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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204342

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204342

mercredi 24 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantTREBESSES

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le règlement n° 118/2014 du 30 janvier 2014 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes relevant de la procédure prévue par l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 18 août 2022 à 14 heures :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Larrieu substituant Me Trebesses, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et fait valoir que l'arrêté d'une part, est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors que son père malade bénéficie de la protection subsidiaire en France et qu'il en a informé la préfecture dernièrement par mail du 20 juillet 2022 et d'autre part, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est le seul à pouvoir aider son père et que la définition de la vie privée et familiale au sens de cette convention est plus large que celle issue du règlement n°604/2013.

La préfète de la Gironde n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant afghan né le 29 septembre 2002, déclare être entré irrégulièrement en France le 22 avril 2022 en provenance d'un autre Etat membre et s'y est maintenu sans être muni des documents et visa exigés par les textes en vigueur. Il s'est présenté à la préfecture de la Gironde le 27 juin 2022 afin d'y déposer une demande d'asile. Le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait déposé une première demande d'asile en Bulgarie le 23 novembre 2020, une deuxième demande d'asile en Roumanie le 31 juillet 2021 et une troisième demande d'asile en Autriche le 6 avril 2022. Les autorités autrichiennes ont été saisies le 28 juin 2022 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18-1-b du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, qu'elles ont explicitement acceptée par une décision du 11 juillet 2022 sur le même fondement. Les autorités bulgares et roumaines, également saisies le 28 juin 2022, ont refusé la demande de reprise en charge de M. B en application de l'article 18-1-b du règlement précité. Par un arrêté du 25 juillet 2022, dont M. B demande l'annulation, la préfète de la Gironde a prononcé son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France en avril 2022, a rejoint son père lequel est bénéficiaire de la protection subsidiaire à la suite d'un jugement de la Cour nationale du droit d'asile du 1er juillet 2022. Il ressort des pièces du dossier que le père du requérant présente une extrême vulnérabilité psychique en raison d'une profonde dépression laquelle a nécessité plusieurs hospitalisations et nécessite encore la prise d'un traitement médicamenteux. Il ressort également des pièces du dossier que l'état de santé du père du requérant s'est particulièrement dégradé depuis le décès de son épouse en juin 2021 et que ce dernier souffre, aussi, d'un diabète et de pathologies cardiaque et ophtalmique. M. B justifie que son père est suivi par les services du centre hospitalier de Périgueux depuis février 2020 et bénéficie d'un suivi spécialisé depuis septembre 2021. Il établit également qu'il est accompagné, depuis février 2020, par l'Association de soutien de la Dordogne et réside, désormais, au centre d'hébergement et de réinsertion sociale de Périgueux. En outre, il ressort de l'attestation du docteur C du 4 août 2022 que le père du requérant a besoin d'un aidant familial pour l'aide aux courses, le rappel des médicaments et des rendez-vous et le soutien affectif. Par ailleurs, il ressort des notes sociales de l'Association de soutien de la Dordogne, que ce dernier a fréquemment évoqué aux intervenants sociaux son inquiétude au sujet de son fils qu'il savait sur la route, qu'à son arrivée en France M. B a été accueilli par son père qui l'a hébergé au sein de son lieu de vie pendant près de deux mois jusqu'à qu'il obtienne une place en hébergement d'urgence et que le requérant était accompagné par son père, lors de l'entrée dans son hébergement, le 12 juillet 2022. Il ressort, enfin, des pièces du dossier, et n'est pas contesté en défense, que le père et le fils ont des contacts très réguliers et sont présents l'un pour l'autre. Dans les circonstances particulières de l'espèce, alors que le père du requérant, malade, réside en situation régulière sur le territoire français et que M. B n'a aucune famille en Autriche ou dans un autre pays de l'Union européenne, la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste d'appréciation des faits de l'espèce en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

4. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel la préfète de la Gironde a décidé son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, est annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint à la préfète de la Gironde d'enregistrer la demande d'asile de

M. B en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

6. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, Me Trebesses, de la somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel la préfète de de la Gironde a décidé son transfert aux autorités autrichiennes est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde d'enregistrer la demande d'asile de M. B en procédure normale et de lui remettre une attestation de demandeur d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Trebesses, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir les sommes correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à la préfète de la Gironde et à Me Trebesses.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 24 août 2022.

La magistrate désignée,

A.A

La greffière,

S. CASTAIN

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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