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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204723

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204723

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantTREBESSES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. - Par une requête enregistrée le 2 septembre 2022 sous le n° 2204723, Mme I B, représentée par Me Trebesses, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 par lequel la préfète de la Gironde a décidé son transfert aux autorités maltaises, pour l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile ainsi qu'un formulaire de demande d'asile à transmettre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, à défaut de faire mention de ses conditions de séjour à Malte, des motivations de son départ, et de la vulnérabilité de son époux ;

- il méconnaît le droit à l'information prévu à l'article 4 du règlement européen n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas justifié qu'elle a reçu l'ensemble des informations et brochures concernant la procédure ;

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'est pas établi que l'entretien individuel a été mené dans une langue qu'elle comprend ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire application de la clause discrétionnaire prévue aux articles 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et 53-1 de la Constitution, compte-tenu du traitement infligé aux demandeurs d'asile à Malte.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 14 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

II. - Par une requête enregistrée le 2 septembre 2022 sous le n° 2204724, M. G F, représentée par Me Trebesses, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 par lequel la préfète de la Gironde a décidé son transfert aux autorités maltaises, pour l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile ainsi qu'un formulaire de demande d'asile à transmettre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, à défaut de faire mention de ses conditions de séjour à Malte, des motivations de son départ, et de la vulnérabilité de son épouse ;

- il méconnaît le droit à l'information prévu à l'article 4 du règlement européen n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas justifié qu'il a reçu l'ensemble des informations et brochures concernant la procédure ;

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'est pas établi que l'entretien individuel a été mené dans une langue qu'il comprend ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire application de la clause discrétionnaire prévue aux articles 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et 53-1 de la Constitution, compte-tenu du traitement infligé aux demandeurs d'asile à Malte.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 14 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la Constitution française ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. J en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 septembre 2022 :

- le rapport de M. J,

- les observations de Me Trebesse, représentant les requérants, qui précise les moyens invoqués dans la requête et ajoute que les deux entretiens n'ont pas été effectués par un agent qualifié en vertu du droit national.

- et les observations de M. F, aux côtés de Mme B.

En l'absence de la préfète de la Gironde ou de son représentant, l'instruction a été close après ces observations, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme I B, ressortissante burkinabaise née le 15 août 1991, et M. G F, ressortissant ivoirien né le 23 juillet 1988, déclarent être entrés en France le 23 janvier 2022 en provenance d'un autre État membre, afin d'y déposer une demande d'asile enregistrée par les services de la préfecture de police de Paris le 17 mars 2022. Le relevé de leurs empreintes a révélé que M. F et Mme B avaient introduit une première demande d'asile à Malte respectivement le 18 décembre 2019 et le 17 décembre 2020. Par deux arrêtés du 22 août 2022, dont par les présentes requêtes M. F et Mme B demandent respectivement l'annulation, la préfète de la Gironde a prononcé leur remise aux autorités maltaises, responsables de l'examen de leur demande d'asile.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2204723 et n° 220724, présentées par Mme I B et M. G F présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les demandes d'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de Mme B et de M. F, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la requête n° 2204723 - Mme B :

4. En premier lieu, par un arrêté du par un arrêté du 21 juin 2022, la préfète de la Gironde a consenti à Mme E H, adjointe au chef du bureau de l'asile et du guichet unique, une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D C, toutes décisions prises en application du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel figurent les articles L. 572-1 et L. 572-7 relatifs aux décisions de transfert. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C n'aurait pas été absente ou empêchée le jour de l'adoption de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

6. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle indique que le relevé des empreintes de Mme B a révélé qu'elle a introduit une première demande le 17 décembre 2020 à Malte, État qui s'avère responsable de sa demande en application des articles 7-2, 3-2 et 18-1 du règlement (UE) n° 604/3013 du 26 juin 2013, que la préfète a par ailleurs reproduits dans son arrêté. Cette autorité a en outre indiqué avoir, lors d'un entretien tenu le 21 mars 2022, mis l'intéressée en mesure de présenter des observations s'agissant d'un éventuel transfert à Malte et que ces observations ont été examinées. Enfin, la décision indique que l'intéressée ne peut se prévaloir d'aucune vie privée et familiale stable en France, que les autorités maltaises ont également accepté de reprendre en charge son époux et ont été informées de la naissance de son enfant, et qu'elle n'établit pas de risque personnel constituant une atteinte grave au droit d'asile en cas de remise aux autorités maltaises. Si la requérante se prévaut de ce que la décision fait état de ce que sa nationalité serait ivoirienne, et non burkinabaise, cette erreur n'est pas de nature à entacher la décision d'un défaut de motivation, et ne saurait au demeurant constituer une erreur de fait, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que cette mention constituerait par elle-même l'un des motifs de la décision de transfert. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait porté à la connaissance de la préfète de la Gironde, préalablement à l'adoption de la décision attaquée et notamment à l'occasion de son entretien individuel qui s'est tenu le 21 mars 2022, le moindre élément concernant son séjour à Malte ni fait état faisant état d'une vulnérabilité d'elle-même ou de son époux, ni enfin de motivations spécifiques, familiales ou personnelles, justifiant leur départ de France. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à reprocher à la préfète de la Gironde de s'être abstenue de procéder à un examen particulier de sa situation.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / () ".

9. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui a indiqué dans son recueil de demande d'asile comprendre le français, s'est vue remettre le 21 mars 2022 et dès le début de la procédure de détermination, les documents rédigés en français, correspondant à la brochure prévue au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement et contenant les informations mentionnées au point 1 de cet article, notamment le guide du demandeur d'asile et les brochures " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " (A) et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " (B). Si Mme B soutient qu'elle ne lit pas le français, elle n'établit pas avoir informé les services de la préfecture, alors qu'une telle obligation lui incombait en vertu des dispositions de l'article L. 141-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, ces informations lui ont également été communiquées oralement lors de l'entretien individuel réalisé le même jour en français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 de ce règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

12. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié, le 21 mars 2022, d'un entretien individuel au sein des services de la préfecture de la Gironde, mené en français, langue que l'intéressée a déclaré comprendre, au terme duquel elle a confirmé avoir compris tous les termes de cet entretien et notamment la procédure engagée à son encontre, et dont elle a reçu un exemplaire du compte-rendu. Contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'entretien aurait été commun avec celui de son époux.

13. D'autre part, si l'intéressée soutient qu'il n'est pas établi que l'entretien individuel aurait été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national, il ressort des mentions du compte-rendu d'entretien réalisé le 21 mars 2022 que celui-ci a été " conduit par un agent qualifié de la Préfecture de Police de Paris ", qui doit être regardé comme une personne qualifiée en vertu du droit national en vertu des dispositions citées au point 11. En outre, Mme B n'apporte aucun élément permettant de douter de ce que cet entretien n'aurait pas été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national et dans des conditions permettant d'en garantir la confidentialité. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 précité du règlement n° 604/2013 doit être écarté.

14. En sixième et dernier lieu, aux termes du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution : " La République peut conclure avec les États européens qui sont liés par des engagements identiques aux siens en matière d'asile et de protection des Droits de l'homme et des libertés fondamentales, des accords déterminant leurs compétences respectives pour l'examen des demandes d'asile qui leur sont présentées. / Toutefois, même si la demande n'entre pas dans leur compétence en vertu de ces accords, les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ". Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Il résulte de ces dispositions que la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

15. Mme B invoque le bénéfice de la clause discrétionnaire rappelée au point précédent, se prévalant de ce que, compte tenu des risques de traitements inhumains et dégradants encourus en cas de renvoi vers Malte, eu égard aux conditions d'accueil des migrants dans ce pays, et dès lors qu'elle est mère d'un enfant depuis le mois de mai 2022.

16. Toutefois, Malte est un État membre de l'Union européenne, partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de ces conventions. Si cette présomption est réfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'État membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant, Mme B se borne à produire des documents d'ordre général, notamment des articles de presse, qui ne permettent pas de tenir pour établie l'existence de défaillances systémiques à Malte qui constitueraient des motifs sérieux et avérés de croire que sa demande d'asile ne serait pas traitée par les autorités maltaises dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. En particulier, dès lors que les autorités maltaises ont été informées de la naissance de son enfant, rien ne fait obstacle à son transfert dans ce pays, où elle pourra bénéficier de conditions d'accueil adaptées. Par suite, en s'abstenant de mettre en œuvre la clause discrétionnaire prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu ces dispositions, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la requête n° 2204724 - M. F :

17. En premier lieu, en vertu de la délégation de signature mentionnée au point 4, Mme H avait compétence pour signer la décision contestée, et le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit par suite être écarté.

18. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle indique que le relevé des empreintes de M. F a révélé qu'il a introduit une première demande d'asile le 18 décembre 2019 à Malte, État qui s'avère responsable de sa demande en application des articles 7-2, 3-2 et 18-1 du règlement (UE) n° 604/3013 du 26 juin 2013, que la préfète a par ailleurs reproduits dans son arrêté. Cette autorité a en outre indiqué avoir, lors d'un entretien tenu le 21 mars 2022, mis l'intéressé en mesure de présenter des observations s'agissant d'un éventuel transfert à Malte et que ces observations ont été examinées. Enfin, la décision indique que l'intéressé ne peut se prévaloir d'aucune vie privée et familiale stable en France, que les autorités maltaises ont également accepté de reprendre en charge son épouse et leur fils mineur A, et qu'il n'établit pas de risque personnel constituant une atteinte grave au droit d'asile en cas de remise aux autorités maltaises. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

19. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F aurait porté à la connaissance de la préfète de la Gironde, préalablement à l'adoption de la décision attaquée et notamment à l'occasion de son entretien individuel qui s'est tenu le 21 mars 2022, le moindre élément concernant son séjour à Malte ni fait état d'une vulnérabilité de lui-même ou de son épouse, ni enfin de motivations spécifiques, familiales ou personnelles, justifiant leur départ de France. Dans ces conditions le requérant n'est pas fondé à reprocher à la préfète de la Gironde de s'être abstenue de procéder à un examen particulier de sa situation.

20. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. F, qui a indiqué dans son recueil de demande d'asile comprendre le français, et qui reconnait savoir le lire, s'est vu remettre le 21 mars 2022 et dès le début de la procédure de détermination, les documents rédigés en français, correspondant à la brochure prévue au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement et contenant les informations mentionnées au point 1 de cet article, notamment le guide du demandeur d'asile et les brochures " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " (A) et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " (B). Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, citées au point 8, doit être écarté.

21. En cinquième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié, le 21 mars 2022, d'un entretien individuel au sein des services de la préfecture de la Gironde, mené en français, langue que l'intéressée a déclaré comprendre et lire, au terme duquel il a confirmé avoir compris tous les termes de cet entretien et notamment la procédure engagée à son encontre, et dont il a reçu un exemplaire du compte-rendu.

22. D'autre part, si l'intéressé soutient qu'il n'est pas établi que l'entretien individuel aurait été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national, il ressort des mentions du compte-rendu d'entretien réalisé le 21 mars 2022 que celui-ci a été " conduit par un agent qualifié de la Préfecture de Police de Paris ", qui doit être regardé comme une personne qualifiée en vertu du droit national en vertu des dispositions citées au point 11. En outre, M. F n'apporte aucun élément permettant de douter de ce que cet entretien n'aurait pas été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national et dans des conditions permettant d'en garantir la confidentialité. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 précité du règlement n° 604/2013 doit être écarté.

23. En sixième et dernier lieu, M. F invoque le bénéfice de la clause discrétionnaire rappelée au point 14, se prévalant de ce que, compte tenu des risques de traitements inhumains et dégradants encourus en cas de renvoi vers Malte, eu égard aux conditions d'accueil des migrants dans ce pays, et dès lors qu'il est père d'un enfant depuis le mois de mai 2022. Pour les motifs rappelés au point 16, et dès lors notamment que les autorités maltaises ont été informées de la naissance de son enfant, rien ne fait obstacle à son transfert à Malte, où il pourra bénéficier de conditions d'accueil adaptées. Par suite, en s'abstenant de mettre en œuvre la clause discrétionnaire prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu ces dispositions, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées respectivement par Mme B et M. F doivent être rejetées, ainsi que celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B et M. F sont chacun admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le surplus de la requête de M. F est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Me Trebesses, à Mme I B, à M. G F et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

L. JLa greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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