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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204529

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204529

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BERNADOU AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 août 2022 et le 5 octobre 2023, Mmes B G, F A et MM. Bruno Bonnefoi, Dominique C et Jean-Hervé E, représentés par Mme B G, doivent être regardés comme demandant au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'article 29 du règlement intérieur du conseil municipal tel qu'issu de la délibération n° 2022-50 adoptée par le conseil municipal de Tresses le 23 juin 2022 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Tresses :

- d'inscrire à l'ordre du jour du prochain conseil municipal suivant le jugement à intervenir une proposition de délibération relative à une nouvelle rédaction de l'article 29 du règlement intérieur du conseil municipal, conforme à l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales et à la décision n° 451097 du Conseil d'Etat, afin qu'un espace de libre expression soit réservé aux élus d'opposition dans le bulletin municipal, ses numéros spéciaux, le bilan de mi-mandat, le site internet de la commune, sa page Facebook ainsi que sur tous supports numériques et de mettre en œuvre cette nouvelle version de l'article 29 sans délai ;

- de préciser dans le nouvel article 29 du règlement intérieur du conseil municipal qu'un espace de libre expression dédié aux élus d'opposition devra être créé sur le site internet de la commune, différent des tribunes déjà publiées dans le bulletin municipal imprimé, que des posts sur la page municipale Facebook seront réservés à l'opposition municipale, que le nombre de caractères pour ses publications sur les supports numériques de communication ne sera pas limité, que la mise en page et la mise en forme des publications prévues par l'opposition doivent être respectées, que les photographies, dessins et graphiques sont autorisés dans toutes les publications et que les liens hypertexte et autres outils sont autorisés dans les supports numériques de communication et que la périodicité des publications des élus de l'opposition sur les supports numériques d'information de la commune pourra être mensuelle.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable car elle a été introduite par 5 personnes physiques et non par un groupe d'élus en tant que tel ; la mention des adresses des requérants et de leur signature a été régularisée par le mémoire du 5 octobre 2023 ;

- la délibération méconnaît l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales car un espace d'expression doit être réservé aux membres de l'opposition municipale sur les supports d'information communale, y compris le site internet de la commune, sa page Facebook et le bilan de mi-mandat ; le site internet et la page Facebook contiennent des informations générales concernant les réalisations ou la gestion du conseil municipal si bien qu'ils constituent des espaces d'expression ; ces espaces d'expression doivent permettre l'usage de graphiques ou de photographies ; le règlement intérieur doit être modifié à cette fin et il doit préciser que les élus d'opposition ont un espace d'expression réservé sur les supports numériques d'information de la commune qui ne se confond pas dans son contenu avec celui du bulletin municipal.

Par un mémoire enregistré le 20 octobre 2022, Mme F A déclare se désister de sa requête.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 17 mars et le 27 novembre 2023, la commune de Tresses, représentée par son maire en exercice, assistée de Me Bernadou, conclut :

- à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, pour absence de capacité à agir des requérants, en raison de l'absence de mention de leur domicile et de signature de la requête, en raison du défaut de production de l'acte attaqué et en raison de l'expiration du délai de recours ouvert contre la délibération n° 2020-87 ;

- à titre subsidiaire à son rejet ;

- à ce que soit mise à la charge des requérants, à l'exception de Mme A, la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 10 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la décision n° 451097 du Conseil d'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourdarie ;

- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public ;

- les observations de Mme G ; en présence de M. E et M. C ;

- et les observations de Me Raddatz, représentant la commune de Tresses.

Considérant ce qui suit :

1. Le règlement intérieur du conseil municipal de la commune de Tresses (Gironde) a été adopté par délibération du 12 novembre 2020 puis modifié par délibération n° 2022-50 du 23 juin 2022. Les élus d'opposition municipale du groupe Nouvel Elan Tressois ont adressé le 2 juillet 2022 un recours au maire afin de modifier cette dernière délibération. En l'absence de réponse, Mmes B G, F A et MM. Bruno Bonnefoi, Dominique C et Jean-Hervé E, représentés par Mme B G, demandent au tribunal d'annuler l'article 29 du règlement intérieur dans sa version issue de la délibération n° 2022-50 et d'enjoindre au maire de la commune de présenter au conseil municipal une nouvelle rédaction de cet article 29 conforme à l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales et à la décision n° 451097 du Conseil d'Etat.

Sur le désistement de Mme A :

2. Par un mémoire en date du 18 octobre 2022, Mme A a déclaré se désister de sa requête en annulation. Ce désistement étant pur et simple, rien ne fait obstacle à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les fins de non-recevoir :

3. En premier lieu, la requête collective est introduite pour Mmes G, A et MM. Bonnefoi, C et E qui se présentent comme " co-requérants ". Si ces conseillers municipaux sont membres du groupe d'élus intitulé Nouvel Elan Tressois, la requête est introduite au nom de chacun de ces conseillers municipaux qui ont d'ailleurs désigné pour les représenter Mme G. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut de capacité à agir du groupe Nouvel Elan Tressois ne peut qu'être écartée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / () ".

5. Les requérants ont précisé leur domicile dans leur mémoire du 5 octobre 2023. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut de mention de domicile des requérants ne peut qu'être écartée.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. / () ".

