Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203708

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203708
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Haas, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 7 mars 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui accorder le regroupement familial au profit de son épouse et de leurs deux enfants mineurs, ainsi que de la décision implicite rejetant son recours gracieux, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui accorder le regroupement familial sollicité, dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 80 euros par jour de retard, ou à tout le moins de procéder au réexamen de sa demande, dans les mêmes conditions d'exécution ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que :

-- les époux se sont mariés le 31 janvier 2018, et ne peuvent vivre en communauté depuis plus de 4 ans, alors que de leur union sont nés deux enfants en juillet 2019 et juin 2021 ;

-- les liens effectifs unissant leur cellule familiale demeurent étroits en dépit de leur éloignement géographique, M. A effectuant des allers et retours réguliers au Pakistan dans la mesure de ses obligations professionnelles, et adressant à sa famille de mandats RIA très régulièrement ;

-- toutefois, l'impossibilité de vivre une vie privée et familiale normale devient délétère et pèse sur l'état psychique de madame et des enfants, lesquels, en bas âge, ont besoin de vivre auprès de leur père ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté dès lors que :

-- cette décision est entachée d'une erreur de fait quant à la période de référence des ressources prises en compte par l'administration ;

-- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il remplit l'ensemble des conditions légales, tant en ce qui concerne les ressources que le logement ;

-- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;

-- elles méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête au fond tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Lévy Ben Cheton, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ". L'article L. 522-3 dispose cependant que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Pour justifier de l'urgence à ce que soit suspendue l'exécution de la décision du 7 mars 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a de nouveau refusé de lui accorder le regroupement familial au bénéfice de son épouse et de leurs deux enfants âgés de 3 ans et 1 an, M. A fait valoir qu'en dépit de ses séjours réguliers au Pakistan, ces derniers souffrent psychiquement de ne pouvoir jouir d'une vie familiale normale compte tenu l'éloignement géographique qui, le reste du temps, les sépare. Il résulte cependant de l'instruction que si le requérant réside en France depuis 2013 et qu'il bénéficie d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'en 2026, il a néanmoins contracté mariage au Pakistan en 2018 avec une compatriote, replaçant ainsi le centre de sa vie privée et famille sur le territoire de cet Etat, dont il a la nationalité et où sont nés, en 2019 puis 2021, leurs deux enfants. Compte tenu de ces éléments, et en l'absence de circonstances particulières, M. A n'établit pas que le refus de regroupement opposé par la préfète de la Gironde préjudicierait de manière grave et immédiate à sa situation et à celle de sa famille. La condition d'urgence, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne saurait dès lors être en l'espèce tenue pour satisfaite.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, que la requête de M. A doit être rejetée par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés à l'instance.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie sera adressée pour information à la préfète de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 08 juillet 2022.

Le juge des référés,

L. Lévy Ben Cheton

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,