vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2205027 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ADDEN BORDEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2022, des pièces et des mémoires complémentaires enregistrés les 21 septembre 2022, 17 février, 25 mai et 20 octobre 2023, Mmes D et C A, épouse B représentées par Me Tandonnet, avocat, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2022, par lequel le maire de la commune de Bon-Encontre a délivré à la société Habitalys un permis de construire n° PC 04703221A0054 portant sur la construction de quinze logements et la création de quarante-sept places de stationnement, sur un terrain cadastré section AK parcelle n°149 sur le territoire de la commune, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2023 par lequel le maire de la commune de Bon-Encontre a délivré un permis de construire modificatif portant modification des accès, création d'un sens unique de circulation sur la parcelle du projet et modification de l'orientation de deux groupes de logements ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Bon-Encontre la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- elles ont intérêt à agir ;
- le projet architectural est insuffisant et méconnait les dispositions des articles L. 431-2 et R. 431-8 et suivants du code de l'urbanisme ;
- il méconnait les dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ;
- il méconnait les dispositions de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, dès lors que l'attestation prévue par cet article n'est pas produite au dossier de demande de permis ;
- il méconnait les dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme, dès lors que la commune n'a pas accordé de permission de voirie pour occupation du domaine public s'agissant des accès sur le chemin de Claouzets et de la Côte du Fromage ;
- il méconnait les dispositions de l'article UC3 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de l'agglomération d'Agen ;
- il méconnait le règlement du plan de prévention des risques naturels (PPRN) retrait-gonflement d'argile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UC6 du PLUi ;
- il méconnait les articles 3 et UC3 du règlement du PLUi relatifs aux conditions de desserte par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public ;
- il méconnait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- le dossier de demande de permis modificatif est insuffisant, les plans de masse joints au dossier étant insuffisamment clairs.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 décembre 2022, 3 mai et 30 mai 2023 et 18 janvier 2024, la commune de Bon-Encontre et la société Habitalys, représentées par Me Givord, avocat, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 7 500 euros soit mise à la charge des requérantes, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Une pièce complémentaire enregistrée pour la commune de Bon-Encontre le 19 juin 2024 a été communiquée.
Un mémoire complémentaire enregistré pour les requérantes le 21 juin 2024 n'a pas été communiqué.
Une pièce complémentaire enregistrée pour la commune le 25 juin 2024 n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mounic, rapporteure,
- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cante, substituant Me Givord, représentant la commune de Bon-Encontre et la société Habitalys.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 3 mai 2022, le maire de la commune de Bon-Encontre (47) a délivré à la société Habitalys un permis de construire portant sur la construction de quinze logements sociaux et la création de quarante-sept places de stationnement, sur un terrain cadastré section AK parcelles n° 149 et 215 sur le territoire de la commune, sis Chemin de Claouzets. Par un arrêté du 21 août 2023, le maire de la commune a délivré un permis de construire modificatif portant modification des accès, instaurant un sens unique de circulation sur la parcelle du projet et la modification de l'orientation de deux groupes de logements. Par la présente requête, Mme D A et Mme C A, épouse B, respectivement ayant droit et nu-propriétaire d'une maison d'habitation sur un terrain proche projet, cadastré section F parcelles n°344 et n°899, sis 279 Chemin de Claouzets, demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité du permis de construire initial :
2. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées à la suite de la modification de son projet par le pétitionnaire et en l'absence de toute intervention du juge ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial et, d'autre part, les moyens dirigés contre le permis de construire attaqué doivent être examinés en tenant compte de la régularisation des illégalités éventuellement intervenue par la délivrance en cours d'instance de ce permis de construire modificatif. Dès lors, les moyens des requérants doivent être analysés en tenant compte de l'éventuelle régularisation des illégalités résultant de la délivrance du permis modificatif du 21 août 2023.
