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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204702

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204702

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 septembre et 14 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Cesso, avocat, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui octroyer un titre de séjour sur le fondement des articles 6-1 et 6-5 de l'accord franco-algérien et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre, au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale et à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- la compétence du signataire n'est pas établie.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale, entrant dans une catégorie lui permettant de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour, il ne peut pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte excessive à son droit au respect de la vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Par une ordonnance du 17 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 19 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mounic, rapporteure ;

- les conclusions de M. Dufour, rapporteur public ;

- et les observations de Me Esseul, substituant Me Cesso, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité algérienne est, selon ses dires, entré en France le 3 mars 2011 muni d'un visa C. Par un arrêté du 22 janvier 2013, il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour étranger malade et contraint de quitter le territoire sous trente jours, décisions confirmées par le tribunal administratif de Bordeaux dans son jugement n°1301382 du 27 juin 2013 et par l'arrêt n° 13BX02907 de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 17 mars 2014. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai, assortie d'une interdiction de retour pendant une durée de deux ans, décisions confirmées par le jugement n°1600560 du tribunal administratif de Bordeaux du 10 février 2016. Par un jugement n°1800920 du 27 décembre 2019, le tribunal administratif a confirmé le rejet de sa deuxième demande de titre déposée en 2017 sur les mêmes fondements. N'ayant pas exécuté les précédentes décisions, M. A a de nouveau déposé, le 8 septembre 2021, une demande de titre de séjour sur le fondement des articles 6-1 et 6-5 de l'accord franco-algérien et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, faisant naître en l'absence de réponse de la préfecture une décision implicite de rejet, le 8 janvier 2022. Par la présente requête, M. A demande, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2022 qui s'est substitué à la décision implicite, par lequel la préfète de Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1/ au ressortissant algérien qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ".

3. Le requérant soutient qu'il est entré en France le 3 mars 2011 et qu'il y réside continûment depuis. Si les pièces produites afin de démontrer sa présence habituelle en France durant une période de plus de dix ans à la date du 3 mars 2021 sont constituées pour chacune des années depuis 2011 dans leur grande majorité par des documents médicaux, tels que des ordonnances et des comptes-rendus d'examens, ainsi que des courriers d'informations émanant de la sécurité sociale, notamment des relevés de prestations, le requérant fournit également des relevés bancaires faisant état de mouvements sur son compte, au titre des années 2012 à 2019 et 2022, de courriers relatifs à sa domiciliation au CCAS de Bègles au titre des années 2015 à 2018 et 2020 à 2022, d'une convention de bénévolat avec l'association Maison d'Algérie en Aquitaine pour une durée indéterminée établie le 2 décembre 2018, deux factures internet et téléphonie de 2012 et 2013 ainsi qu'un passeport dont la validité expirait en 2015 et une attestation de bénéfice d'aide médicale d'Etat, qui a nécessité d'établir sa présence habituelle sur le territoire. En outre, le requérant a effectué de nombreuses démarches pour obtenir un droit au séjour : une première demande le 6 septembre 2012 qui s'est soldée par une obligation de quitter le territoire français le 22 janvier 2013, contestée devant le tribunal administratif de Bordeaux le 27 juin 2013 et la cour administrative d'appel le 17 mars 2014, puis le 8 février 2016, le préfet de la Gironde a lui-même constaté que M. A n'avait pas quitté le territoire et a pris à son encontre une nouvelle mesure d'éloignement. Le requérant a également présenté une nouvelle demande de titre le 27 avril 2017, qui a été rejetée le 26 décembre de la même année, ce que M. A a de nouveau contesté en vain devant le tribunal le 27 décembre 2019. Dès lors, compte tenu des documents produits et de leur valeur probante, M. A, doit être regardé comme apportant la preuve qu'il remplissait, à la date de l'arrêté contesté, la condition de séjour habituel et continu depuis plus de dix ans prévue par les stipulations précitées du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, la préfète, en estimant que le requérant ne produisait pas de documents probant attestant d'une présence continue sur le territoire depuis 2011, a entaché sa décision du 26 juillet 2023 d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'analyser les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 juillet 2023 portant refus de titre de séjour et par voie de conséquence les décisions portant obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

5. Eu égard au motif pouvant justifier l'annulation de la décision attaquée, l'exécution du présent jugement implique que le préfet de la Gironde délivre à M. A un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à la délivrance de ce titre, dans un délai d'un mois, à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 200 euros à verser à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : L'arrêté du 26 juillet 2022 du préfet de la Gironde est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à M. A un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delvolvé, président,

- Mme Mounic, première conseillère,

- Mme Passerieux, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

La rapporteure,

S. MOUNIC Le président,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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