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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203844

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203844

vendredi 10 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203844
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCHAMBORD AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2203844, enregistrée le 13 juillet 2022, et par un mémoire, enregistré le 25 juin 2024, M. et Mme A et C B, représentés par Me Ducourau, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2022 par lequel le maire de la commune de Cénac a refusé de leur délivrer un permis de construire pour édifier une maison individuelle sur un lot divisé sur les parcelles cadastrées à l'origine section AC n°s 419 et 485, situées 10 chemin de Mons, ensemble la décision du 9 mai 2022 par laquelle cette autorité a rejeté le recours gracieux qu'ils ont formé contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Cénac de leur délivrer le permis de construire demandé dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cénac la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le motif tiré du dépassement de l'emprise maximum autorisée est entaché d'erreur de droit ; l'emprise maximum autorisée ne doit être appréciée qu'au regard de la superficie du seul lot sur lequel la construction est projetée ;

- le maire de la commune de Cénac était en situation de compétence liée quant à la délimitation du périmètre de l'opération en litige, au regard de ses décisions, devenues définitives, de ne pas s'opposer aux divisions foncières préalablement effectuées ;

- les motifs nouveaux dont la commune de Cénac demande subsidiairement la substitution à celui retenu dans la décision contestée, ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, la commune de Cénac, représentée par Me Chambord, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme B.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés ;

- subsidiairement, au motif retenu dans l'arrêté en litige peut être substitué ceux tirés, d'une part, de ce que, au regard de la règle d'emprise au sol maximum, les droits à construire sont d'ores et déjà consommés en raison de la construction existante et de ses annexes et, d'autre part, du défaut de conformité du projet aux règles du PLU relatives au recul de la construction vis-à-vis de la voie publique.

II. Par une requête n° 2203845, enregistrée le 13 juillet 2022, et par un mémoire, enregistré le 25 juin 2024, M. et Mme A et C B, représentés par Me Ducourau, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2022 par lequel le maire de la commune de Cénac a refusé de leur délivrer un permis de construire pour édifier une maison individuelle sur un lot divisé sur les parcelles cadastrées à l'origine section AC n°s 419 et 485, situées 10 chemin de Mons, ensemble la décision du 9 mai 2022 par laquelle cette autorité a rejeté le recours gracieux qu'ils ont formé contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Cénac de leur délivrer le permis de construire demandé dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cénac la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le motif tiré du dépassement de l'emprise maximum autorisée est entaché d'erreur de droit ; l'emprise maximum autorisée ne doit être appréciée qu'au regard de la superficie du seul lot sur lequel la construction est projetée ;

- le maire de la commune de Cénac était en situation de compétence liée quant à la délimitation du périmètre de l'opération en litige, au regard de ses décisions, devenues définitives, de ne pas s'opposer aux divisions foncières préalablement effectuées ;

- le motif nouveau, dont la commune de Cénac demande subsidiairement la substitution à celui retenu dans la décision contestée, n'est pas fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, la commune de Cénac, représentée par Me Chambord, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme B.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés ;

- subsidiairement, au motif retenu dans l'arrêté en litige peut être substitué celui tiré de ce que, au regard de la règle d'emprise au sol maximum, les droits à construire sont d'ores et déjà consommés en raison de la construction existante et de ses annexes.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pinturault,

- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,

- et les observations de Me Ducourau, représentant M. et Mme B, et D, représentant la commune de Cénac.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A et C B demandent l'annulation des arrêtés du 9 janvier 2022 par lesquels le maire de la commune de Cénac a refusé de leur délivrer des permis de construire pour édifier une maison individuelle sur chacun des lots A et B qui ont été divisés sur les parcelles cadastrées à l'origine section AC n°s 419 et 485, situées 10 chemin de Mons, et des décisions du 9 mai 2022 par lesquelles cette autorité a rejeté les recours gracieux qu'ils ont formé contre ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 2203844 et 2203845 présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, et d'une part, aux termes des dispositions générales du règlement de la zone UM du plan local d'urbanisme de la commune de Cénac : " () Dans les cas d'un lotissement ou dans celui de la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës : / Les dispositions du présent règlement s'appliquent à chaque terrain issu d'une division foncière en propriété ou en jouissance, en particulier pour les règles d'implantation des constructions (R) et celles relatives à la part minimale de surfaces non imperméabilisées () A l'inverse, les dispositions du présent règlement relatif à l'emprise au sol maximale autorisée (ES) sont appréciées à l'échelle de l'assiette de l'ensemble du projet et non lot par lot. " Selon le tableau inclus dans l'article 5.3 de ce règlement, pour les constructions destinées à l'habitation, l'emprise au sol (ES) des constructions est égale à la surface du terrain (S) multipliée par 0.12 quand cette surface est inférieure ou égale à 500 m², elle est égale à 60 + (S - 500) x 0,09 quand cette surface est supérieure à 500 m² et inférieure ou égale à 1 000 m², elle est égale à 105 + (S-1000) x 0,07 quand cette surface est supérieure à 1 000 m² et inférieure ou égale à 2 000 m², elle est égale à 175 + (S - 2000) x 0,03 quand cette surface est supérieure à 2 000 m² et inférieure ou égale à 3 000 m², et elle est égale à 205 + (S - 3000) x 0,03 quand cette surface est supérieure à 3 000 m².

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Aux termes de l'article L. 442-1-2 du même code : " Le périmètre du lotissement comprend le ou les lots destinés à l'implantation de bâtiments ainsi que, s'ils sont prévus, les voies de desserte, les équipements et les espaces communs à ces lots. Le lotisseur peut toutefois choisir d'inclure dans le périmètre du lotissement des parties déjà bâties de l'unité foncière ou des unités foncières concernées ". Aux termes de l'article R. 442-1 de ce code : " Ne constituent pas des lotissements au sens du présent titre et ne sont soumis ni à déclaration préalable ni à permis d'aménager : / () e) Les détachements de terrains supportant des bâtiments qui ne sont pas destinés à être démolis () ".

5. Il résulte de ces dispositions que la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière constitue un lotissement dès lors que l'un au moins des terrains issus de cette division est destiné à être bâti. Le périmètre du lotissement peut ainsi, au choix du lotisseur, ne comprendre qu'un unique lot à bâtir ou comprendre, avec un ou des lots à bâtir, des parties déjà bâties de l'unité foncière.

6. En l'espèce Mme C B a acquis, par donation, la parcelle cadastrée à l'origine section AC n° 419 et, par achat, la parcelle cadastrée à l'origine section AC n° 485, contiguës. Mme B et son mari ont fait construire leur maison individuelle sur la parcelle cadastrée à l'origine section AC n° 419. Le 23 avril 2021, Mme B a déposé une demande de certificat d'urbanisme opérationnel en vue de diviser deux lots à bâtir sur ces deux parcelles. A la suite de cette demande, le maire de la commune de Cénac a délivré un certificat opérationnel positif le 28 juin 2021. Le 4 novembre 2021, le maire de la commune de Cénac a certifié qu'il ne s'est pas opposé à une déclaration préalable déposée le 30 août 2021 en vue de détacher un lot à bâtir, désigné " lot A ", constitué par une partie non bâtie de la parcelle cadastrée à l'origine section AC n° 419 et par une partie de la parcelle cadastrée à l'origine section AC n° 485, alors dépourvue de construction. Par une décision du 2 novembre 2021, le maire de la commune de Cénac ne s'est pas opposé à une autre déclaration préalable, déposée également le 30 août 2021 et complétée le 22 septembre 2021, afin de détacher un autre lot à bâtir, désigné " lot B ", constitué par une autre partie non bâtie de la parcelle alors cadastrée section AC n° 419 et par une autre partie de la parcelle cadastrée section AC n° 485. Par un acte authentique du 18 mars 2022, Mme B a cédé à son fils cadet la nue-propriété des parcelles désormais cadastrées section AC n°s 500 et 502, qui correspondent au lot A, et à sa fille aînée les parcelles désormais cadastrées section AC n°s 501 et 503, qui correspondent au lot B. Les deux demandes de permis de construire ayant donné lieu aux arrêtés contestés ont été respectivement déposées, de manière simultanée, le 14 décembre 2021, pour chacun de ces deux lots.

