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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204697

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204697

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204697
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantFOURET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2022, M. et Mme B, représentés par Me Fouret, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 août 2022 par laquelle la commission de l'académie de Bordeaux a rejeté leur recours préalable obligatoire dirigé contre la décision du 28 juin 2022 par laquelle le directeur des services départementaux de l'éducation nationale du Lot-et-Garonne a refusé de leur accorder l'autorisation d'instruire en famille leur enfant A au titre de l'année scolaire 2022/2023 ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Bordeaux de leur délivrer cette autorisation ou, à défaut, de réexaminer leur demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le premier contrôle des connaissances et compétences de leur enfant n'a pas eu lieu au domicile en méconnaissance de l'article R. 131-16 du code de l'éducation ;

- les résultats du premier contrôle doivent être écartés car il a été diligenté par un seul examinateur qui n'a pas tenu compte des méthodes pédagogiques retenues par la famille ;

- les résultats du second contrôle doivent également être écartés car l'examinateur ne s'est pas adapté au trouble médical de l'enfant ;

- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation et porte atteinte à l'intérêt supérieur de leur enfant en méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 avril 2024, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'enfant A B, né le 29 juillet 2016, a été instruit dans sa famille à compter de l'année scolaire 2019/2020. Le 31 mai 2022, ses parents ont sollicité l'autorisation de poursuivre son instruction en famille au titre des années scolaires 2022/2023 et 2023/2024, qui leur a été refusée par décision du directeur des services départementaux de l'éducation nationale du Lot-et-Garonne du 28 juin 2022 au motif que les résultats des contrôles qui se sont tenus le 15 mars 2022 et le 16 mai 2022 aux fins de vérifier les connaissances et compétences de leur enfant étaient insuffisants. M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler la décision du 28 juin 2022 par laquelle la commission académique de Bordeaux a rejeté le recours préalable obligatoire qu'ils ont présenté à l'encontre de cette décision du 28 juin 2022.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 131-10 du code de l'éducation : " () L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation doit au moins une fois par an, à partir du troisième mois suivant la déclaration d'instruction par les personnes responsables de l'enfant prévue au premier alinéa de l'article L. 131-5, faire vérifier, d'une part, que l'instruction dispensée au même domicile l'est pour les enfants d'une seule famille et, d'autre part, que l'enseignement assuré est conforme au droit de l'enfant à l'instruction tel que défini à l'article L. 131-1-1. A cet effet, ce contrôle permet de s'assurer de l'acquisition progressive par l'enfant de chacun des domaines du socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire. Il est adapté à l'âge de l'enfant et, lorsqu'il présente un handicap ou un trouble de santé invalidant, à ses besoins particuliers. Le contrôle est prescrit par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation selon des modalités qu'elle détermine. Il est organisé en principe au domicile où l'enfant est instruit. Les personnes responsables de l'enfant sont informées, à la suite de la déclaration annuelle qu'elles sont tenues d'effectuer en application du premier alinéa de l'article L. 131-5, de l'objet et des modalités des contrôles qui seront conduits en application du présent article. () Les résultats du contrôle sont notifiés aux personnes responsables de l'enfant. Lorsque ces résultats sont jugés insuffisants, les personnes responsables de l'enfant sont informées du délai au terme duquel un second contrôle est prévu et des insuffisances de l'enseignement dispensé auxquelles il convient de remédier. () Si les résultats du second contrôle sont jugés insuffisants, l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation met en demeure les personnes responsables de l'enfant de l'inscrire, dans les quinze jours suivant la notification de cette mise en demeure, dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé et de faire aussitôt connaître au maire, qui en informe l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, l'école ou l'établissement qu'elles auront choisi. () Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article. ". Aux termes de l'article R. 131-16 de ce code : " Le directeur académique des services de l'éducation nationale fixe la date et le lieu du contrôle qui est organisé, en principe, au domicile où l'enfant est instruit. ". Aux termes de l'article R. 131-16-2 du même code : " Lorsque les personnes responsables de l'enfant ont été avisées, dans un délai ne pouvant être inférieur à un mois, de la date et du lieu du contrôle et qu'elles estiment qu'un motif légitime fait obstacle à son déroulement, elles en informent sans délai le directeur académique des services de l'éducation nationale qui apprécie le bien-fondé du motif invoqué. Lorsque le motif opposé est légitime, le directeur académique des services de l'éducation nationale en informe les personnes responsables de l'enfant et organise à nouveau le contrôle dans un délai qui ne peut être inférieur à une semaine. () ".