7. A l'appui de la requête figurait la délibération n° 2022-50 par laquelle le conseil municipal de Tresses a adopté une modification de l'article 29 du règlement intérieur du conseil municipal. Ainsi, la requête était accompagnée de la décision attaquée.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

9. Dès lors que les requérants doivent être regardés comme recherchant l'annulation de l'article 29 du règlement intérieur du conseil municipal de Tresses, modifié en dernier lieu par la délibération n° 2022-50 du 23 juin 2022, la fin de non-recevoir tirée de l'expiration du délai de recours contentieux ouvert pour contester la délibération n° 2020-87 du 12 novembre 2020 ne peut qu'être écartée.

10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 431-4 du code de justice administrative : " Dans les affaires où ne s'appliquent pas les dispositions de l'article R. 431-2, les requêtes et les mémoires doivent être signés par leur auteur et, dans le cas d'une personne morale, par une personne justifiant de sa qualité pour agir ".

11. Le mémoire en réplique du 5 octobre 2023 est signé par chacun des requérants qui ne se sont pas désistés. Par suite la fin de non-recevoir tirée du défaut de signature ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions en annulation :

12. Aux termes de l'article L. 2121-8 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 1 000 habitants et plus, le conseil municipal établit son règlement intérieur dans les six mois qui suivent son installation. Le règlement intérieur précédemment adopté continue à s'appliquer jusqu'à l'établissement du nouveau règlement. / Le règlement intérieur peut être déféré au tribunal administratif ". Aux termes de l'article L. 2121-27-1 du même code dans sa version applicable au litige : " Dans les communes de 1 000 habitants et plus, lorsque des informations générales sur les réalisations et sur la gestion du conseil municipal sont diffusées par la commune, un espace est réservé à l'expression des conseillers élus sur une liste autre que celle ayant obtenu le plus de voix lors du dernier renouvellement du conseil municipal ou ayant déclaré ne pas appartenir à la majorité municipale. / Les modalités d'application du présent article sont définies par le règlement intérieur du conseil municipal ".

13. Il résulte des dispositions de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales qu'un espace doit être réservé à l'expression des conseillers n'appartenant pas à la majorité municipale dans toute publication comportant des informations générales sur les réalisations et sur la gestion du conseil municipal, y compris sur le site internet de la commune.

14. L'article 29 du règlement intérieur du conseil municipal de la commune de Tresses, modifié en dernier lieu par la délibération n° 2022-50 du 23 juin 2022, prévoit qu'un espace d'expression est réservé aux conseillers municipaux n'appartenant pas à la majorité municipale au sein du bulletin municipal, y compris ses numéros spéciaux et que les tribunes des élus sont publiées à l'identique sur le site internet de la commune et sur sa page Facebook selon la même périodicité et à la même date de parution.

15. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le site internet de la commune, www.tresses.org, comporte des informations dont la publication est rendue obligatoire par le code général des collectivités territoriales telles que la publication des documents budgétaires ou des actes administratifs adoptés. Toutefois, certaines publications relatives à la reconstruction de l'école maternelle ou à la réhabilitation de la maison du marronnier promeuvent des informations générales sur les réalisations et sur la gestion du conseil municipal.

16. En second lieu, la page Facebook de la commune est utilisée par le maire de la commune pour transmettre ses vœux à la population lors de la nouvelle année, pour inviter élus et citoyens à se rassembler un jour déterminé pour afficher leur solidarité envers les élus victimes de violence et pour inviter la population à participer à une réunion publique concernant la reconstruction de l'école maternelle.

17. Ainsi, tant le site internet de la commune que sa page Facebook comportent des informations générales sur les réalisations et sur la gestion du conseil municipal. La publication sur le site internet de la commune des tribunes des groupes politiques déjà publiées au sein du bulletin municipal d'informations ne saurait tenir lieu de l'espace d'expression prévu par l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales. Dans ces conditions, en ne prévoyant pas un espace d'expression propre aux conseillers municipaux qui n'appartiennent pas à la majorité municipale dans chacun de ces deux médias, l'article 29 du règlement intérieur, adopté par la délibération n° 2022-50 du 23 juin 2022, méconnaît les dispositions de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales telles qu'interprétées par le Conseil d'Etat dans sa décision n° 451097.

18. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que l'article 29 du règlement intérieur dans sa version issue de la délibération n° 2022-50 doit être annulé.

Sur les conclusions en injonction :

19. L'exécution du présent jugement implique seulement que le maire présente au vote du conseil municipal, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, un projet de délibération modifiant son règlement intérieur de sorte que soit prévu un espace d'expression réservé aux membres du conseil municipal n'appartenant pas à la majorité municipale au sein du site internet et de la page Facebook de la commune, en plus de celui relatif au bulletin municipal d'informations.

Sur les frais d'instance :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la commune de Tresses soit mise à la charge des requérants qui n'ont pas la qualité de partie perdante à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de Mme A.

Article 2 : L'article 29 du règlement intérieur du conseil municipal dans sa version issue de la délibération n° 2022-50 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au maire de la commune de Tresses d'inscrire à l'ordre du jour d'un prochain conseil municipal, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, un projet de délibération modifiant le règlement intérieur du conseil municipal de sorte qu'un espace d'expression réservé aux membres du conseil municipal n'appartenant pas à la majorité municipale soit prévu au sein du site internet et de la page Facebook de la commune.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Tresses sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mmes B G, F A et MM. Bruno Bonnefoi, Dominique C et Jean-Hervé E, et à la commune de Tresses.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

M. Bilate, premier conseiller,

M. Bourdarie, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

Le rapporteur,

H. BOURDARIE

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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