jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204433 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 août 2022 et le 10 mai 2024, Mme C A, représentée par Me Merlet-Bonnan, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commune de Biganos lui a implicitement refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle sollicitée par un courrier daté du 11 avril 2022 ;
2°) d'annuler les décisions ayant défavorablement modifié ses prérogatives et ses modalités de rémunération ;
3°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 portant attribution de son complément indemnitaire annuel, ensemble le rejet de son recours gracieux daté du 11 avril 2022 ;
4°) d'annuler l'arrêté du 1er janvier 2022 portant fin d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire, ensemble le rejet de son recours gracieux daté du 11 avril 2022 ;
5°) d'enjoindre à la commune de Biganos de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
6°) d'enjoindre à la commune de Biganos de la rétablir dans ses droits et la replacer dans une situation conforme à ses prérogatives et rémunérations ;
7°) de mettre à la charge de la commune de Biganos la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été mise à l'écart à compter du milieu d'année 2019 ;
- elle a subi des agissements constitutifs de sanctions déguisées et des propos répétés ayant pour effet de porter atteinte à ses droits, sa dignité, sa santé et sa carrière ;
- la matérialité des faits qui lui sont reprochés par l'administration dans le cadre d'une procédure disciplinaire n'est pas établie ;
- les arrêtés déterminant le montant de son complément indemnitaire annuel et portant retrait de sa nouvelle bonification indiciaire ne sont pas motivés, sont le fruit d'une procédure irrégulière et entachés d'une erreur d'appréciation et constitutifs de harcèlement moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2023, la commune de Biganos, représentée par le cabinet HMS Atlantique Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- à titre principal, que la requête est irrecevable en tant qu'elle présente des conclusions ne présentant pas entre elles un lien suffisant ;
- à titre subsidiaire que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté par la commune de Biganos a été enregistré le 31 mai 2024 mais n'a pas été communiqué.
Mme A a présenté des pièces supplémentaires le 20 juin 2024 et un troisième mémoire le 21 juin 2024, qui n'ont pas été communiqués.
Par une lettre du 25 avril 2024, le tribunal a demandé à Mme A de régulariser sa requête initiale, qui tendait à l'annulation de la décision de rejet de sa demande de protection fonctionnelle, la décision implicite de refus d'annuler les décisions ayant modifié les prérogatives et les conditions financières de rémunération, de la décision portant modification de son complément indemnitaire, de la décision portant retrait de sa nouvelle bonification indemnitaire par la présentation de requêtes distinctes.
Dans son mémoire en réplique enregistré le 10 mai 2024, Mme A a indiqué avoir introduit une nouvelle requête demandant au tribunal l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2021 portant attribution de son complément indemnitaire annuel.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2403048.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bilate,
- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public,
- les observations de Me Merlet-Bonnan, représentant Mme A présente à l'audience, et les observations de Me Cascara représentant la commune de Biganos.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A est rédactrice principale titulaire à la commune de Biganos. Elle a été mise à disposition du centre communal des affaires sociales (CCAS) du 1er avril 2019 au 31 décembre 2021. S'estimant victime de harcèlement moral et d'une " mise au placard ", elle a sollicité auprès du maire de la commune, par un courrier du 11 avril 2022, enregistré le jour suivant, le bénéfice de la protection fonctionnelle. Par son silence, la commune de Biganos a fait naître une décision de rejet dont la requérante demande l'annulation.
Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation et l'étendue du litige :
2. La requête de Mme A était à l'origine dirigée contre la décision de rejet de sa demande de protection fonctionnelle, la décision implicite de refus d'annuler les décisions ayant modifié les prérogatives et les conditions financières de rémunération, la décision portant modification de son complément indemnitaire annuel (CIA) et la décision portant retrait de sa nouvelle bonification indemnitaire (NBI). Mme A, invitée le 25 avril 2024 à régulariser sa requête par la présentation de requêtes distinctes, s'est limitée à présenter une requête distincte contre la décision portant modification de son CIA. Dès lors, sa requête n'est recevable qu'en tant qu'elle demande l'annulation de la décision par laquelle la commune de Biganos lui a implicitement refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle sollicitée par son courrier daté du 11 avril 2022. Il suit de là que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant retrait de sa NBI et les décisions ayant modifié les prérogatives et les conditions financières de rémunération sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". L'article L. 134-1 de ce même code dispose que : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre " et de l'article L. 134-5 du même code : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".
4. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
5. Mme A soutient avoir été écartée, durant la période où elle était l'adjointe de la directrice du centre communal d'action sociale, de deux projets à l'été 2019, du déménagement de ce centre en janvier 2020, et fait valoir qu'il lui a été demandé le 21 novembre 2019 de postuler sur d'autres fonctions. La requérante soutient également qu'en dépit de l'obtention en décembre 2019 du diplôme d'état d'assistante sociale, son administration ne lui a pas confié de misions de nature à mettre à profit cette qualification, et l'a écartée en 2021 de l'organisation du centre de vaccination. La requérante soutient également que le comportement de sa hiérarchie est à la source d'une dégradation de son état de santé, ayant donné lieu à des arrêts maladie pour une période allant du 27 septembre 2021 au 8 février 2022. Il ressort des pièces du dossier que, par un avis du 6 juillet 2022, s'appuyant sur le rapport d'un expert réalisé le 19 novembre 2021, le comité médical a reconnu sa maladie imputable au service. A compter du 1er janvier 2022, elle a été réintégrée du CCAS dans quatre services de la mairie, dans des " fonctions d'instructrice gestionnaire de dossiers administratifs ", sans qu'un bureau ne lui soit attribué. Mme A fait valoir que, en dépit de son grade de rédactrice principale, ses tâches se limitaient à répertorier les actes notariés de la commune, à saisir les factures et gérer les stocks de la cuisine centrale, ainsi que, au service de la vie associative, à gérer les statistiques, l'animation de l'espace d'accueil et la réservation des salles.
6. Ainsi, au vu de ce qui précède la requérante apporte des éléments qui font présumer l'existence d'agissements répétés pouvant être constitutifs d'un harcèlement moral. Il appartient alors à l'administration d'apporter en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement.
7. En premier lieu, l'administration ne justifie pas des raisons qui l'ont menée à écarter la requérante des principaux projets menés par le CCAS entre 2019 et 2021. La commune de Biganos soutient que la fin de la mise à disposition de Mme A au centre se justifiait par des difficultés de la requérante à y remplir ses objectifs. Pour autant, elle ne conteste pas avoir réparti à l'issue de son détachement les fonctions de la requérante entre quatre services différents dans la mairie, sans mettre à sa disposition un bureau.
8. En second lieu, la commune de Biganos allègue que Mme A doit être regardée comme ayant adopté, lors de sa mise à dispositions au CCAS, un comportement fautif de nature à écarter la responsabilité de l'administration. A l'appui de ce moyen, elle produit un rapport disciplinaire reprochant notamment à Mme A d'avoir elle-même maltraité et harcelé ses agents, d'avoir privilégié les demandes sociales émanant de son entourage et méconnu les règles de gestion de fonds publics. Il ressort toutefois de ce dossier que si la commune produit deux courriers du syndicat CFDT faisant état de risques psycho-sociaux au sein du CCAS, ceux-ci n'en imputent pas la responsabilité à Mme A. La commune de Biganos produit également dans le cadre de ce dossier un courrier de l'association " Femmes solidaires ". Toutefois, si celui-ci fait également état de risques psycho-sociaux au sein du CCAS, il présente Mme A, non comme responsable mais comme une des victimes. Enfin, par un avis rendu le 15 novembre 2023, le conseil de discipline n'a pas reconnu la matérialité des faits reprochés à Mme A, à l'unanimité pour cinq d'entre eux et à la majorité pour le sixième, et a écarté l'ensemble des griefs formulés par l'administration contre la requérante.
9. Les circonstances ainsi décrites permettent de regarder les agissements dont Mme A se plaint comme constitutifs de harcèlement moral. Dès lors, en refusant lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, la commune de Biganos a méconnu l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique.
10. Il résulte de tout ce qui précède sans qu'il soit besoin de se prononcer expressément sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle la commune de Biganos a refusé d'accorder la protection fonctionnelle à Mme A doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
12. Il y a lieu, eu égard au motif d'annulation de la décision contestée, d'enjoindre seulement à la commune de Biganos d'accorder à Mme A le bénéfice de la protection fonctionnelle sollicitée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
14. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Biganos la somme de 1500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
15. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont demande le versement la commune de Biganos au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle la commune de Biganos a implicitement refusé d'accorder la protection fonctionnelle à Mme A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Biganos d'accorder à Mme A le bénéfice de la protection fonctionnelle dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : la commune de Biganos versera une somme de 1 500 euros à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Biganos.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
M. Bilate, premier conseiller,
M. Bourdarie, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
Le rapporteur,
X. BILATE
La présidente,
F. MUNOZ-PAUZIÈS La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026