3. En premier lieu, d'une part aux termes des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural définit, par des plans et documents écrits, l'implantation des bâtiments, leur composition, leur organisation et l'expression de leur volume ainsi que le choix des matériaux et des couleurs. / Il précise, par des documents graphiques ou photographiques, l'insertion dans l'environnement et l'impact visuel des bâtiments ainsi que le traitement de leurs accès et de leurs abords ". Aux termes des dispositions de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes des dispositions de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier côté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. / Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les côtes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan. "
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : f) Lorsque la construction projetée est subordonnée par un plan de prévention des risques naturels prévisibles ou un plan de prévention des risques miniers approuvés, ou rendus immédiatement opposables en application de l'article L. 562-2 du code de l'environnement, ou par un plan de prévention des risques technologiques approuvé, à la réalisation d'une étude préalable permettant d'en déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation, une attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert certifiant la réalisation de cette étude et constatant que le projet prend en compte ces conditions au stade de la conception ()". Il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de la méconnaissance de cette disposition de s'assurer de la production, par le pétitionnaire, d'un document établi par l'architecte du projet ou par un expert attestant qu'une étude a été menée conformément aux exigences de la règlementation et que ses résultats ont été pris en compte au stade de la conception du projet ; qu'il ne saurait en revanche dans ce cadre porter une appréciation sur le contenu de l'étude et son caractère suffisant au regard des exigences des plans de prévention des risques qui en imposent la réalisation.
5. Enfin, aux termes de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public ".
6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
7. En l'espèce, d'une part, la notice précise dans le paragraphe Environnement existant l'usage agricole antérieur du terrain et la nature du bâti environnant à savoir " des lotissements récents constitués de logements individuels en bandes et individuels résidentiels " ainsi que " des maisons résidentielles des années 50 à aujourd'hui ". Si elle n'identifie pas précisément la maison des requérantes, ni ne fait état de la présence d'une haie champêtre ni d'un chêne protégé aux droits de sa propriété, le plan de situation et les photographies de l'existant permettent d'apprécier l'état initial du terrain et de ses abords, alors que le plan de masse indique la présence de la haie et des plantations existantes qui sont conservées. Les numéros de parcelles sont par ailleurs indiqués dans le formulaire CERFA fourni ainsi que sur le plan de situation. D'autre part, le plan de masse est bien coté dans la largeur et la longueur de même que les plans des façades indiquent les hauteurs. Si le plan de masse n'indique pas les réseaux, le dossier comprend un plan des réseaux divers ainsi que l'avis d'ENEDIS qui indique que le projet pourra être raccordé au réseau électrique grâce à une extension de 5 mètres à la charge du pétitionnaire. S'agissant de l'eau potable, il ressort du plan des réseaux divers et de l'avis émis par le service eau et assainissement de la communauté d'agglomération (CA) d'Agen du 21 février 2022, qui confirme la proximité du réseau de collecte, que le raccordement des eaux usées se fera en limite du terrain par le biais d'une demande de branchement auprès de la CA d'Agen. Pour le traitement des eaux pluviales, le dossier comprend un plan des réseaux EU-EP ainsi que la notice d'assainissement et l'avis du service hydraulique dont les prescriptions sont d'ailleurs reprises dans les permis de construire. Dans ces conditions, le dossier était complet et les services n'ont pas été faussés dans leur appréciation. Ces deux premiers moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 431-2, R. 431-8 et -9 du code de l'urbanisme seront écartés.
8. Par ailleurs, si les requérantes soutiennent que l'attestation requise de la réalisation de l'étude géotechnique G2AVP n'a pas été jointe au dossier, alors que le projet se situe en zone B2, faiblement à moyennement exposée au risque mouvement de terrain lié au phénomène de retrait-gonflement d'argile en méconnaissance de l'article R. 431-16 f) du code de l'urbanisme, il ressort néanmoins du dossier de demande de permis produit en défense, que le dossier comprend l'attestation de l'architecte du 31 janvier 2021, qui certifie qu'une étude de sol a été réalisée et que la conception du projet prend en compte les prescriptions du PPRN. En outre une seconde attestation en date du 5 mai 2023 a été jointe au dossier de demande de permis modificatif. Par suite, le moyen sera écarté.
