mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204035 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | LAPLAGNE ET BROUILLOU-LAPORTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 juillet 2022 et 22 avril 2024, Mme D B, représentée par Me Laplagne, demande au tribunal :
1°) d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale aux fins de déterminer le taux de séquelles imputables à sa maladie professionnelle ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le directeur du centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux a implicitement rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision du 14 mars 2022 par laquelle cette même autorité a fixé le taux de séquelles imputables à sa maladie professionnelle à 18 % ;
3°) d'enjoindre au directeur du CHU de Bordeaux de fixer le taux de ses séquelles imputables à 35 % et d'en " tirer toutes les conséquences en termes de reconstitution de carrière, de droits à rémunération et à pension " ;
4°) de mettre à la charge du CHU de Bordeaux la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle est fondée à solliciter la révision du taux de séquelles imputables à sa maladie professionnelle, qui doit être fixé à 35 %, au regard des conclusions du rapport d'expertise psychiatrique du Dr A ;
- elle est fondée à solliciter une nouvelle expertise médicale dès lors que les conclusions du rapport d'expertise du Dr E présentent des erreurs et contradictions et que ce praticien n'est pas spécialisé en psychiatrie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2023, la caisse des dépôts et consignation de Bordeaux conclut à sa mise hors de cause.
Elle fait valoir que, Mme B ne contestant aucune décision prise par la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, elle est fondée à solliciter sa mise hors de cause.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 mai et 26 octobre 2023, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux, représenté par Me Meillon, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le décret n° 2001-99 du 31 janvier 2001 portant modification du décret n° 68-756 du 13 août 1968 pris pour l'application de l'article L. 28 (3ème alinéa) du code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,
- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,
- les observations de Me Tekin, substituant Me Laplagne, représentant Mme B,
- et les observations de Me Meillon, représentant le CHU de Bordeaux.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, adjointe administrative principale de 2ème classe au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux a été victime d'un harcèlement moral à compter du 3 février 2017, lequel a été reconnu comme maladie professionnelle par décision du 3 septembre 2018 de son employeur. Par décision du 30 avril 2018, l'intéressée a été admise à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er octobre 2018. Après avoir recueilli les conclusions de l'expertise médicale de l'intéressée réalisée par le Dr C le 22 juillet 2020 et l'avis de la commission départementale de réforme en date du 21 octobre 2021, le directeur général du CHU de Bordeaux a, par décision du 14 mars 2022, fixé la date de consolidation de la maladie professionnelle de Mme B au 16 septembre 2020, avec un taux de séquelles imputables de 18 %. Par courrier du 20 mai 2022, Mme B a formé un recours gracieux contre cette décision, en tant qu'elle fixe à 18 % le taux de séquelles imputables à sa maladie professionnelle. Le silence gardé par le CHU de Bordeaux sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Saisie par Mme B, la présidente de ce tribunal a, par ordonnance n° 2204036 du 29 mars 2023, ordonné une expertise médicale en vue notamment de dire si l'état de l'intéressée lié à sa maladie professionnelle imputable au service a entrainé une incapacité totale ou partielle d'exercer son activité professionnelle et/ou un déficit fonctionnel temporaire partiel ou total résultant de troubles physiques ou psychologiques, d'en préciser les dates de début et de fin ainsi que le ou les taux. L'expert a déposé son rapport le 26 septembre 2023. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le directeur général du CHU de Bordeaux a implicitement rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision du 14 mars 2022 en tant qu'elle fixe à 18 % le taux de séquelles imputables à sa maladie professionnelle.
Sur la demande de contre-expertise de Mme B :
2. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. () ".
3. Ainsi qu'il a été dit au point 1, une expertise médicale a été ordonnée par la présidente de ce tribunal le 29 mars 2023 et un rapport a été établi le 20 septembre 2023 par le docteur E, médecin généraliste, à la suite de la transmission du dossier médical de l'intéressée, d'une réunion et de l'examen de Mme B. Si la requérante soutient que ce rapport ne saurait être pris en compte dès lors que le docteur E n'est pas spécialisé en psychiatrie, il ressort des pièces du dossier que ce dernier est un médecin généraliste agrée, expert près la cour d'appel de Bordeaux, titulaire d'un diplôme universitaire en réparation juridique du dommage corporel et de diplômes interuniversitaires en expertise psychiatrique et en psychiatrie criminelle et médico-légale. Par ailleurs, si la requérante fait valoir que son rapport est entaché d'erreurs et d'incohérences, s'agissant notamment de son analyse selon laquelle elle présenterait une personnalité sensitive de type Kretschmer, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, Mme B avait été préalablement également été examinée par le Dr C et le Dr A, médecins spécialisés en psychiatrie, lesquels ont déposé leurs rapports d'expertise les 21 mai 2019, 22 juillet 2020 et 20 mai 2022 qui ont été pris en compte par le Dr E, d'autre part, les parties, qui ont eu communication de l'ensemble de ces rapports d'expertise, ont pu les discuter dans le cadre de la présente instance. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette qualification, qui n'est d'ailleurs avancée qu'à titre d'hypothèse, aurait un effet déterminant sur la fixation du taux de séquelles imputable à la maladie professionnelle de l'intéressée en litige dans la présente instance. Ainsi, en se bornant à critiquer l'absence de spécialisation en psychiatrie du Dr E et son analyse figurant dans le rapport d'expertise du 20 septembre 2023 s'agissant de l'identification d'une personnalité sensitive, Mme B n'apporte aucun élément objectif de nature à susciter un doute légitime quant aux compétences de l'expert.
