mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203761 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 mars 2022 par laquelle le ministre chargé des transports a fixé le montant de son complément indemnitaire annuel (CIA) à 250 euros au titre de l'année 2021 ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé par la direction générale de l'aviation civile sur son recours gracieux formé le 11 avril 2022 ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'aviation civile (DGAC) de rapporter la décision du 22 mars 2022, de fixer le montant de son CIA pour 2021 à 1 200 euros et de procéder au versement du solde restant dû dans un délai qui ne saurait excéder deux mois.
Il soutient que :
- cette décision a méconnu l'article 4 du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 dès lors que le montant du CIA qui lui a été attribué au titre de l'année 2021 ne lui a été notifié que le 22 mars 2022 alors que cette notification aurait dû intervenir avant le 31 décembre 2021 ;
- cette décision a méconnu l'article 4 du décret précité du 20 mai 2014, l'article 55 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et la note de gestion du 3 août 2021 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le montant de son CIA pour 2021 ne tient pas compte de l'appréciation portée sur sa manière de servir dans le compte rendu de son entretien professionnel au titre de l'année 2020 ;
- le CIA qui aurait dû lui être attribué devrait a minima correspondre à une manière de servir " satisfaisante ", ce qui correspond à la somme de 1 200 euros, de sorte que le montant qui lui a été attribué lui porte préjudice.
Par ordonnance du 19 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 septembre 2023.
Un mémoire présenté par la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation a été enregistré le 31 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;
- l'arrêté du 5 novembre 2021 portant application au corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat et aux emplois d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe et du 2e groupe des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaouën,
- et les conclusions de Mme Caste, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est ingénieur des travaux publics de l'Etat (ITPE), affecté au service national d'ingénierie aéroportuaire au sein du secrétariat général de la direction générale de l'aviation civile, qui relève du ministère chargé des transports, où il occupait les fonctions de chef de projet en programmation et aménagement. Par une décision du 22 mars 2022 prise pour la mise en œuvre de l'adhésion rétroactive du corps des ingénieurs des travaux publics de l'État au régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) à compter du 1er janvier 2021, le montant du complément indemnitaire annuel attribué à M. B au titre de l'année 2021 a été fixé à 250 euros. Celui-ci a formé le 11 avril 2022 un recours gracieux, implicitement rejeté, à l'encontre de cette décision. Il doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 22 mars 2022 ainsi que la décision rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat, rendu applicable au corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat par l'arrêté susvisé du 5 novembre 2021 : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret. ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Les fonctionnaires mentionnés à l'article 1er peuvent bénéficier d'un complément indemnitaire annuel qui tient compte de l'engagement professionnel et de la manière de servir, appréciée dans les conditions fixées en application de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. / Il est compris entre 0 et 100 % d'un montant maximal par groupe de fonctions fixé par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. / Le complément indemnitaire fait l'objet d'un versement annuel, en une ou deux fractions, non reconductible automatiquement d'une année sur l'autre. ". Aux termes de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, codifié depuis le 1er mars 2022 à l'article L. 521-1 du code général de la fonction publique : " L'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct, qui donne lieu à un compte rendu. () ".
3. D'autre part, il résulte de la note de gestion des ministres de la transition écologique, de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales et de la mer du 3 août 2021, relative à la mise en œuvre du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) pour les agents des MTE/MCTRCT/MM, publiée au bulletin officiel de ces ministères, que le montant du complément indemnitaire annuel (CIA) de l'année N est déterminé en fonction du compte-rendu d'entretien professionnel de l'année N portant sur l'évaluation de l'année N-1. Il résulte également de cette note que l'évaluation de la manière de servir de l'agent pour l'établissement du montant de son CIA est réalisée au regard d'une grille comportant cinq niveaux d'appréciation de la manière de servir et que cette grille, qui comporte une ligne concernant le " 1er niveau de grade des corps de catégorie A n'intégrant pas un indice HEC " et cite une liste, qualifiée de " non exhaustive ", des corps correspondants, est applicable aux ITPE, y compris s'ils ne sont pas issus de l'ancien corps des ingénieurs des affaires maritimes, l'adhésion du corps des ITPE au RIFSEEP ayant été effectuée de manière rétroactive à compter du 1er janvier 2021. Le niveau " insuffisant " concerne " les agents qui font preuve d'une défaillance caractérisée en matière d'engagement et d'implication professionnels dans les missions qui leur sont dévolues " et le montant du CIA attribué aux ingénieurs des travaux publics de l'Etat affectés en administration centrale dont la manière de servir correspond à ce niveau est compris entre 0 et 480 euros. Le niveau " à développer / à consolider " concerne les agents dont les " connaissances sont