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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205055

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205055

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205055
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 septembre 2022 et le 2 avril 2024, M. A B, représenté par Me Cheneau, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 14 avril 2022 par laquelle le président de la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois a rejeté sa demande de protection fonctionnelle ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au président de la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision refusant de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle est fondée sur l'absence de preuve méconnaissant ainsi les articles L. 133-2 et L. 134-5 du code général de la fonction publique ;

- elle est entachée d'une autre erreur de droit dès lors qu'elle se fonde sur l'absence d'infraction qui n'est pas un critère prévu par les textes ;

- elle est également entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il est victime de harcèlement moral qui a engendré une grande souffrance ce qui est établi par l'attribution de tâches inférieures à ses compétences ainsi que par des reproches injustifiés exprimés devant ses collègues et des élèves du conservatoire par son supérieur hiérarchique.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 février et 30 avril 2024, la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois, représentée par la SELARL HMS Atlantique, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fernandez,

- les conclusions de M. Bilate, rapporteur public,

- les observations de Me Cheneau, représentant M. B, et de Me Lafort, représentant la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois (CAGV) en qualité de professeur territorial d'enseignement artistique au sein du conservatoire à rayonnement intercommunal Béla Bartók. Le 12 février 2022, il a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle, s'estimant victime de harcèlement moral de la part du directeur de la structure. M. B demande l'annulation de la décision du 14 avril 2022 par laquelle le président de la communauté d'agglomération a rejeté sa demande ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux du 16 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Selon l'article L. 134-1 du même code : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre ". Enfin, l'article L. 134-5 du même code dispose que : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".

3. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

4. En premier lieu, la décision contestée du 14 avril 2022 mentionne que " l'agent doit apporter la preuve des faits pour lesquels il demande la protection fonctionnelle " alors qu'en matière de harcèlement moral il lui appartient seulement d'apporter des éléments de nature à faire présumer l'existence d'une telle situation. Toutefois, il résulte des termes mêmes de la décision que la demande de M. B a été rejetée parce que les éléments qu'il apportait étaient insuffisants pour caractériser la situation qu'il qualifie de " grande souffrance ". Ainsi, malgré la mention de preuve employée par la communauté d'agglomération, il n'en résulte pas qu'elle aurait méconnu les dispositions de l'article L. 133-2 et L. 134-5 précitées. De même, l'emploi par la décision attaquée de la notion " d'infraction " ne vise que l'énumération faite deux paragraphes au-dessus de sorte que l'erreur de droit alléguée ne peut qu'être écartée.

5. En deuxième lieu, le requérant soutient que le directeur du conservatoire dans lequel il exerce ses fonctions aurait tenu des propos qui seraient de nature à porter atteinte à sa personne. M. B se fonde principalement sur un courriel du 18 octobre 2021 qu'il a lui-même rédigé. Néanmoins, à supposer même que ces propos aient été tenus dans les termes rapportés par le requérant lui-même, la plupart ne le visent pas directement et les autres, bien que pouvant être maladroits, n'excèdent pas le cadre de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. De plus, certains éléments rapportés ne sont confirmés par aucune pièce du dossier. En outre, la circonstance que le directeur aurait demandé à trois reprises de retirer un communiqué syndical du panneau prévu à cet effet, ne constitue pas un fait de nature à faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement.

6. En troisième lieu, s'il est constant que M. B n'a pas mené les entretiens professionnels 2021, contrairement à ce que ce dernier soutient, il ne ressort d'aucune pièce du dossier et notamment pas du courriel du 4 mai 2021 produit à l'appui de sa requête, que ce serait le directeur du conservatoire qui l'aurait empêché de conduire les entretiens professionnels des enseignants. Par suite, la circonstance que M. B n'a pas mené ces entretiens ne saurait être imputée à la personne dont il soutient qu'elle est à l'origine du harcèlement moral à son égard.

7. En quatrième et dernier lieu, si l'incident qui a eu lieu le 12 janvier 2022, au cours duquel le directeur du conservatoire aurait tenu des propos désobligeants en présence d'autres agents et d'enfants fréquentant la structure, a été reconnu comme imputable au service par un arrêté du 3 mars 2023, il ressort des pièces du dossier qu'il s'agit d'un événement isolé et les paroles qui auraient été prononcées ne sont rapportées que par des attestations peu circonstanciées. Au demeurant, il ressort également des pièces du dossier que M. B fait état d'une grande souffrance au travail depuis au moins 2019, soit avant la nomination le 1er février 2021 du nouveau directeur.

8. Ainsi, compte tenu de l'ensemble de ces éléments, les faits allégués par M. B ne peuvent pas être regardés comme constituant des agissements de harcèlement moral.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 avril 2022 ainsi que de la décision implicite rejetant son recours gracieux. Par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreintes doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant sur ce fondement. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. B la somme de1 500 euros à verser à la communauté d'agglomération au titre de ces mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

M. Fernandez, premier conseiller,

M. Boutet-Hervez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

D. Fernandez

Le président,

D. KatzLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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