3. Si les dispositions des articles L. 131-10 et R. 131-16 du code de l'éducation disposent que le contrôle des connaissances et compétences de l'enfant instruit en famille qu'elles prévoient est en principe organisé au domicile, elles n'interdisent cependant pas à l'administration d'organiser, comme en l'espèce, ce contrôle au sein de ses locaux. Il ne ressort d'ailleurs pas des pièces du dossier que les parents de l'enfant aient invoqué, conformément aux dispositions de l'article R. 131-16-2 de ce code, l'existence d'un motif légitime faisant obstacle au choix de ce lieu. Le moyen tiré de ce que le premier contrôle n'aurait pas eu lieu au domicile familial en méconnaissance des dispositions précitées doit en conséquence être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 131-13 du code de l'éducation : " Le contrôle de la maîtrise progressive de chacun des domaines du socle commun est fait au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire, en tenant compte des méthodes pédagogiques retenues par l'établissement ou par les personnes responsables des enfants qui reçoivent l'instruction dans la famille. ". Aux termes de l'article R. 131-14 du même code : " Lorsque l'enfant reçoit l'instruction dans la famille, le contrôle de l'acquisition des connaissances et compétences prescrit par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation se déroule sous la forme d'un entretien avec au moins l'une des personnes responsables de l'enfant soumis à l'obligation scolaire, le cas échéant en présence de ce dernier. Les personnes responsables de l'enfant précisent notamment à cette occasion la démarche et les méthodes pédagogiques qu'elles mettent en œuvre. Afin d'apprécier l'acquisition par l'enfant des connaissances et des compétences mentionnées aux articles R. 131-12 et R. 131-13, l'une au moins des personnes responsables de l'enfant présentent à la personne chargée du contrôle des travaux réalisés par l'enfant au cours de son instruction et l'enfant effectue des exercices écrits ou oraux, adaptés à son âge et à son état de santé. "

5. Si les requérants soutiennent que les résultats du premier contrôle des compétences et connaissances de leur enfant doivent être écartés car il a été diligenté par un seul examinateur qui n'a pas tenu compte de leurs méthodes pédagogiques, il ressort toutefois des termes des dispositions précitées qu'une seule personne peut être chargée de ce contrôle, et du bilan dressé à l'issue de celui-ci, que l'examinateur a pris en compte les activités extérieures organisées par les parents (activités à la ferme, vélo, trottinette, skate, balançoire) ainsi que les leviers pédagogiques mis en place (jeux de Kapla, puzzles, petites voitures, abonnement à la revue " La petite salamandre ", documentaires animaliers. Il en ressort également, contrairement à ce que soutiennent les requérants, que l'examinateur ne s'est pas borné à apprécier les objectifs de connaissances, mais qu'il a évalué les compétences et connaissances de l'enfant au regard de celles attendues à la fin du cycle 1, correspondant à la fin de l'école maternelle et à l'entrée en cours préparatoire. Enfin, les requérants ne précisent pas en quoi les exercices et manipulations proposées par l'examinateur n'étaient pas adaptés à leur pédagogie.

6. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que les difficultés de leur enfant ne résultent pas de l'insuffisance de l'instruction qu'ils lui donnent mais du trouble du développement des coordinations dont il est affecté, qui impacte sa capacité de concentration et sa vitesse d'exécution, et qui a été révélé par le bilan réalisé, à leur demande, par une psychomotricienne le 1er juillet 2022, et que les résultats du second contrôle de ses connaissances et compétences doivent également être écartés car l'examinateur ne s'est pas adapté au trouble médical de cet enfant, il ressort toutefois du bilan de ce second contrôle que si la difficulté de l'enfant à tenir son crayon et à se concentrer peuvent s'expliquer par son état de santé, celui-ci ne justifie pas cependant que l'enfant ne sache pas, alors qu'il est en fin de cycle 1, écrire son prénom, qu'il connaisse seulement trois lettres de l'alphabet sur 26, qu'il ne sache pas lire les chiffres, et qu'il sache compter seulement jusqu'à 5, ces retards résultant uniquement de l'insuffisance de l'instruction proposée.

7. En quatrième lieu, il ressort du bilan du contrôle des connaissances et des compétences de l'enfant des requérants qui s'était tenu l'année précédente qu'il avait été recommandé à ces derniers d'augmenter progressivement le temps consacré à l'instruction afin de lui permettre de disposer des compétences nécessaires à l'entrée en cycle 2, et que l'enfant a réalisé peu de progrès depuis celui-ci. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision en litige refusant que l'instruction de leur enfant se poursuive en famille serait entachée d'erreur d'appréciation et porterait atteinte à l'intérêt supérieur de leur enfant en méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. et Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et tendant à la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera également adressée à la rectrice de l'académie de Bordeaux et au maire de la commune d'Astaffort.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme D et Mme C, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

E. D

Le président,

D. FERRARI La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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