. 421-1 et L. 421-2 du code de l'urbanisme précités alors applicable que la dépose de la façade intervenue entre 1997 et 2001, qui modifiait l'aspect extérieur de la construction, aurait dû faire l'objet d'un permis de construire. Ces travaux ne peuvent ainsi bénéficier de la prescription administrative prévue par l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme. D'autre part, il résulte de la combinaison des articles R. 421-14 et R. 421-17 précités du code de l'urbanisme alors applicable que les travaux d'installation du bardage métallique vert, qui ont pour effet de modifier l'aspect extérieur d'un bâtiment existant devaient être précédés, en l'absence de changement de destination comme en l'espèce, d'une déclaration préalable. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces travaux auraient été réalisés, à la date de l'arrêté en litige, antérieurement au délai de dix ans prévu par les dispositions citées au point 15. Dans ces conditions, les requérantes sont fondées à soutenir que le pétitionnaire était tenu de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des travaux intervenus sur ce bâtiment et que le maire de Gujan-Mestras, en l'absence de celle-ci, était tenu d'opposer un refus à la demande portant sur les seuls nouveaux travaux envisagés.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les requérantes sont fondées à demander l'annulation des décisions contestées.

Sur la régularisation :

21. Lorsque l'autorité administrative, saisie dans les conditions mentionnées précédemment d'une demande ne portant pas sur l'ensemble des éléments qui devaient lui être soumis, a illégalement accordé l'autorisation de construire qui lui était demandée au lieu de refuser de la délivrer et de se borner à inviter le pétitionnaire à présenter une nouvelle demande portant sur l'ensemble des éléments ayant modifié ou modifiant la construction par rapport à ce qui avait été initialement autorisé, cette illégalité ne peut être regardée comme un vice susceptible de faire l'objet d'une mesure de régularisation en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou d'une annulation partielle en application de l'article L. 600-5 du même code. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit au point 18, il n'y a pas lieu de mettre en œuvre ces dispositions.

Sur les frais de justice :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérantes, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Gujan-Mestras demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Gujan-Mestras, au titre des mêmes dispositions, une somme de 1 500 euros à verser aux requérantes.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de non-opposition à déclaration préalable du 9 mars 2022 du maire de Gujan-Mestras, ensemble les décisions portant rejet des recours gracieux formés par les intéressées, sont annulées.

Article 2 : La commune de Gujan-Mestras versera, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros aux consorts D.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Gujan-Mestras au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, représentant unique, à M. E B et la commune de Gujan-Mestras.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Brouard-Lucas, présidente,

M. Bourdarie, premier conseiller,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

C. PASSERIEUX

La présidente,

C. BROUARD-LUCAS

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2203593

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