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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205054

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205054

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205054
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 septembre 2022 et le 2 avril 2024, Mme A C, représentée par Me Chéneau, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 9 mai 2022 par laquelle le président de la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois a rejeté sa demande de protection fonctionnelle ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au président de la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision refusant de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle est entachée d'erreurs de droit, de fait et d'appréciation ;

- elle est victime de harcèlement moral ce qui est établi par le retrait de ses missions de " dumiste ", un emploi du temps qui lui a été imposé en méconnaissance de ses statuts ainsi que par des reproches injustifiés exprimés devant ses collègues et des élèves du conservatoire.

Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 6 février et 30 avril 2024, la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois, représentée par la SELARL HMS Atlantique, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fernandez,

- les conclusions de M. Bilate, rapporteur public,

- les observations de Me Cheneau, représentant Mme C, et de Me Lafort, représentant la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été recrutée par la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois en qualité d'assistante territoriale d'enseignement artistique au sein du conservatoire à rayonnement intercommunal Béla Bartók. S'estimant victime de harcèlement moral de la part du directeur de la structure elle a sollicité, le 15 février 2022, le bénéfice de la protection fonctionnelle. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur cette demande puis, par une décision du 9 mai 2022, le président de la communauté d'agglomération a explicitement rejeté la demande. Mme C doit être regardée comme demandant l'annulation de cette décision, ainsi que de la décision implicite rejetant son recours gracieux du 17 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître, à l'expiration d'un certain délai, une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. En l'espèce, le silence gardé par la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois sur la demande de protection fonctionnelle formée par Mme C le 15 février 2022, reçue le 21 février 2022, a fait naître une décision implicite de rejet le 21 avril 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que par une décision du 9 mai 2022, le président de cet établissement a expressément rejeté la demande de la requérante. Par suite, cette seconde décision s'est substituée à la première et les conclusions à fin d'annulation ainsi que les moyens dirigés contre la décision implicite initiale doivent être regardés comme dirigés contre la décision expresse du 9 mai 2022.

4. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ". Selon l'article L. 134-1 du même code : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre ". Enfin, l'article L. 134-5 du même code dispose que : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".

5. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

6. En premier lieu, la requérante fait valoir qu'elle s'est vue priver de l'essentielle de ses missions sur l'année 2021-2022, qu'elle n'intervenait plus que sur une seule classe sur tout le territoire de la communauté d'agglomération et qu'elle n'était conviée à aucune réunion. Toutefois, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ces allégations qui aurait notamment permis de faire présumer que sa situation aurait changé par rapport aux autres années sans que ces changements puissent être rattachés à des mesures d'organisation du service.

7. En deuxième lieu, Mme C soutient que son planning lui a été imposé sans que ses vœux n'aient été recueillis, qu'il n'était pas tenu compte des temps de transport et que son temps de travail aurait été lissé sur l'année, méconnaissant ainsi son statut. Néanmoins, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment par les éléments produits, que la requérante aurait été dans une situation différente de celle de ses collègues ni même que les mesures concernant son emploi du temps n'auraient pas été prises pour des raisons d'intérêt du service.

8. En troisième et dernier lieu, la requérante soutient qu'elle aurait subi des reproches injustifiés de son supérieur hiérarchique. A ce titre, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'enquête administrative, que le directeur du conservatoire éprouvait des difficultés dans sa pratique du management. Néanmoins, la plupart des propos rapportés, à les supposer même établis, sont occasionnels et ne dépassent pas le cadre de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Il en est de même des faits qui se sont déroulés le 12 janvier 2022, selon lesquels le directeur aurait prononcé des paroles désobligeantes en présence d'autres agents et d'enfants fréquentant la structure qui ne sont au demeurant, rapportés que par des attestations peu circonstanciées. Ainsi, compte tenu de l'ensemble de ces éléments, les faits allégués par Mme C ne peuvent pas être regardés comme étant susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. Les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation ne peuvent donc qu'être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 mai 2022 et du rejet implicite du recours gracieux formé contre cette décision.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante sur ce fondement. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de Mme C la somme de 1 500 euros à verser à la communauté d'agglomération au titre de ces mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Mme C versera à la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

M. Fernandez, premier conseiller,

M. Boutet-Hervez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

D. Fernandez

Le président,

D. Katz

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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