4. Ainsi, eu égard aux éléments versés aux débats et au contenu du rapport remis par le docteur E, ainsi qu'aux conditions dans lesquelles cette expertise judiciaire a été menée, le tribunal disposant des éléments d'information nécessaires à la solution du litige, il ne résulte pas de l'instruction qu'une nouvelle mesure d'expertise présenterait un caractère utile. Dès lors, les conclusions de Mme B tendant à la réalisation d'une nouvelle expertise doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " () Le taux d'invalidité est déterminé compte tenu d'un barème indicatif fixé par décret. " Pour l'application de ces dispositions, il est joint en annexe du décret du 13 août 1968 pris pour l'application de l'article L. 28 (3e alinéa) du code des pensions civiles et militaires de retraite un barème indicatif devant servir à la détermination du pourcentage de l'invalidité résultant de l'exercice des fonctions.
6. La fixation ou la révision du taux d'invalidité s'apprécie en fonction de l'analogie des séquelles objectivement constatées avec les descriptions qu'en donnent, par catégorie de maladies ou de blessures, les rubriques du barème indicatif du décret du 13 août 1968 modifié, pris pour l'application de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite.
7. Il ressort des pièces du dossier que, pour fixer à 18 % le taux des séquelles imputables à la maladie professionnelle de Mme B, le CHU de Bordeaux s'est principalement fondé sur les conclusions du 22 juillet 2020 du docteur C, médecin agréé spécialisé en psychiatrie, ainsi que sur l'avis de la commission de réforme du département de la Gironde du 21 octobre 2021, lesquels ont retenu un taux imputable de 18 %. Mme B soutient que le taux de séquelles imputables à sa maladie professionnelle devrait être fixé à 35 % en faisant valoir que, dans le cadre de son rapport établi le 20 mai 2022, le Dr A a relevé que l'intéressée n'avait aucun antécédent sur le plan psychiatrique antérieurement à son arrêt de travail du 3 février 2017, qu'elle présentait des séquelles particulièrement invalidantes des suites d'un état dépressif dont les signes résiduels sont encore présents et fixé le taux d'imputabilité de sa maladie à 35 % " selon le barème applicable aux fonctionnaires ". Toutefois, d'une part, il ressort de la consultation du barème indicatif mentionné aux points précédents que ce taux excède le seuil maximal de cotation prévu pour les états dépressifs chroniques, fixé à 30 %. D'autre part, il ressort de ce rapport que le Dr A a relevé que la requérante présente un " état dépressif d'intensité moyenne " et côté cet état dépressif à 26/60. De plus, il ressort du rapport du Dr C du 22 juillet 2020 que, si les doléances de la requérante font état de troubles de type anxieux à thématique essentiellement phobique, ces troubles ne sont pas à l'origine d'un handicap majeur mais altèrent sa qualité de vie, tandis que persistent des séquelles relatives à l'image de soi. En outre, il ressort de l'expertise judiciaire du Dr E du 20 septembre 2023 que la requérante ne regroupe pas tous les critères du chapitre relatif aux névroses à composante dépressive, de sorte qu'il est justifié de retenir, selon lui, une incapacité permanente partielle de 15%, dont il estime en outre qu'elle devrait être minimisée en raison d'un état antérieur interférant. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans la fixation du taux d'incapacité permanente partielle doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les frais liés au litige :
9. En premier lieu, les frais et honoraires de l'expertise ont été taxés et liquidés par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux par ordonnance du 11 octobre 2023, à la somme de 1 100 euros. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre ces frais à la charge définitive de Mme B.
10. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du CHU de Bordeaux qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que réclame la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B une somme à verser au CHU de Bordeaux sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 100 euros, sont mis à la charge définitive de Mme B.
Article 3 : Les conclusions présentées par le CHU de Bordeaux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Brouard-Lucas, présidente,
M. Bourdarie, premier conseiller,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
C. PASSERIEUX
La présidente,
C. BROUARD-LUCAS
La greffière,
A. JAMEAU
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2204035
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026