7. Les arrêtés en litige ont été pris sur le fondement d'un motif unique, tiré de ce que le projet excède la surface d'emprise maximale autorisée, par rapport à la superficie de l'ensemble du projet, constitué par les deux lots A et B. Dans ses écritures, la commune de Cénac, précisant ce motif, estime que le fractionnement de la division foncière en deux opérations distinctes pour les deux lots constitués, a été artificiellement conçu pour échapper à l'application des règles d'emprise maximale.

8. Tout d'abord, si chacune des maisons projetées, dont l'emprise au sol est de 104,95 m², n'excède pas l'emprise maximale de 105 m² calculée par rapport à la surface de 1 000 m² de chacun des lots A et B sur lequel sa construction est envisagée, en revanche, comme l'expose aussi la commune dans les motifs des arrêtés contestés, l'emprise totale des deux maisons excède l'emprise maximale autorisée par rapport à la superficie totale des deux lots, c'est-à-dire 175 m². Or, selon l'explication que Mme B a elle-même fournie dans le formulaire de la demande de certificat d'urbanisme qu'elle a déposé le 23 avril 2021, " le projet de détachement de deux terrains à bâtir fera[it] l'objet d'un dépôt d'une déclaration préalable pour chaque lot ", et la règle d'emprise au sol autorisée " sera[it] appliquée lot par lot ". Les dépôts simultanés des deux déclarations préalables ont en outre été suivis, après que le maire ne s'y est pas opposé, par les dépôts simultanés des deux demandes de permis de construire en cause. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que la division foncière réalisée en 2021 constitue en réalité une seule et unique opération de lotissement ayant porté, dans son ensemble, sur deux lots à bâtir, et que son fractionnement en deux opérations de division distinctes, une pour chacun des deux lots à bâtir, n'a constitué qu'un artifice dont le seul objet a été d'échapper à la règle d'emprise maximale qui, selon les dispositions générales précitées du règlement du PLU, doit être appliquée par rapport au périmètre de l'opération, considérée dans son ensemble, et non lot par lot. Par conséquent, le maire de la commune de Cénac n'a pas entaché ses décisions d'une erreur de droit en rétablissant, pour l'application de cette règle, le périmètre du projet qui, considéré dans son ensemble, englobe les deux lots à bâtir.

9. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le maire de la commune de Cénac aurait commis une erreur de droit en n'appliquant pas la règle d'emprise au sol maximum par rapport à la superficie de chacun des deux lots, individuellement considéré, doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la légalité et le caractère définitif des décisions par lesquelles le maire ne s'est pas opposé aux deux déclarations préalables dont sont issus les lots A et B, est sans incidence sur l'appréciation de la légalité des deux arrêtés de refus de permis de construire en litige, qui n'est pas une mesure d'application des déclarations préalables. Le moyen tiré de ce que le maire était en situation de compétence liée au regard de ces deux précédentes décisions, dont les arrêtés contestés ne peuvent être aucunement regardés, contrairement à ce qui est soutenu, comme comportant leur retrait, doit donc être écarté, comme inopérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Cénac, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent M. et Mme B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre solidairement à la charge de M. et Mme B une somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2203844 et 2203845 présentées par M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : M. et Mme B verseront à la commune de Cénac une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et C B, et à la commune de Cénac.

Délibéré après l'audience du 8 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

Mme Fazi-Leblanc, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2025.

Le rapporteur,

M. PINTURAULT

La présidente,

C. CABANNE La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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