mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204965 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | KATAM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 septembre 2022 et 1er septembre 2023, les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France, représentées par Me Hamri, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2022 par lequel le maire de la commune de Parempuyre s'est opposé à leur déclaration préalable tendant à l'installation d'une antenne-relais sur un terrain situé 25 rue du bois de Lartigue ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Parempuyre de procéder à une nouvelle instruction de leur demande et de statuer dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Parempuyre la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- le motif opposé tiré de la méconnaissance des articles 1.3.5 et 2 du PLU est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet litigieux s'insère harmonieusement dans son paysage ;
- le projet ne prévoyant aucun défrichement et aucun abattage d'arbre, aucune autorisation sur le fondement de l'article L.151-19 du code de l'urbanisme n'était nécessaire ;
- aucun risque pour la sécurité publique au sens de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme n'est ici caractérisé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, la commune de Parempuyre, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des sociétés requérantes la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- à supposer que le tribunal censure le motif qu'elle a retenu dans la décision contestée, peuvent y être substitués, d'une part, celui tiré du défaut de régularisation des travaux portant sur un élément de paysage identifié au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme et celui tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cabanne, présidente-rapporteure,
- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,
- et les observations de Me Dubois pour la commune de Parempuyre.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 juillet 2022, la société Cellnex France a déposé pour le compte de la société Bouygues Telecom une demande de déclaration préalable pour l'installation d'une antenne relais de radiotéléphonie mobile sur un terrain situé 25 rue du Bois de Lartigue à Parempuyre. Par un arrêté du 3 août 2022, le maire de la commune s'est opposé à cette demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1.3.2 du règlement de la zone AU99 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole applicable à la date de la décision attaquée, sont autorisées " les constructions et installations techniques dès lors qu'elles sont nécessaires et directement liées au fonctionnement des services publics ou d'intérêt collectif ", parmi lesquelles figurent notamment les " antennes de téléphonie mobile ". Aux termes de l'article 1.3.5.1 de ce règlement : " Pour préserver les continuités écologiques et/ou le patrimoine bâti et paysager repérés au plan de zonage, les occupations et utilisations du sol sont soumises, le cas échéant, à des dispositions particulières fixées au document traitant des " dispositions relatives à l'environnement et aux continuités écologiques, aux paysages et au patrimoine du présent règlement (). / Ces dispositions sont applicables en complément des règles fixées au chapitre 2 " Morphologie urbaine " du présent règlement ". Aux termes du chapitre 2 " Morphologie urbaine " dudit règlement : " () Le projet doit être conçu en harmonie avec les constructions existantes et le paysage environnant ". En vertu des dispositions relatives à l'environnement et aux continuités écologiques, aux paysages et au patrimoine, référencées E1075 et relatives à la préservation du " Bois de Lartigue ", la zone d'implantation du projet correspond à un secteur d'habitation peu construit, boisé et composé de clairières situées en lisière du parc des Jalles. Selon ces dispositions, l'urbanisation du site doit veiller à " en conserver les caractéristiques champêtres et forestières ". Sur l'ensemble du périmètre, les auteurs du plan local d'urbanisme prescrivent de préserver la structure paysagère du site, de privilégier une organisation du bâti permettant de conserver l'ouverture du paysage et les points de vue et enfin de maintenir l'effet de lisière arborée.
3. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage de nature à fonder un refus d'autorisation ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel l'installation est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette installation, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
4. Le maire de Parempuyre s'est opposé à la déclaration préalable des sociétés requérantes au motif que l'implantation d'une antenne relais dans le secteur ne permet pas de conserver les caractéristiques champêtres et forestières du site. Il ressort des pièces du dossier que si le terrain d'emprise du projet en litige est longé au nord par un espace boisé classé et un chemin de promenade, l'implantation proprement dite du pylône de téléphonie mobile est voisine d'une zone d'habitations pavillonnaires sans caractéristiques particulières. La parcelle fait, certes, partie d'un ensemble plus vaste identifié par les auteurs du plan local d'urbanisme comme un élément de paysage. Cependant, elle était également classée, à la date de la décision attaquée, en zone AU99 à urbaniser. D'ailleurs, le maire de la commune a accordé sur cet espace un permis de construire deux bâtiments d'habitation collective qui, s'il est exécuté, créerait un front bâti, masquant l'espace boisé et atténuant du fait de son implantation en second plan la perception du pylône. Si la commune se prévaut de la présence à proximité du " marais d'olive ", zone naturelle en cours de restauration écologique, les pièces produites au dossier sont insuffisantes à établir, compte tenu de la distance et en dépit de la hauteur de l'antenne, un éventuel impact sur cette zone particulière. Par ailleurs, bien que sa hauteur soit importante, le pylône en cause, de type treillis et de couleur verte, sera entouré d'arbres de haute tige. Il ne nécessite aucune coupe ou abattage d'arbres et peut être regardé, compte tenu de ses caractéristiques, comme s'insérant suffisamment dans l'environnement voisin et ne porte donc qu'une atteinte limitée aux paysages. Par suite, les sociétés requérantes sont fondées à soutenir que le maire de Parempuyre a commis une erreur d'appréciation en estimant que le projet litigieux était de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux.