9. Enfin, les requérantes soutiennent que le pétitionnaire ne justifie pas dans le dossier de demande qu'il a obtenu une permission de voirie auprès de la commune, qui en est gestionnaire, afin de réaliser les deux accès au projet, en méconnaissance de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme. Or, le présent projet ne porte pas sur une dépendance du domaine public mais concerne exclusivement des parcelles privées et n'implique pas l'édification d'un ouvrage sur le domaine public ou le surplombant. Si les requérantes soutiennent que l'accès impliquera nécessairement la réalisation de travaux sur l'accotement de la voie publique, il n'apparaît pas que la création des deux accès au projet, alors même qu'elle rendra nécessaire la réalisation de travaux visant à assurer la desserte du projet dans des conditions conformes aux règles d'urbanisme applicables, implique un aménagement permanent de cette dépendance du domaine public, de nature à en altérer la consistance et ou à modifier les conditions de son utilisation par les usagers de la voie communale. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de demande doit être écarté dans toutes ses branches.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article UC3 du règlement du PLUi de la CA d'Agen : " la création de nouveaux accès aux terrains constructibles et la modification de ceux existants sont soumises à l'avis du service gestionnaire de voierie ". Aux termes de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet aurait pour effet la création ou la modification d'un accès à une voie publique dont la gestion ne relève pas de l'autorité compétente pour délivrer le permis celle-ci consulte l'autorité ou le service gestionnaire de cette voie, sauf lorsque le plan local d'urbanisme ou le document d'urbanisme en tenant lieu réglemente de façon particulière les conditions d'accès à ladite voie ". Il n'appartient aux auteurs des règlements d'urbanisme ni d'imposer des formalités autres que celles prévues par le code, ni de modifier les compétences déterminées par celui-ci.
11. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que les dispositions de l'article UC3, qui imposent une formalité préalable, sont illégales et doivent être écartées au profit des dispositions réglementaires de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme. Or, la gestion du chemin rural relevant de l'autorité compétente pour délivrer le permis de construire contesté, aucun avis n'avait à être recueilli en application de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen sera écarté.
12. En troisième lieu, les requérantes soutiennent que le projet méconnait les dispositions du PPRN dès lors qu'il ressort de la notice qu'il prévoit l'implantation d'arbres de hautes tiges à proximité des bâtiments ainsi que l'implantation de haies sans écrans racinaires ni mention de tout autre dispositif d'étanchéité exigé par l'article 2 du PPRN. Toutefois, il ressort de la notice architecturale au permis de construire modificatif, que conformément au PPRN, les plantations seront effectuées à une distance des bâtiments supérieure à la hauteur de ces plantations à leur maturité et si nécessaire, il sera mis en place un écran anti-racine d'une profondeur minimale de 2m. Il est en outre indiqué que les dispositifs assurant l'étanchéité des canalisations d'évacuation des eaux usées et pluviales seront mis en place, qu'en cas de captage d'écoulements de faible profondeur, un dispositif de drainage périphérique sera installé, que les eaux pluviales usées et drainées sont rejetées sur les réseaux existants et enfin qu'un dispositif s'opposant à l'évaporation de type géomembrane enterrée sera apposée sur toute la périphérie des bâtiments, cette liste de prescriptions reprenant les articles 1 et 2 du PPRN. Par ailleurs, le permis initial et le permis modificatif ont intégré une prescription qui s'impose également au pétitionnaire indiquant qu'il doit respecter toutes les prescriptions du PPRN, l'autorisation d'urbanisme étant conditionnée au respect de ces prescriptions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du PPRN doit être écarté.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article UC6 du règlement du PLUi : " Les routes ou sections de routes importantes non classées à grande circulation sont indiquées sur la carte en annexe 1 du règlement et rappelées ci-dessous : / () Cote du Fromage, () / sauf indication particulière sur le document graphique ou dans les OAP sectorielles, les constructions doivent être implantées avec un recul de 10 mètres minimum depuis la limite d'emprise de ces voies ".