élémentaires " et qui nécessitent " un accompagnement important ", pour un montant de CIA compris entre 481 et 960 euros. Le niveau " satisfaisant " est attribué aux agents dont " les connaissances sont générales et en conformité avec les attentes de la hiérarchie " et qui font " preuve d'une autonomie dans la prise en charge de situations courantes " ; le montant de CIA correspondant est fixé entre 961 et 1 200 euros. Le niveau " très satisfaisant " concerne les agents dont " les connaissances sont approfondies " et qui font " preuve d'une autonomie et/ou d'une très forte implication dans la prise en charge de situations complexes ", pour un montant de CIA compris entre 1 201 et 1 800 euros. Enfin, le niveau " excellent ", qui permet l'attribution d'un CIA dont le montant est supérieur ou égal à 1 801 euros, correspond aux agents qui " domine[nt] les sujets traités, [sont] capable[s] de les faire évoluer et f[ont] preuve d'une implication au-delà des attentes ". Enfin, la note de gestion prévoit que lorsque le montant du CIA attribué à un agent est compris dans la fourchette des montants correspondant à une manière de servir " insuffisante ", un rapport justificatif doit être établi et transmis à l'agent.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu attribuer un montant de CIA de 250 euros, ce qui correspond, selon le référentiel figurant dans la note de gestion précitée, à une manière de servir jugée " insuffisante ". Toutefois, il ressort du compte-rendu d'entretien professionnel établi en 2021 au titre de l'année 2020 que tous les objectifs fixés à M. B pour l'année 2020 ont été atteints et que ses compétences professionnelles, évaluées sur une échelle comportant quatre niveaux, " initié ", " pratique ", " maîtrise " et " expert ", ont toutes été estimées au niveau " expert ". En outre, s'agissant de la rubrique " participation à la vie collective ", son supérieur hiérarchique a estimé que M. B " est un agent investi et impliqué dans l'équipe, rigoureux, dynamique et attaché à la cohésion ", qui " sait analyser les problématiques rencontrées au niveau de l'équipe, notamment liées à la gestion de certains agents " et a su, à ce titre, " accompagner l'évolution de poste d'un dessinateur et accompagner un agent en difficulté professionnelle et personnelle " et participer à la formation des agents. Enfin, l'appréciation littérale portée sur ce compte-rendu indique notamment que l'intéressé a été " très productif et efficace sur les projets conduits " en dépit du contexte complexe de l'année 2020, que " la production d'études complexes et significatives () lui permet d'être pleinement expert et reconnu sur sa fonction ", qu'" au-delà de la bonne exécution de son plan de charge, [son] investissement dans les dossiers transverses démontre sa capacité d'analyse, de synthèse et sa hauteur de vue ", qu'il " sait parfaitement prendre les initiatives nécessaires et fait preuve d'une grande réactivité ", qu'il est " reconnu pour ses qualités relationnelles ", qu'il " travaille en bonne entente avec la responsable du bureau de Bordeaux avec laquelle il forme une équipe efficace dans l'animation de l'équipe et le pilotage de projets, dans un contexte spécifique de site distant, traduisant un haut degré d'autonomie " et qu'" au regard du parcours réalisé et de l'investissement fourni, [il] peut aujourd'hui se rapprocher du grade d'[ingénieur divisionnaire des travaux publics de l'Etat] () qu'il saura sans aucun doute valoriser avec qualité ". Eu égard à l'ensemble des appréciations très élogieuses portées dans ce compte-rendu, qui, ainsi qu'il résulte des dispositions précitées, constitue le document de référence pour apprécier la manière de servir de l'intéressé, la décision du 22 mars 2022 attribuant à M. B un montant de CIA de 250 euros, correspondant à une manière de servir " insuffisante ", pour l'année 2021, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
5. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 mars 2022 fixant à 250 euros le montant de son complément indemnitaire annuel au titre de l'année 2021, ainsi que celle de la décision implicite rejetant son recours gracieux formé le 11 avril 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. L'annulation de la décision du 22 mars 2022 fixant le montant du CIA attribué à M. B au titre de l'année 2021 à 250 euros implique seulement, eu égard aux motifs du présent jugement, le réexamen du montant de cette indemnité en tenant compte de l'appréciation portée sur la manière de servir de l'intéressé dans son compte-rendu d'entretien professionnel pour l'année 2020. Il y a lieu d'enjoindre au ministre chargé des transports d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, le cas échéant, de procéder au rappel d'indemnité correspondant dans le même délai.
D E C I D E:
Article 1er : La décision du 22 mars 2022 fixant à 250 euros le montant du complément indemnitaire annuel attribué à M. B au titre de l'année 2021 et la décision rejetant implicitement son recours gracieux formé le 11 avril 2022 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre chargé des transports de procéder au réexamen du montant du CIA attribué à M. B au titre de l'année 2021 en tenant compte de l'appréciation portée sur sa manière de servir dans son compte-rendu d'entretien professionnel pour l'année 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, le cas échéant, de procéder au rappel d'indemnité correspondant dans le même délai.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre chargé des transports.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bourgeois, président,
- Mme Jaouën, première conseillère,
- M. Josserand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
S. JAOUËN Le président,
M. BOURGEOIS
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne au ministre chargé des transports en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026