5. En deuxième lieu, sollicitant une substitution de motifs, la commune soutient, d'une part, que les sociétés requérantes auraient dû déposer une déclaration préalable tendant à la régularisation de la suppression d'un élément protégé au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme et, d'autre part, que le projet méconnaîtrait l'article R. 111-2 du même code dès lors qu'il se situe à plus de 200 mètres d'un point d'eau incendie et que sa voie d'accès est impropre à la circulation des engins incendie.
6. Aux termes de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration () ". Selon l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable les travaux, installations et aménagements suivants : () g) Les coupes et abattages d'arbres dans les bois, forêts ou parcs situés sur le territoire de communes où l'établissement d'un plan local d'urbanisme a été prescrit, ainsi que dans tout espace boisé classé en application de l'article L. 113-1 ; h) Les travaux ayant pour effet de modifier ou de supprimer un élément que le plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu a identifié, en application de l'article L. 151-19 ou de l'article L. 151-23, comme présentant un intérêt d'ordre culturel, historique, architectural ou écologique ;() ".
7. Toutefois, et de première part, si la parcelle en litige est identifiée comme faisant partie d'un élément de paysage, la présente demande de déclaration préalable doit être regardée comme l'autorisation requise par les dispositions de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme pour pouvoir exécuter les travaux. Cela vaut également pour l'abattage ou la coupe d'arbres. En tout état de cause, par la seule production d'une photographie datée de 2009 révélant que la parcelle était boisée à cette date, la commune ne justifie pas que la parcelle aurait été illégalement défrichée. Le procès-verbal de constat qu'elle produit se borne à faire état de la présence d'un bâtiment type Algeco irrégulier sans faire état d'une coupe d'arbres. Enfin, si la commune de Parempuyre fait valoir que la parcelle a fait l'objet d'une pose d'une clôture sans autorisation dont le dossier de demande de déclaration préalable n'a pas sollicité la régularisation, là encore, le procès-verbal d'infraction produit n'en fait pas mention. Par ailleurs, l'exigence de régulariser les travaux illégalement réalisés, à les supposer comme tels, ne trouve pas ici à s'appliquer car ces travaux sont des éléments distincts du projet. Ils sont dépourvus de liens fonctionnels ou physiques avec le projet qui dispose d'une clôture propre et d'une entrée distincte.
8. De seconde part, alors qu'il n'est pas établi que l'installation serait soumise à un risque d'incendie spécifique, il ressort des photographies versées au dossier que le chemin desservant la parcelle est large et carrossable. De même, contrairement à ce qui est soutenu, la distance de la construction projetée au point d'eau normalisé le plus proche est inférieure à 200 mètres. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet présenterait des risques pour la sécurité publique et ne serait pas conforme à l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Par suite, la substitution de motifs sollicitée doit être écartée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les sociétés requérantes sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 3 août 2022 par lequel le maire de la commune de Parempuyre s'est opposé à leur demande de déclaration préalable.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. Les sociétés requérantes sollicitent le seul réexamen de la demande préalable déposée par la société Cellnex. Compte tenu de l'annulation prononcée, il y sera fait droit en enjoignant au maire de la commune de Parempuyre de procéder au réexamen de ladite déclaration dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes Bouygues Telecom et Cellnex France, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que la commune de Parempuyre demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Parempuyre une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Parempuyre du 3 août 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Parempuyre de procéder au réexamen de la déclaration préalable déposée le 8 juillet 2022 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : La commune de Parempuyre versera une somme globale de 1 500 euros aux sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions de la commune de Parempuyre présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié aux sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France et à la commune de Parempuyre.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
C. CABANNE
L'assesseur le plus ancien,
M. PINTURAULT
La greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026