Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204797

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204797
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2022, M. B A, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 août 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné à défaut de se conformer à cette mesure.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il prépare un brevet de technicien supérieur et travaille ; il est intégré dans la société française ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa santé psychologique est fragile.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 7 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 17 décembre 1996, est entré en France le 30 août 2017 muni d'un visa de long séjour. Il a bénéficié d'une carte de séjour en qualité d'étudiant jusqu'au 29 octobre 2020. M. A a de nouveau sollicité son admission au séjour en qualité d'étudiant le 21 mars 2022. Par un arrêté du 31 août 2022 dont il demande l'annulation, la préfète de la Gironde a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à cette mesure. Par une décision du même jour, la préfète de la Gironde l'a assigné à résidence.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. Pour refuser de faire droit à la demande de M. A, la préfète de la Gironde s'est fondée sur l'absence de justification du caractère réel et sérieux des études de l'intéressé.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. Le renouvellement du titre suppose que les études soient suffisamment sérieuses pour qu'elles puissent être regardées comme constituant l'objet principal du séjour, établissant une progression significative dans leur poursuite et le caractère cohérent desdites études.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est inscrit en première année de licence sciences de l'information et du document auprès de l'université de Lille et a été ajourné tant au titre de l'année 2018-2019 que de l'année 2019-2020. M. A ne justifie d'aucune inscription dans une formation au titre des années 2020-2021 et 2021-2022 et se borne à faire état d'un souhait de s'inscrire en brevet de technicien supérieur. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la préfète de la Gironde a refusé de l'admettre de nouveau au séjour en qualité d'étudiant.

5. En second lieu, si l'intéressé se prévaut de son intégration en France, il bénéficiait d'une carte de séjour en qualité d'étudiant, ne lui donnant pas vocation à demeurer en France. En outre, il n'a pas sollicité son admission exceptionnelle au séjour et se borne à produire deux bulletins de salaire des mois de juin et juillet 2022 mentionnant des montants de 344,37 euros et de 461,07 euros. Dès lors, la préfète de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

7. Si M. A indique que sa santé psychologique est fragile, il ne justifie ni n'allègue bénéficier d'une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de l'arrêté du 3 août 2022 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le rapporteur,

A. C

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,