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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203694

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203694

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBAULIMON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en excès de pouvoir, a rejeté la requête de M. B contestant l'arrêté préfectoral du 14 juin 2022. Cet arrêté lui ordonnait de se dessaisir de ses armes, lui interdisait d'en acquérir ou détenir, l'inscrivait au fichier FINIADA et retirait la validation de son permis de chasser. Le tribunal a jugé que la préfète n'avait commis ni erreur d'appréciation ni erreur de droit, en se fondant sur les articles L. 312-3-1, L. 312-11 et L. 312-16 du code de la sécurité intérieure, ainsi que sur l'article L. 423-15 du code de l'environnement, pour estimer que le comportement de M. B était incompatible avec la détention d'armes. La solution retenue est donc le rejet de l'ensemble des demandes d'annulation et d'injonction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Baulimon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a ordonné de se dessaisir dans un délai de trois mois de toutes les armes de toute catégorie en sa possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a enregistré cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et a retiré la validation de son permis de chasser ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal, de lui délivrer les autorisations d'acquisition et de détention d'armes qu'il détenait auparavant, de lui remettre les armes saisies, de retirer l'interdiction d'acquisition des armes de toute catégorie dont il a fait l'objet, d'effacer son inscription au FINIADA et de lui restituer le document de validation de son permis de chasser ou, à défaut de réexaminer sa situation, l'ensemble dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît le principe du contradictoire ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement n'est pas incompatible avec la détention d'une arme ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que l'infraction pour violences volontaires aggravées n'est pas mentionnée à l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,

- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Baulimon, représentant M. B, présent à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une enquête administrative, la préfète de la Gironde a, par arrêté du 14 juin 2022, ordonné à M. B de se dessaisir dans un délai de trois mois de toutes les armes de toute catégorie en sa possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a enregistré cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et a retiré la validation de son permis de chasser. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure : " L'autorité administrative peut interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui". Aux termes de l'article L. 312-11 du même code : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. / Le dessaisissement consiste soit à vendre l'arme les munitions et leurs éléments à une personne titulaire de l'autorisation, mentionnée à l'article L. 2332-1 du code de la défense, ou à un tiers remplissant les conditions légales d'acquisition et de détention, soit à la remettre à l'Etat. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités du dessaisissement. / Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments () ". Aux termes de l'article R. 312-67 de ce code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : / () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 () ". Aux termes de l'article L. 312-16 du code : " Un fichier national automatisé nominatif recense : () / 3° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3-1 () ". Aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure () ". Enfin, selon l'article R. 423-24 du même code : " Lorsque le préfet est informé du fait que le titulaire d'un permis de chasser revêtu de la validation annuelle ou temporaire se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 423-15 ou à l'article L. 423-25, il procède au retrait de la validation () "

3. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté du 14 juin 2022 en litige que, pour conclure à l'incompatibilité du comportement du requérant avec la détention d'armes à feu, la préfète de la Gironde s'est fondée sur la circonstance que M. B s'est signalé pour avoir commis des faits de violences volontaires aggravées. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche navette à destination de l'autorité administrative issue du traitement des antécédents judiciaires (TAJ), établie le 23 août 2021, que M. B est mentionné pour des faits de " autres violences volontaires aggravées " commis le 16 mai 2004. A cet égard, le requérant soutient sans être contredit avoir en réalité été condamné, par jugement du tribunal correctionnel de Bordeaux du 19 avril 2005, pour des faits de mise en danger d'autrui, par violation manifestement délibérée d'une obligation réglementaire de sécurité ou de prudence, dans le cadre d'une infraction routière en date du 16 mai 2004. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le bulletin n°3 du casier judiciaire de l'intéressé est vide. Dans ces conditions, compte tenu de la nature et de l'ancienneté des faits à la date de la décision contestée et de leur caractère isolé, en estimant que ces faits révélaient que le comportement de M. B était incompatible avec la détention d'une arme au sens des dispositions précitées du code de la sécurité intérieure, la préfète de la Gironde a commis une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. D'une part, eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, que le préfet de la Gironde, s'il y a eu des saisies, restitue les armes de M. B et retire son inscription au FINIADA. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Gironde d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. D'autre part, s'agissant du permis de chasse, compte tenu de la période de validité d'un an maximum, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet de procéder à la restitution du titre devenu caduc. Les conclusions tendant à la restitution du permis de chasser doivent être rejetées.

7. Enfin, l'annulation de l'arrêté contesté implique nécessairement la levée de l'interdiction d'acquérir et de détenir des armes prises à l'encontre de M. B, sans qu'il soit besoin de prononcer une injonction de délivrer une quelconque autorisation ni de retirer l'interdiction d'acquisition des armes de toute catégorie dont l'intéressé a fait l'objet. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 juin 2022 de la préfète de la Gironde est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de retirer l'inscription de M. B au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et de restituer à l'intéressé les armes saisies dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Brouard-Lucas, présidente,

M. Bourdarie, premier conseiller,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

C. PASSERIEUX

La présidente,

C. BROUARD-LUCAS

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2203694

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