Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204194
mardi 25 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204194 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2022, M. E B représenté par Me Larré, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 février 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que son parcours suffit à démontrer le caractère réel et sérieux de ses études et qu'il dispose de moyens d'existence suffisants ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par ordonnance du 1er août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre 2022 à 12 heures.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. D, magistrat-rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, né le 1er août 1993, de nationalité marocaine, est entré en France le 10 septembre 2017 sous couvert d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 10 septembre 2018 et a obtenu la délivrance de plusieurs titres de séjour étudiant dont le dernier était valable jusqu'au 1er décembre 2021. Le 26 novembre 2021, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 février 2022, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, M. C A, chef de bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de la décision contestée, disposait par arrêté du 16 septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Gironde et disponible sur son site internet, d'une délégation de signature de la préfète de ce département pour signer la décision en litige. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an./En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études sur le territoire français et d'apprécier la réalité et le sérieux des études poursuivies. Pour apprécier le caractère réel et sérieux des études, le préfet peut notamment prendre en compte la progression dans les études et la cohérence du cursus universitaire de l'intéressé.
4. M. B est entré régulièrement en France en 2017 pour accomplir ses études universitaires. Dans le cadre de l'année 2017-2018, il a été ajourné pour sa première année de master " Science et techniques des activités physiques et sportives ". Au titre de l'année universitaire 2018-2019, il a validé ce même master avec une moyenne s'élevant à 11,134/20. L'intéressé a ensuite été ajourné de son master 2 " Motricité et ingénierie de l'intervention et de l'inclusion sociale " dans lequel il était inscrit pour l'année universitaire 2019-2020. M. B a de nouveau été ajourné de ce même master au titre de l'année universitaire 2020-2021 et déclaré défaillant dans plusieurs matières. S'agissant du premier semestre de l'année universitaire 2021-2022, l'intéressé, inscrit dans la même formation pour la troisième année consécutive, a obtenu une note éliminatoire de 0/20. Le requérant fait valoir que ses difficultés seraient liées à la période d'isolement imposée durant la crise sanitaire de la COVID-19 et au décès de deux de ses proches. Toutefois, si la crise sanitaire et les décès ont pu dans une certaine mesure perturber les apprentissages, ces circonstances ne sont pas de nature à justifier le manque d'assiduité et la non présentation à certains examens. Il ressort en outre des pièces du dossier que durant ces quatre années d'études, M. B a échoué à trois reprises à valider sa formation universitaire, dont deux ces deux dernières années, et ne s'est pas présenté à certains examens. Dans ces conditions, en retenant l'absence de progression et le manque d'assiduité de l'intéressé dans son cursus universitaire, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 février 2022 de la préfète de la Gironde doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et à la préfète de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pauziès, président,
M. Béroujon, premier conseiller,
M. Dufour, premier conseiller,
Rendu public après mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.
Le rapporteur,
F. D Le président,
J-C. PAUZIÈS
La greffière,
C. LALITTE
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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