14. Les requérantes soutiennent que le projet méconnaît la marge de recul de 10 mètres imposée par les dispositions de l'article UC6 du règlement du PLUi entre les constructions et certaines " routes importantes non classées à grande circulation " dont fait partie la " Côte du Fromage " contiguë au projet. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des données du site géoportail que le terrain d'assiette du projet n'est pas longé par la voie " côte du Fromage " comme le permis initial l'indiquait par erreur, mais par le chemin de Claouzet, dans le prolongement de la propriété des requérantes située 279 chemin des Claouzets, lequel chemin ne figure pas comme étant une route d'importance répertoriée au PLUi. Cette erreur a d'ailleurs été rectifiée dans le permis modificatif. Le moyen sera donc écarté comme manquant en fait.
15. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article 3.1 du règlement du PLUi : " () Les accès doivent être adaptés à la nature et à l'importance du projet, et être conçus de manière à assurer la sécurité des usagers. Cette adaptation sera appréciée en fonction des critères suivants : / - le positionnement sécurisé de l'accès, notamment au regard des conditions de visibilité au droit de l'accès, à proximité de carrefours existants ou prévus, et sur des voies qui accueillent une circulation importante. Ainsi, lorsque le terrain est riverain de deux ou plusieurs voies qui accueillent une circulation importante () - la largeur de l'accès au droit de la voie ou de l'emprise publique. De manière générale, sauf disposition particulière indiquée dans les règlements de zones ou de secteurs, les accès auront une largeur minimale de 3 mètres ". Aux termes de l'article 3.2 du même règlement : " () Les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées existantes, aménagées ou nouvelles, dont les caractéristiques sont suffisantes au regard de l'importance et de la destination du projet. Elles doivent notamment permettre la circulation des engins de lutte contre l'incendie conformément à la réglementation en vigueur ". Aux termes de l'article UC3 du même règlement : " () Les accès doivent être adaptés à la nature et à l'importance du projet, et être conçus de manière à assurer la sécurité des usagers, () ".
16. D'une part, s'agissant des accès au terrain d'assiette, il ressort du permis de construire modificatif que les accès du projet ont été modifiés. Désormais l'entrée se fait chemin de Claouzets au niveau de la rue Lucie Aubrac et la sortie se situe à hauteur de la rue Jacqueline Auriol. Contrairement à ce que soutiennent les requérantes, il n'y a plus d'accès sur la portion du chemin de Claouzets non carrossable. Il ressort également des plans que ces deux accès disposent d'une largeur suffisante de 3,50 m pour permettre l'accessibilité des usagers et véhicules de secours. Ils garantissent par ailleurs une bonne visibilité, s'implantant sur une voie en ligne droite, alors que les requérantes ne démontrent aucunement que leur implantation en face des rues Lucie Aubrac et Jacqueline Auriol seraient de nature à présenter un risque pour la sécurité publique.
17. D'autre part, s'agissant de la desserte du terrain, il ressort des plans du permis modificatif que la desserte du projet se fera par la partie carrossable du chemin de Claouzets, en provenance de la route du Pecau, dès lors que les deux accès d'entrée et de sorties y sont créés et qu'un sens unique est institué dans la résidence, de sorte qu'il ne sera pas utile pour les usagers d'emprunter la seconde partie du chemin de Claouzets. La partie haute sur laquelle les accès sont créés présente ainsi une largeur entre 3 et 4 m et est parfaitement carrossable pour accueillir la circulation des usagers des quinze logements, tout comme celle des véhicules de secours, de même que les véhicules de ramassage des ordures ménagères. Ainsi, quand bien même il est constant que, la seconde partie du chemin est beaucoup plus étroite et ne facilite pas le croisement de véhicules dans de bonnes conditions et est classée accidentogène dans l'étude de circulation versée au dossier par la commune, l'aménagement retenu dans le permis modificatif n'implique pas une utilisation fréquente du chemin par les habitants de la résidence, qui longe seulement l'emprise du projet. En outre, l'étude de circulation sur le chemin de Claouzets témoigne d'une faible circulation sur ce chemin et il n'est pas sérieusement démontré que la création de quinze logements supplémentaires serait de nature à accroitre de manière disproportionnée la circulation sur le chemin de Claouzets par rapport à sa configuration. Dans ces conditions, les accès et la desserte du projet apparaissent suffisants, au regard de l'importance et de la destination du projet. Le moyen sera écarté dans toutes ses branches.
