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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204487

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204487

lundi 27 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 août 2022, M. C B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 20 juin 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que la décision de retrait d'un point suite à l'infraction du 26 octobre 2021 qui y est mentionnée.

M. B soutient que :

- il n'a pas été notifié de la décision de retrait de points suite à l'infraction du 26 octobre 2021 ;

- il n'a pas bénéficié des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion de l'infraction du 26 octobre 2021 ;

- l'infraction du 26 octobre 2021 ne lui est pas imputable ;

- il n'a pas pu faire de stage de sensibilisation à la sécurité routière dès lors qu'il a reçu la décision référencée " 48 SI " quelques jours avant avoir été notifié, par courrier " 48 N " du 24 juin 2022 de ce qu'il restait un point sur son permis de conduire suite à l'infraction du 28 avril 2022 ;

- la décision référencée " 48 SI " emporte des conséquences importantes sur sa situation professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Zuccarello, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zuccarello a été entendu lors de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis les 27 novembre 2016, 17 avril 2017, 13 novembre 2017, 12 février 2019, 26 octobre 2021, 23 janvier 2020 et 28 avril 2022, diverses infractions au code de la route entraînant le retrait de la totalité des points sur le capital afférent à son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI " du 20 juin 2022, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du titre de conduite de l'intéressé pour solde de points nul. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision ainsi que de celle portant retrait d'un point suite à l'infraction du 26 octobre 2021.

2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 223-3 de ce même code : " Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès ". La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

3. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée étant revêtu des mentions portant à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit ainsi à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que celui-ci était inexact ou incomplet.

4. S'il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B produit par l'administration que l'infraction du 26 octobre 2021 a été constatée par voie de radar automatique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, l'administration ne justifie toutefois pas que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route aient été transmises à l'intéressé, faute pour le ministre d'apporter la preuve du paiement par le requérant de l'amende forfaitaire majorée en cause et donc de la réception par lui de l'avis de contravention ou du titre exécutoire y afférents. La circonstance que le requérant aurait été informé de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder ainsi que des conséquences du paiement de l'amende sur l'établissement de la réalité de l'infraction à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes ne saurait en outre, contrairement à ce que fait valoir le ministre, suffire à établir que le requérant a bénéficié des informations obligatoires dès lors qu'elles ne permettent pas d'attester qu'il ait eu connaissance de la nature de l'infraction litigieuse. Par suite, la décision emportant retrait d'un point suite à l'infraction du 26 octobre 2021 doit être regardée comme fondée sur une procédure irrégulière et doit être, pour ce motif, être annulée.

5. Il ressort du relevé d'information intégral de M. B, qu'à la date de la décision 48 SI et compte tenu des points reconstitués par l'écoulement du temps, ainsi que de l'annulation du retrait d'un point par le présent jugement, le permis du requérant devait être regardé comme doté d'un point et donc était valide. Par suite, il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés par le requérant, que la décision référencée " 48 SI " du 20 juin 2022 et celle portant retrait d'un point suite à l'infraction du 26 octobre 2021 doivent être annulées.

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

7. Le présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, rétablisse un point sur le permis de conduire de M. B et qu'il prenne toute mesure utile pour que son permis de conduire lui soit restitué, sous réserve que l'intéressé ne l'ai pas conservé et qu'il n'ait pas commis une ou plusieurs infractions ayant entraîné, postérieurement au dernier retrait de point pris en compte par la décision constatant la perte de validité de son permis, des retraits de points faisant obstacle à cette restitution.

D E C I D E:

Article 1er : La décision référencée " 48 SI " du 20 juin 2022 est annulée.

Article 2: la décision par laquelle le ministre a procédé au retrait d'un point sur le permis de conduire de M. B à la suite de l'infraction commise le 26 octobre 2021 est annulée.

Article 3: Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, le point illégalement retiré par la décision annulée à l'article 2 dans la limite d'un capital maximum de douze après restitution, sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières, et de prendre toutes mesures utiles pour que le titre de conduite de M. B lui soit restitué dans le même délai de deux mois, sous réserve que l'intéressé ne l'ait pas conservé et qu'il n'ait pas commis une ou plusieurs infractions ayant entraîné postérieurement au dernier retrait de points pris en compte par la décision constatant la perte de validité de son permis, des retraits de points faisant obstacle à cette restitution.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.

La magistrate désignée,

F. ZUCCARELLOLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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