mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203847 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS SEBAN NOUVELLE AQUITAINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 juillet 2022 et le 7 octobre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la SAS Hivory, représentée par Me Cloëz, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel la maire de la commune de Boé s'est opposée à la déclaration préalable déposée le 21 février 2022 ainsi que la décision du 21 juin 2022 par laquelle la maire a rejeté son recours gracieux tendant au retrait de l'arrêté du 17 mai 2022 ;
2°) d'enjoindre à la maire de la commune de Boé, à titre principal, de lui délivrer une décision de non-opposition à déclaration préalable, à titre subsidiaire de réexaminer la déclaration préalable du 21 février 2022, le tout dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Boé une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article II-11-2.2 du règlement du plan de prévention du risque inondation ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en s'opposant au projet sur le fondement de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2024, la commune de Boé, représentée par Me Jacquier, conclut :
- au rejet de la requête ;
- et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SAS Hivory sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourdarie,
- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Jacquier représentant la commune de Boé.
Considérant ce qui suit :
1. Le 21 février 2022 la SAS Hivory a déposé une déclaration préalable aux fins d'édifier un pylône supportant un relais de radiotéléphonie mobile sur la parcelle cadastrée section AE n° 5 au 107 avenue de Bigorre sur la commune de Boé (Lot-et-Garonne). Par un arrêté du 17 mai 2022, la maire de cette commune s'est opposée à la déclaration préalable puis, par un arrêté du 21 juin suivant, elle a rejeté le recours gracieux tendant au retrait de l'arrêté portant opposition. Par sa requête, la SAS Hivory demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 et celui du 21 juin 2022.
Sur les conclusions en annulation :
2. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
3. Il résulte des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme que, pour rechercher l'existence d'une atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, de nature à fonder la décision d'opposition à déclaration préalable, il appartient à l'autorité administrative compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Il est exclu de procéder, dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité de la décision, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés par l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et par le PLUi de la commune. En outre, l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme permet de rejeter ou d'assortir de réserves les seuls projets qui, par leurs caractéristiques et aspect extérieur, portent une atteinte visible à leur environnement naturel ou urbain.
4. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle d'assiette du projet d'implantation d'un pylône surmonté d'une antenne-relais de radiotéléphonie est située en zone UXa du PLUi correspondant à une zone urbaine d'activités économiques dédiée principalement aux activités de type tertiaire. La maire de la commune de Boé s'est opposée au projet au motif que ses caractéristiques portaient atteinte à l'écoquartier en cours d'aménagement à proximité, sur la ZAC de Marot.
5. Il ressort du mémoire en défense communiqué à la SAS Hivory que la commune se prévaut également au soutien du motif tiré de de l'atteinte aux paysages de l'impact visuel du projet sur le site inscrit des Chutes des Coteaux de Gascogne situé à proximité immédiate.
6. La parcelle d'assiette du projet, implantée au sein d'une zone d'activités économiques à proximité de commerces et de grandes surfaces, se situe à environ 50 mètres d'une vaste zone naturelle d'environ 40 hectares elle-même incluse dans l'agglomération et dépourvue de protection particulière. Il ressort des pièces du dossier que les caractéristiques architecturales de l'écoquartier à construire sur la ZAC de Marot, encore à l'état de projet, ne présentent pas d'intérêt particulier. Le site d'implantation du projet en est lui aussi dépourvu. Par ailleurs, la parcelle d'assiette est située à environ 500 mètres au nord de la limite du site des Chutes des Coteaux de Gascogne, inscrit par arrêté ministériel du 25 octobre 1978 sur la liste des monuments naturels et des sites dont la conservation ou la préservation, présente un intérêt général du point de vue artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque, au sens des dispositions de l'article L. 341-1 du code de l'environnement. Ce site est toutefois séparé de la parcelle d'assiette du projet par plusieurs bâtiments de la zone d'activités économiques de type industriel ou commercial sans intérêt particulier. Dans ce contexte, il ressort des pièces du dossier que le projet en litige ne portera pas atteinte aux caractéristiques de ce site qui s'étend sur plusieurs communes et correspond à la " rencontre particulière entre la fin des coteaux de Gascogne et la vallée de la Garonne ". Tout au plus, compte tenu de sa hauteur de 42 mètres et de sa couleur rouge et blanche, le pylône risque d'être visible, au milieu de bâtiments industriels et commerciaux, depuis les coteaux précédant les chutes du point de vue topographique. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'accueillir la substitution de motifs sollicitée par la commune de Boé. Par suite, l'arrêté en litige est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel la maire de la commune de Boé s'est opposée à la déclaration préalable ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 21 juin 2022 par laquelle elle a rejeté le recours gracieux tendant au retrait de l'arrêté du 17 mai 2022.
8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen invoqué n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.
Sur les conclusions en injonction :
9. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
10. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un motif que l'administration n'a pas relevé ou qu'un changement dans la situation de droit ou de fait du projet en litige ferait obstacle à la délivrance de la déclaration préalable sollicitée, le cas échéant assortie d'une prescription. Il y a lieu d'enjoindre à la maire de la commune de Boé de délivrer à la société Hivory une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme demandée à ce titre par la commune de Boé soit mise à la charge de la SAS Hivory qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Boé, sur le fondement des mêmes dispositions, une somme de 1 500 euros à verser à la SAS Hivory.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 17 mai 2022 et la décision du 21 juin 2022 de rejet du recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la maire de la commune de Boé de délivrer à la SAS Hivory une déclaration de non-opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Boé versera une somme de 1 500 euros à la SAS Hivory sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Hivory et à la commune de Boé.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Brouard-Lucas, présidente,
M. Bourdarie, premier conseiller,
Mme Caste, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
Le rapporteur,
H. BOURDARIE
La présidente,
C. BROUARD-LUCASLa greffière,
A. JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026