18. En sixième lieu, si les requérantes soutiennent que le projet est incompatible avec le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) qui proscrit l'urbanisation des coteaux lorsque les réseaux sont déficitaires ou qu'il existe des risques d'atteintes aux entités paysagères et agricoles, il ne ressort toutefois d'aucune pièce du dossier que le caractère déficitaire des réseaux serait établi, alors que l'ensemble des avis délivrés démontrent la possibilité du raccordement aux réseaux. Le moyen sera donc écarté.
19. En septième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
20. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Les risques d'atteinte à la sécurité publique qui, en application de cet article, peuvent justifier le refus d'un permis de construire ou son octroi sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers.
21. Les requérantes soutiennent que le projet présenterait un risque d'atteinte à la sécurité publique. Or, d'une part pour les mêmes motifs qu'exposés au points 16 et 17, les conditions d'accès et de desserte ne sont pas de nature à caractériser un risque pour la sécurité publique. D'ailleurs le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) a émis un avis favorable. S'il renvoie aux prescriptions techniques quant à la largeur de la voie, ces conditions sont respectées sur le chemin de Claouzets où les accès sont prévus. D'autre part, s'agissant de la défense incendie, le SDIS préconise la création d'un point d'eau de 30 m3 minimum venant en complément des poteaux incendie existants situés à plus de 200 mètres du projet. Il est alors laissé au pétitionnaire le choix entre la création d'un autre poteau incendie ou d'une réserve naturelle et le permis initial a prescrit le respect des préconisations du SDIS. Or, il ressort du dossier de demande de permis modificatif qu'il prévoit la création d'une réserve incendie de 30 m3, de sorte que le risque incendie n'est pas suffisamment démontré compte tenu des prescriptions du SDIS, reprises dans le dossier de permis modificatif et la prescription n°6 du permis initial. Enfin, les requérantes invoquent un risque d'inondation, se prévalant de l'avis défavorable du service hydraulique de la communauté d'agglomération d'Agen. Néanmoins cet avis comprend un certain nombre de prescriptions qui sont explicitement reprises dans le permis initial en son article 3 qui prescrit notamment le renouvellement de la note hydraulique, ainsi que le respect de nombreuses prescriptions techniques telles que la réalisation d'un réseau enterré d'eaux pluviales par stockage dans des buses d'un volume utile minimal de 143 m3, la gestion des eaux de ruissèlement amont au lotissement, des branchements d'eaux pluviales propres pour chaque habitation. Le permis modificatif reprend ces prescriptions, faisant suite au nouvel avis du 28 juin 2023 du service hydraulique. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des prescriptions émises par le maire dans les arrêtés en litige, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que ce dernier aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation du risque d'atteinte à la sécurité au regard de l'article R. 111-2. Le moyen sera écarté.
En ce qui concerne l'arrêté du 21 août 2023 portant permis de construire modificatif
22. Les requérantes ne peuvent utilement soutenir que les plans de masse joints au permis modificatif ne seraient pas suffisamment clairs. Le moyen sera écarté.
23. Il résulte de tout ce qui précède, que Mmes A ne sont pas fondées à demander l'annulation des arrêtés du 3 mai 2022 et 21 août 2023 du maire de la commune de Bon-Encontre.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bon-Encontre, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérantes demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Habilitalys et de la commune de Bon-Encontre présentées sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mmes A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société Habitalys et de la commune de Bon-Encontre présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, Mme C A, épouse B, au maire de la commune de Bon-Encontre et à la société Habitalys.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024 à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président,
Mme Mounic, première conseillère,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 12 juillet 2024
La rapporteure,
S. MOUNIC
Le président,
Ph. DELVOLVÉ La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2205027
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026